Manuel Valls défend sur France 2 son programme marqué à gauche
Manuel Valls a défendu jeudi soir dans "L'émission politique" son projet présidentiel, reconnaissant avoir "changé" pour justifier l'inflexion à...

Manuel Valls défend sur France 2 son programme marqué à gauche

Manuel Valls a défendu jeudi soir dans "L'émission politique" son projet présidentiel, reconnaissant avoir "changé" pour justifier l'inflexion à...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Manuel Valls a défendu jeudi soir dans "L'émission politique" son projet présidentiel, reconnaissant avoir "changé" pour justifier l'inflexion à gauche de son programme par rapport à ses positions passées.

"Je sais bien que beaucoup m'aimaient quand j'étais briseur de rêve (...) briseur de tabou. A 5%! Mais bien sûr que j'ai changé! Je n'ai pas changé de conviction, mais j'ai changé, j'ai mûri", s'est justifié l'ex-locataire de Matignon sur France 2, niant tout opportunisme.

Outre les interrogations sur la sincérité de son programme, Manuel Valls a notamment répondu pendant deux heures d'émission au secrétaire général de la CGT Philippe Martinez sur sa politique de baisse des charges des entreprises; aux critiques d'une jeune normalienne musulmane sur ses prises de position contre le port du voile; à un habitant des Alpes-Maritimes faisant passer la frontière italienne à des migrants; ou encore au député Les Républicains Thierry Solère sur la non-évacuation de la "ZAD" de Notre-Dame-des-Landes.

A l'issue de l'émission, selon le sondage réalisé par Harris Interactive, seuls 29% des Français interrogés ont jugé Manuel Valls "convaincant". Chez les sympathisants de gauche, ce taux atteint 45%, en deçà des scores de ses rivaux Benoît Hamon (63%) et Arnaud Montebourg (51%) lors de leurs passages respectifs dans cette émission.

Finies les propositions droitisantes du "monsieur 5%" de la primaire de 2011: en 2017, il ne s'agit plus de "déverrouiller" les 35 heures, de supprimer l'impôt sur la fortune ou même de "sortir de la logique de la dépense publique".

La gauche et la social-démocratie en France et dans le monde ont par le passé "trop cédé" à "la puissance du marché, à des forces de l'argent, au libéralisme", a estimé l'ancien Premier ministre.

Vincent Peillon lors de la présentation de son programme le 3 janvier 2017 à Paris
Vincent Peillon lors de la présentation de son programme le 3 janvier 2017 à Paris
AFP

Manuel Valls assume désormais "le niveau de dépenses publiques dont les Français ont besoin", prône un "revenu décent" de plus de 800 euros, ou encore un salaire et un taux d'impôt sur les sociétés minimum dans l'Union européenne. Nouvelle proposition jeudi soir: 40.000 nouveaux logements sociaux pour les jeunes précaires.

"J'essaie d'incarner une gauche réformiste, qui refuse le libéralisme mais qui essaie d'avancer en même temps", a-t-il dit.

Tout au long de l'émission, c'est surtout la cohérence entre ses positions passées et nouvelles qui a été testée.

- 'On m'a imposé le 49-3' -

"Je ne suis plus Premier ministre, je réfléchis à l'avenir. Et notamment sur la réponse à apporter à la crise démocratique", a-t-il à nouveau plaidé pour justifier sa volonté de cantonner l'article 49-3 aux textes budgétaires, alors qu'il y a eu lui-même recours pour la loi Macron et la loi travail. M. Valls en a d'ailleurs rejeté la responsabilité sur les frondeurs socialistes: "On m'a imposé le 49-3".

Benoît Hamon, lors d'une visite à Bayonne, le 4 janvier 2017.
Benoît Hamon, lors d'une visite à Bayonne, le 4 janvier 2017.
AFP

Son programme continue à comporter quelques entorses aux canons de la gauche française: la création de places de prison et surtout le retour de la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure phare de Nicolas Sarkozy, abrogée par François Hollande en 2012.

Quant à ses positions sur le voile, qu'il avait qualifié il y a quelques mois d'"asservissement de la femme", Manuel Valls a défendu sa ligne en se disant "féministe". "Qu'est ce que c'est cette idée que le visage, que le corps des femmes, serait impudique (...) Vous êtes libre de porter ce voile, mais vous savez parfaitement ce qui se passe aujourd'hui dans certains quartiers", a-t-il dit à son interlocutrice voilée.

Dans cette campagne réduite à quatre semaines, l'ex-Premier ministre a choisi la stratégie de l'omniprésence. Outre de nombreuses apparitions médiatiques, il fera un déplacement par jour, hors débats télévisés. Après Liévin dimanche, des réunions publiques sont prévues à Rennes le 16 et à Limoges le 18 janvier.

Souvent sur la défensive jeudi soir, Manuel Valls peut toutefois se réjouir d'un bon sondage Harris Interactive paru jeudi matin: il arriverait largement en tête (43%) au premier tour de la primaire le 22 janvier, devant ses rivaux Arnaud Montebourg (25%) et Benoît Hamon (22%), en forte progression. Vincent Peillon est distancé (7%).

"Je me méfie bien sûr et des pronostics et des sondages", a éludé en soirée soir M. Valls, qui refuse le costume de favori.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
7min

Politique

Avant la présidentielle de 2027, le gouvernement muscle son arsenal contre les ingérences étrangères

Après les tentatives de manipulation détectées lors des élections municipales et face à la multiplication des campagnes de désinformation alimentées par les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, le gouvernement présente un projet de loi destiné à renforcer la protection du débat démocratique. Le texte durcit les sanctions pénales, élargit les procédures judiciaires de retrait des fausses informations et crée une commission indépendante chargée d’alerter le public en cas d’ingérence étrangère. Une première réponse saluée par plusieurs parlementaires, qui la jugent néanmoins incomplète.

Le

Marine Le Pen Campaigns in Northern France to Support Local Candidates
7min

Politique

« Il faut pousser les murs » : comment le Sénat se prépare à l’arrivée possible d’un groupe RN après les sénatoriales de septembre

Le RN espère, après les sénatoriales, atteindre le seuil des dix sénateurs pour créer le premier groupe RN de l’histoire du Sénat. Un enjeu symbolique, de moyens sur le plan parlementaire, et politique pour Marine Le Pen. Elle pourrait jouer de cette dynamique pour la présidentielle. Les conséquences sont aussi très pratiques au sein du Palais du Luxembourg, où l’administration doit faire de la place pour se préparer à l’arrivée éventuelle d’un groupe RN.

Le

Capture d’écran du documentaire « Hossegor, histoires d’utopistes » de Guillaume Estivie
6min

Politique

Les « docus de l’été » : Hossegor, une cité balnéaire façonnée au fil des utopies

Voici 100 ans que l’histoire de la côte basque s’écrit, traversée par de multiples révolutions… culturelle, architecturale, ou encore sportive. Une communion entre les Hommes et la nature qui a permis à un petit quartier de la commune de Soorts de s’émanciper pour devenir la célèbre station balnéaire d’Hossegor, dans le département des Landes. Mais qui sont les écrivains qui décident de s’installer au bord du lac marin à l’aube du XXe siècle ? Quel héritage reste-t-il de ces amoureux de la côte basque ? "Hossegor, histoires d’utopistes", un documentaire de Guillaume Estivie à voir cet été sur Public Sénat.

Le