LFI: Manon Aubry, quand la recrue « citoyenne » devient tête de liste
Manon Aubry, débauchée d'Oxfam par La France insoumise pour être tête de liste aux élections européennes, s'apprête à 29 ans à mener sa première...

LFI: Manon Aubry, quand la recrue « citoyenne » devient tête de liste

Manon Aubry, débauchée d'Oxfam par La France insoumise pour être tête de liste aux élections européennes, s'apprête à 29 ans à mener sa première...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Manon Aubry, débauchée d'Oxfam par La France insoumise pour être tête de liste aux élections européennes, s'apprête à 29 ans à mener sa première campagne politique, un défi au sein d'une formation focalisée sur les "gilets jaunes" et dominée par Jean-Luc Mélenchon.

Recruter des "personnalités de la société civile" compétentes est devenu à la mode dans les partis politiques. Courtisée par Benoît Hamon, ayant des amis chez Place Publique de Raphaël Glucksmann, Manon Aubry, spécialiste de la question de l'évasion fiscale, a préféré les Insoumis, qui cherchaient à combler le départ du binôme de tête de leur coordinatrice des programmes, Charlotte Girard.

"Quand LFI m'a contactée, j'avais peur d'être une caution, instrumentalisée", confie cette brune menue à l'AFP. Tout de même tentée par "l'opposition constructive, le projet alternatif de société pensé dans sa globalité et dans ses détails" incarnés par LFI à ses yeux, elle s'est astreinte à de longues discussions. Avant finalement d'accepter.

Elle quitte alors Oxfam France après quatre ans comme "responsable de plaidoyer évasion fiscale et inégalités". Elle peut ainsi se targuer d'une bonne connaissance du processus de décision politique, ayant parcouru les couloirs des parlements français et européen pour peser en faveur de la fin des paradis fiscaux.

Issue d'une famille corse de la gauche ouvrière, rompue à la joute politique dès le lycée à Saint-Raphaël (Var) où elle a affronté l'actuel maire RN (ex-FN) de Fréjus David Rachline et mené la contestation contre le Contrat première embauche, Manon Aubry a affûté ses armes de militante de gauche en dirigeant l'Unef à Sciences Po, de 2008 à 2009.

Elle y a combattu les projets d'augmentation des frais d'inscription du directeur Richard Descoings. "C'était une vraie militante, très engagée dans ses combats", se souvient une camarade d'alors. "Elle n'avait pas peur d'aller contre la tendance majoritaire à l'Unef, de bosser la nuit s'il fallait, de prendre des coups."

"On en a vu des personnes de 20 ans se laisser griser, mais je ne l'ai jamais vue être dans le jeu de rôle. En revanche elle n'était pas très ouverte à la contradiction", raconte une autre personne qui l'a bien connue au syndicat étudiant.

- "Pas un bébé Mélenchon" -

Elle privilégie ensuite le monde associatif aux cabinets ministériels: un an au Libéria pour Médecins du Monde; deux ans en République démocratique du Congo pour l'ONG Carter Center contre les grosses entreprises minières; puis Oxfam en 2014 où elle plonge dans de complexes fichiers Excel pour "connaître son ennemi", la finance, et côtoie l'ancienne patronne écologiste Cécile Duflot, devenue directrice.

Manon Aubry le 9 janvier 2019 à Paris
Manon Aubry le 9 janvier 2019 à Paris
AFP

Ce n'est donc qu'en décembre 2018, désignée tête de liste dans l'indifférence générale en plein temps fort des "gilets jaunes", que Manon Aubry aura intégré un parti. Mais la persistance du mouvement social et l'omniprésence de Jean-Luc Mélenchon compliquent son émergence sur la scène politique.

"Elle ne va pas exister dans la campagne, c'est Mélenchon qui va scander les moments", prédit une figure insoumise, qui juge: "C'est étrange d'avoir accepté la tête de liste quand on ne maîtrise rien dans la composition de la liste et qu'on ne choisit pas le directeur de campagne".

"Ce n'est pas un bébé Mélenchon, la légitimité elle ne la doit qu'à elle-même", tempère l'ancienne camarade de Sciences Po. "Elle peut jouer collectif mais sera prête à discuter sur la ligne s'il le faut."

Reste que de l'avis de beaucoup, elle va devoir s'étoffer politiquement et sortir de sa "niche" de l'évasion fiscale, à laquelle elle a consacré la plupart de ses interventions publiques ces dernières semaines. La jeune femme semble avoir amorcé un changement en poussant un "coup de gueule" sur Twitter et sur RTL contre "la petite musique" des "convergences" entre RN et LFI, "alimentée par Marine Le Pen mais aussi par le gouvernement".

S'il réfute une division des tâches entre elle et lui, Manuel Bompard, numéro 2 sur la liste, confie qu'il sera probablement plus "occupé" par les "gilets jaunes" au plan national, en sa qualité de directeur opérationnel de LFI, tandis que Manon Aubry parlera davantage de leur débouché européen.

Partager cet article

Dans la même thématique

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le