Marathon budgétaire lancé à l’Assemblée, « pression fiscale » réduite
Répondant en partie aux revendications des "gilets jaunes", le troisième budget du quinquennat, depuis lundi devant l'Assemblée,...

Marathon budgétaire lancé à l’Assemblée, « pression fiscale » réduite

Répondant en partie aux revendications des "gilets jaunes", le troisième budget du quinquennat, depuis lundi devant l'Assemblée,...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Répondant en partie aux revendications des "gilets jaunes", le troisième budget du quinquennat, depuis lundi devant l'Assemblée, va contribuer à "rompre avec la pression fiscale" selon le gouvernement, mais "accroître les inégalités" selon la gauche et "aggraver l'endettement" d'après la droite.

"Nous voilà repartis pour quelques jours, quelques nuits, quelques semaines", a lancé le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin au coup d'envoi du marathon budgétaire, avec le premier volet du projet de loi de finances (PLF) 2020, consacré aux "ressources" de l'Etat (impôts et taxes).

Quelque 3.000 amendements sont au menu, un millier de plus que l'an dernier où l'exercice avait été bouleversé par la crise des "gilets jaunes".

Plus de neuf milliards d'euros de réduction d'impôts sont prévus l'année prochaine, notamment via la baisse de cinq milliards de l'impôt sur le revenu à laquelle s'était engagé Emmanuel Macron après le "grand débat". "Le travail, notamment des plus modestes, doit payer mieux en France", estime le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

En parallèle, la suppression de la taxe d'habitation va concerner l'an prochain 80% des ménages. Les entreprises verront, elles, leurs prélèvements baisser d'un milliard d'euros.

Ces baisses vont permettre sur le quinquennat de "rompre avec dix années d'augmentation massive de la pression fiscale", a vanté Bruno Le Maire.

Quelques mesures d'économies sont programmées, dont le quasi gel des prestations sociales et la suppression de niches fiscales comme sur le gazole non routier. Et si la baisse de l'impôt sur les sociétés se poursuit, elle sera moins rapide.

Au total, avec une croissance qui va se tasser à 1,3%, dans un contexte de ralentissement mondial, le déficit se situera à 2,2% du PIB, contre 2% initialement prévu. Surtout, le déficit structurel restera stable, et la dette publique va à peine baisser, à 98,7% du PIB.

- "Impôts pour demain" -

C'est ce qu'épingle la droite, Emilie Bonnivard (LR) dénonçant un financement des baisses d'impôts "en aggravant l'endettement". Son collègue Eric Woerth déplore aussi la fin de la politique de l'offre en faveur des entreprises, à l'unisson du Medef.

La gauche dénonce pour sa part un budget qui va "continuer de creuser les inégalités", alors que quelque 21 millions de foyers ne vont pas être concernés par la baisse de l'impôt sur le revenu, n'étant pas imposables.

"Ce budget est celui du renoncement face aux attentes de nos concitoyens", ont plaidé les socialistes, qui ont défendu en vain une motion de rejet.

Aux yeux des communistes, c'est le "budget des riches, acte III", dans la lignée de la suppression en 2018 de l'ISF. "Emmanuel Macron sabre les budgets de ministères qui font de la redistribution et supprime des centaines de postes dans les ministères à utilité sociale", relèvent les Insoumis.

Gage donnée à la gauche et une partie de la majorité, M. Darmanin a indiqué qu'il soutiendrait les "amendements Ghosn" pour obliger les dirigeants d'entreprises françaises à être domiciliés fiscalement en France dès 250 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 1 milliard dans le projet de loi initial.

Près d'un an après le début du mouvement des "gilets jaunes", l'exécutif prend garde à ne pas soulever de nouvelles contestations. Après avoir accepté de réindexer sur l'inflation les pensions de retraites de moins de 2.000 euros, il a abandonné in extremis la réduction d'un avantage pour les seniors employant une aide à domicile.

Le volet des compensations pour les collectivités du fait de la suppression de la taxe d'habitation mobilise aussi fortement les parlementaires. Le gouvernement va soutenir un amendement adopté en commission en ce sens: la revalorisation de 1,009% des valeurs locatives servant à établir la taxe d'habitation pour les 20% de Français qui la paieront encore.

Autre critique récurrente: celle d'un manque d'ambition en matière écologique.

"Le gouvernement semble tétanisé par la crainte d'un nouveau mouvement des gilets jaunes", a déploré Michel Castellani (Libertés et Territoires).

Pour donner un signal de "verdissement", les députés ont souhaité en commission la suppression des principales dépenses fiscales défavorables à l'environnement à l'horizon 2029, à l'initiative de LREM.

"Il n'est plus temps de bricoler, mais de monter en puissance sur les investissements publics +verts+", prônent dans une tribune 12 organisations (Fondation Hulot, CFDT...) et une cinquantaine de parlementaires.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le