Le sénateur LR Etienne Blanc se prononce pour l’« union des droites »
« Il va falloir une clarification. Elle va arriver naturellement. Au soir du premier tour, il faudra bien clarifier », estime le sénateur LR du Rhône, proche de Laurent Wauquiez. Avec cinq autres sénateurs LR, il annonce parrainer Eric Zemmour, sans le soutenir. Mais la sénatrice LR Sylvie Goy-Chavent laisse pour sa part entendre sur Twitter qu’elle pourrait voter Eric Zemmour, s’il était au second tour face Emmanuel Macron.

Le sénateur LR Etienne Blanc se prononce pour l’« union des droites »

« Il va falloir une clarification. Elle va arriver naturellement. Au soir du premier tour, il faudra bien clarifier », estime le sénateur LR du Rhône, proche de Laurent Wauquiez. Avec cinq autres sénateurs LR, il annonce parrainer Eric Zemmour, sans le soutenir. Mais la sénatrice LR Sylvie Goy-Chavent laisse pour sa part entendre sur Twitter qu’elle pourrait voter Eric Zemmour, s’il était au second tour face Emmanuel Macron.
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C’est un dîner entre amis politiques. Mardi 15 février, quelques sénateurs LR signataires d’une tribune anti-passe vaccinal se sont retrouvés autour d’un verre de vin, près de la Haute assemblée. « Une réunion entre amis, d’ordre privé et sans enjeu politique », explique l’organisateur de l’événement, le sénateur LR Alain Joyandet, au JDD, qui a révélé la rencontre. Rien de plus, promis.

Le sénateur de la Haute-Saône fait partie de ceux, chez les LR, qui pensent que « le grand remplacement » est une réalité. « A titre personnel, je trouve que c’est un danger qui existe, et je trouve très bien que Valérie Pécresse en ait parlé (lors de son meeting). Notre campagne doit se faire à droite. On ne la gagnera pas à gauche. Si on ne fait rien de sérieux, le grand remplacement aura lieu », affirmait Alain Joyandet à publicsenat.fr au lendemain du meeting du Zénith de la candidate LR.

Mardi dernier, on trouvait aussi autour de la table, selon le JDD, le très droitier Sébastien Meurant, sénateur LR du Val d’Oise, qui ne voit pas forcément d’un mauvais œil la ligne défendue par Eric Zemmour. Présent également, le sénateur LR Alain Houpert, dont l’ancien collaborateur parlementaire, Loup Bommier, est responsable du pôle élus locaux de Reconquête !, le parti du candidat d’extrême droite. Tout comme Sylvie Goy-Chavent, sénatrice de l’Ain, ancienne UDI qui a rejoint le groupe des Républicains.

Contacté, Alain Joyandet n’a pas souhaité répondre sur le sujet, comme d’autres participants de la rencontre. Visiblement, il y a la volonté de ne pas donner plus d’importance à ce pot. Etienne Blanc, sénateur LR du Rhône, qui était aussi parmi les convives, a accepté lui d’en parler. « A l’issue de la tribune, on a eu énormément de retours. On a voulu échanger, et on s’est retrouvés pour boire un coup. Et voilà. Ce n’est ni plus, ni moins que ça », tempère Etienne Blanc, qui assure qu’« on a parlé uniquement de cette tribune et de ses conséquences ». Ce proche de Laurent Wauquiez, ancien vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avait de son côté défendu la participation d’Eric Zemmour à la primaire des LR.

« Si on est au second tour ou si on n’y est pas, qu’est-ce qu’on fait ? »

Au-delà du passe vaccinal, Etienne Blanc n’en réfléchit pas moins à la situation. Pour le sénateur, la droite doit assumer une ligne claire, si elle veut parler aux Français. « La droite est dans le piège Mitterrand. Dès que vous parlez d’immigration, vous êtes taxés d’extrême droite. Pareil avec la souveraineté. Tant que la droite sera dans ce piège, elle sera dans une situation compliquée. C’est ça le sujet. Très clairement, la droite n’est pas à droite. Elle hésite, elle exclut. Quand il y a un problème, on exclut les gens, les militants. Le piège mitterrandien se referme », dénonce Etienne Blanc. En novembre dernier, il avait annoncé quitter la présidence du groupe de droite du conseil municipal de Lyon après des propos sur Zemmour et le régime de Vichy, dénoncés par ses colistiers.

Pour le sénateur LR du Rhône, « il va falloir une clarification. Elle va arriver naturellement. Au soir du premier tour, il faudra bien clarifier. On fait quoi ? Si on est au second tour ou si on n’y est pas, qu’est-ce qu’on fait ? » demande le sénateur. Autrement dit, si Valérie Pécresse est au second tour, fait-elle appel aux voix de l’extrême droite pour l’emporter ? Et si Eric Zemmour est au second tour, quelle sera l’attitude à adopter ? Autant de sujets qui traversent et divise une partie des LR.

Etienne Blanc pense déjà à l’après-présidentielle. Interrogé sur l’union des droites, qui consiste à unir une part des LR à l’extrême droite, et dont rêvent Eric Zemmour ou Marion Maréchal Le Pen, le sénateur se dit favorable. « Bien sûr, il faudrait une union des droites à un moment. Ce sont nos électeurs qui sont allés au RN et chez Zemmour en grande partie. Nos électeurs sont très à droite », soutient Etienne Blanc.

Six sénateurs LR annoncent parrainer Eric Zemmour

Sylvie Goy-Chavent a pour sa part annoncé il y a quelques jours qu’elle allait parrainer Eric Zemmour, dans un « esprit républicain », estimant que « des candidats crédités de 10,14, 16 % doivent pouvoir se présenter ».

Elle n’est pas la seule. Mercredi, en fin d’après-midi, Etienne Blanc, Sylvie Goy-Chavent, Alain Houpert, Sébastien Meurant, Laurence Muller-Bronn et Philippe Pemezec, tous sénateurs du groupe LR, annoncent dans un communiqué apporter leur parrainage à Eric Zémmour. Ils ont « décidé, dans l’intérêt de notre pays, dans l’attachement au bon fonctionnement de nos institutions, d’apporter leurs parrainages à Éric Zemmour qui à ce jour ne dispose pas du nombre suffisant pour se présenter à l’élection présidentielle. Ce parrainage ne vaut pas soutient », précise le communiqué des sénateurs, qui pointent le « non-sens démocratique » de « candidats sollicités par des millions d’électeurs », mais qui se « retrouvent dans l’incapacité de se présenter », faute d’avoir les 500 parrainages.

Mais Sylvie Goy-Chavent va plus loin. Et son parrainage ne semble pas être seulement républicain. « Elue LR, j’adresse à notre candidate Valérie Pécresse tous mes vœux de succès. Au soir du premier tour, il nous faudra tous nous unir autour de la où le candidat de droite républicaine retenu pour l’emporter face à notre adversaire commun, E. Macron » a affirmé mardi sur Twitter la sénatrice LR de l’Ain.

« Le » ? Si le chef de l’Etat est son « adversaire », ce « le » qui a des chances d’être au second tour ne peut-être qu’Eric Zemmour… Contactée, Sylvie Goy-Chavent n’a pas répondu à nos sollicitations. Si la sénatrice apportait sa voix au second tour au candidat d’extrême droite, son parcours, commencé à l’UDI, avant de rejoindre le groupe LR, connaîtrait un certain grand écart.

« C’est beaucoup de mousse pour pas grand-chose »

Du côté du groupe LR, les sénateurs interrogés semblent pour certains gênés, pour d’autre irrités par l’article du JDD. « On sait bien que Zemmour ne va pas gagner. Ça ne sert à rien d’agiter des conneries », lance une sénatrice. « C’est beaucoup de mousse pour pas grand-chose », selon Max Brisson, sénateur LR Pyrénées-Atlantiques. « Ils ne sont pas hostiles à Valérie Pécresse », assure un pilier du groupe. « Il ne faut pas trop se laisser embarquer par des supputations. C’est de l’écume », pour François Bonhomme, sénateur LR du Tarn-et-Garonne.

L’article va jusqu’à évoquer la possibilité de la création à terme d’un groupe ouvert à Zemmour, ou du moins à l’union des droites. C’est du moins ce dont rêve l’équipe Zemmour. Il faut être 10 au Sénat pour se constituer en groupe politique. Un scénario auquel ne croit pas Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord. « Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une recomposition du groupe. Je ne vois pas du tout une scission, que tel ou tel sénateur aille chez Eric Zemmour. Ça ne me semble pas d’actualité », soutient l’ancien ministre de la Ville, qui rappelle qu’« une très large majorité des sénateurs LR soutient Valérie Pécresse ». Reste que ces quelques sénateurs LR qui regardent sur leur droite sont symptomatiques des difficultés des LR, tiraillés sur leur ligne. De l’autre côté, les centristes se posent aussi des questions. Mais pour certains d’entre eux, c’est la tentation d’Emmanuel Macron. Si le chef de l’Etat l’emporte, la recomposition de la vie politique devrait reprendre de plus belle.

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