Macron apporte un soutien appuyé à l’Egypte malgré les droits de l’homme
Le président français Emmanuel Macron a insisté mardi sur "le combat commun" de la France et de l'Egypte en matière de lutte antiterroriste,...

Macron apporte un soutien appuyé à l’Egypte malgré les droits de l’homme

Le président français Emmanuel Macron a insisté mardi sur "le combat commun" de la France et de l'Egypte en matière de lutte antiterroriste,...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET et Cécile FEUILLATRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le président français Emmanuel Macron a insisté mardi sur "le combat commun" de la France et de l'Egypte en matière de lutte antiterroriste, refusant de "donner des leçons" sur la question des droits de l'homme à son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en visite officielle à Paris.

Ce dernier, qui rencontrait le chef d'Etat français pour la première fois depuis son élection, a pour sa part vivement rejeté les accusations d'atteinte aux droits de l'homme relayées par de nombreuses ONG, qui pointent son bilan "catastrophique".

"La France se tient aux côtés de l'Egypte, car la sécurité de ce pays ami, c'est aussi notre propre sécurité", a insisté le président français à l'issue d'un déjeuner à l'Elysée.

M. Macron s'est ainsi placé dans la continuité de la politique française, qui perçoit Le Caire comme le principal rempart contre le terrorisme au Moyen-Orient.

Pour lui, il ne faut donc "pas donner des leçons" sur les droits de l'homme "hors de tout contexte". "Le président Sissi a un défi: la stabilité de son pays, la lutte contre les mouvements terroristes, contre un fondamentalisme religieux violent".

L'Egypte est régulièrement visée par des attentats meurtriers, dont le dernier a provoqué la mort de nombreux policiers vendredi dans le désert occidental. La plupart d'entre eux sont revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ou des mouvements locaux lui ayant prêté allégeance.

Le combat contre le terrorisme doit "impérativement être mené dans le respect de l'Etat de droit et des droits de l'homme", a déclaré M. Macron. Mais il réitéré son principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays: "de la même façon que je n'accepte qu'aucun autre dirigeant ne me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays (...), je crois à la souveraineté des Etats", a-t-il dit.

Ces déclarations ont suscité une vive réaction de Human Rights Watch. "De quel contexte parle le président? Celui d'une lutte anti-terroriste entachée d'atrocités, utilisée pour réprimer des opposants pacifiques, et au final inefficace?", a déclaré à l'AFP la directrice France de HRW, Bénédicte Jeannerod, estimant que M. Macron "tournait le dos aux droits humains".

- 'Pas la torture' -

De nombreuses ONG accusent le gouvernement du président Sissi d'être responsable de la "pire crise des droits humains qu'ait connue l'Egypte depuis des décennies". Elles dénoncent régulièrement les arrestations massives, les condamnations à mort, l'usage à grande échelle de la torture et les persécutions contre les homosexuels.

"Je suis responsable de la sécurité de 100 millions de personnes", a fait valoir M. Sissi, visiblement agacé d'être interpellé sur les droits de l'homme. "Nous sommes contre la violence et avec les droits de l'homme", a-t-il insisté, en affirmant que ses forces de sécurité "ne pratiquaient pas la torture".

Emmanuel Macron au côté du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à l'Elysée, le 24 octobre 2017
Emmanuel Macron au côté du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à l'Elysée, le 24 octobre 2017
POOL/AFP

Selon son entourage, le président français a évoqué avec M. Sissi une quinzaine de cas individuels de militants et journalistes égyptiens opprimés.

Pour MM. Macron et Sissi, la lutte contre le terrorisme doit être renforcée en Libye, un pays frontalier de l'Egypte qui n'arrive pas à sortir du chaos près de six ans après la chute du dictateur Mouammar Kadhafi.

"Ils sont d'accord sur le fait qu'il n'y a pas de solution militaire" à la crise, a précisé l'Elysée. Le Caire est l'un des principaux soutiens du maréchal Khalifa Haftar, qui s'oppose au gouvernement d'entente nationale (GNA) basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale.

Jusqu'à la fin de sa visite jeudi, M. Sissi va continuer à discuter de contrats économiques, notamment d'armement, même si aucune annonce d'envergure n'est attendue. Depuis 2015, l'Egypte en a conclus pour plus de six milliards d'euros, comprenant notamment 24 avions de combat Rafale, une frégate, deux porte-hélicoptères Mistral et des missiles.

M. Sissi doit être reçu par le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui a effectué de nombreux déplacements au Caire ces dernières années et entretient une relation amicale avec lui.

Une série d'accords bilatéraux ont par ailleurs été signés pour le financement de centres de soins, de l’extension de la station d'épuration d’Alexandrie et la construction de centrales solaires en Egypte.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le