Macron veut modérer l’élan libre-échangiste de Bruxelles
Le président français Emmanuel Macron plaidera jeudi soir auprès de ses homologues de l'UE en faveur d'une politique commerciale...

Macron veut modérer l’élan libre-échangiste de Bruxelles

Le président français Emmanuel Macron plaidera jeudi soir auprès de ses homologues de l'UE en faveur d'une politique commerciale...
Public Sénat

Par Clément ZAMPA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le président français Emmanuel Macron plaidera jeudi soir auprès de ses homologues de l'UE en faveur d'une politique commerciale européenne plus transparente et protectrice, un positionnement qui fait grincer des dents à Bruxelles.

"L'Europe qui protège, c'est (...) une Europe qui sait trouver les bons accords de libre-échange, les bonnes négociations pour protéger ses travailleurs et ses consommateurs", a-t-il déclaré à son arrivée à un sommet européen de deux jours à Bruxelles.

M. Macron s'inquiète de voir la Commission européenne, compétente au nom des 28 en matière commerciale, "se précipiter" dans la négociation de certains accords de libre-échange au mépris d'une opposition populaire grandissante.

Il a expressément demandé à prendre la parole sur le sujet jeudi soir lors d'un dîner entre les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Mais certains considèrent sa vision sur le commerce comme trop protectionniste.

"Je n'aime pas l'approche de principe selon laquelle nous devrions ralentir les négociations de libre-échange. Ce n'est pas notre position. Nous avons besoin d'accords commerciaux", a ainsi déclaré jeudi matin à l'AFP le Premier ministre suédois Stefan Löfven.

"Dès que l'on parle de politique commerciale, deux camps se dessinent automatiquement" parmi les Etats membres, résume une source européenne.

Au nord de l'Union, les défenseurs du libre-échange, appuyés par la Commission européenne; au sud, les tenants d'une politique commerciale désormais plus protectrice, la France en tête.

"Il est totalement vain d'envisager une réconciliation des Européens, ou en tout cas des Français, avec l'Europe, si cette Europe n'assume pas son rôle protecteur", explique une source diplomatique.

- Le Mercosur inquiète -

Les traités de libre-échange de l'UE sont la cible depuis plusieurs années d'une vive contestation de la part d'ONG, d'organisations syndicales ou de représentants politiques, qui les accusent de négliger l'environnement, la santé ou les normes sociales.

Confrontée à cette résistance, l'UE a ainsi eu toutes les peines du monde à faire progresser l'accord avec le Canada, le CETA, finalement entré en application provisoire fin septembre, mais qui reste à tout moment susceptible d'être remis en cause par le rejet éventuel d'un des parlements nationaux de l'UE.

"Nous ne pouvons pas donner à nos concitoyens (...) le sentiment que nous ne les écoutons pas", a insisté lundi le Premier ministre français, Edouard Philippe, en visite à Bruxelles.

Les craintes de Paris ont été renforcées par l'accélération de l'agenda commercial de l'UE ces derniers mois, en particulier avec des pays susceptibles de concurrencer son agriculture, comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, avec qui vont s'ouvrir des négociations.

Dans le même temps, la Commission européenne a relancé des discussions avec le Mexique, et surtout le Mercosur, qui regroupe plusieurs pays d'Amérique du Sud, l'accord "le plus important" au niveau économique qu'elle ait jamais négocié.

Elle semble prête à faire des concessions sur le boeuf et l'éthanol dans l'espoir d'élargir les débouchés pour son secteur automobile, ce qui inquiète particulièrement la France.

- Défiance de Trump -

S'ajoute à cela une jurisprudence récente de la justice européenne qui semble laisser la possibilité à Bruxelles de conclure seule, c'est-à-dire sans ratification des parlements nationaux, ses futurs traités commerciaux.

Une brèche dans laquelle est prête à s'engouffrer la commissaire au Commerce, la libérale Cecilia Malmström, pour éviter que les accords de l'UE ne rencontrent les mêmes difficultés que le CETA.

Mme Malmström entend aussi tirer profit de la défiance du président américain Donald Trump envers les traités de libre-échange pour attirer de nouveaux partenaires.

Entre la Suédoise, qui veut accélérer, et M. Macron, le pied sur la pédale de frein, le président de la Commission Jean-Claude Juncker tente de jouer les médiateurs.

"Poussée par les services de Juncker", selon une source à la Commission, Mme Malmström vient de présenter un texte destiné à renforcer la coopération dans l'UE en matière de contrôle des investissements étrangers, notamment chinois, qui répond à une demande directe d'Emmanuel Macron.

Ce texte de compromis, à la portée limitée, a été salué par l'Elysée, mais pourrait ne pas survivre à l'hostilité de certains pays comme la Suède, l'Irlande ou la Finlande.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le