Pour les municipales, La France insoumise se fait discrète
Après le cavalier seul raté des élections européennes, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon fait profil bas aux élections municipales de...

Pour les municipales, La France insoumise se fait discrète

Après le cavalier seul raté des élections européennes, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon fait profil bas aux élections municipales de...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Après le cavalier seul raté des élections européennes, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon fait profil bas aux élections municipales de mars en s'intégrant à des collectifs citoyens et en renouant discrètement avec les formations de gauche.

Le leader insoumis l'a rappelé à ses troupes en juin: les municipales "ont du sens en tant que préparation à l'auto-organisation populaire que nous souhaitons dans tout le pays, jusqu'à l'élection de 2022".

Une façon de dire que les municipales restent secondaires pour LFI, par réalisme autant que par conviction, la jeune formation née il y a trois ans restant souvent mal implantée dans le paysage local.

Le député (LFI) Eric Coquerel en 2019
Le député (LFI) Eric Coquerel en 2019
AFP/Archives

"Pour un mouvement jeune comme le nôtre, présenter une liste aux européennes ou un candidat à la présidentielle c'est facile, passer à une échelle gigantesque comme les municipales c'est plus compliqué", reconnaît le député Eric Coquerel.

Or LFI ne peut faire l'impasse d'un scrutin cher aux Français, qui placent le maire en tête de leurs élus préférés, surtout après la claque des européennes (6,3%).

"Il faut éviter d'envoyer un mauvais signal en faisant un mauvais score", estime un cadre insoumis, qui préfère voir le bon côté: "Par définition LFI ne perdra aucune ville. On va faire rentrer dans les exécutifs et les conseils municipaux des milliers de militants qui y feront leurs armes".

Nantes est un cas d'école. Les Insoumis, souvent déjà présents dans les luttes locales, se sont fondus dans le collectif citoyen "Nantes en commun", constitué en 2018 sur le modèle victorieux de "Barcelone en commun" et qui a réuni 800 personnes le weekend dernier.

Ils laisseront la tête de liste à une figure issue de la société civile, et se contenteront d'un maximum de deux Insoumis dans les 10 premiers noms, rapporte à l'AFP Arthur Créhalet, le chef de file LFI à Nantes. Signe de ce nouveau pragmatisme, ils espèrent des discussions fructueuses avec EELV, parti que les européennes ont placé en position de force (13,5%) et qui dans cette ville a déjà choisi sa tête de liste.

- "Conscientisation" -

Autres précautions insoumises: à Lille, Adrien Quatennens a renoncé à être tête de liste ; à Marseille où l'éventualité d'une candidature de M. Mélenchon a un temps alimenté la rumeur, à Toulouse ou encore à Montpellier, les Insoumis se sont inscrits dans des démarches citoyennes et d'union à gauche.

En Seine-Saint-Denis et en certains endroits du Val-de-Marne, où les Insoumis ont fait de gros scores à toutes les élections depuis leur émergence, il n'y a plus que quelques exemples de tentative de conquête autonome, comme à Saint-Denis où l'adjoint insoumis Bally Bagayoko conduira une liste opposée au maire PCF sortant Laurent Russier.

Dans de nombreux cas, la "fédération populaire" se résume à l'appui à des collectifs citoyens déjà constitués, au sein desquels les militants insoumis cotoient d'autres partis de gauche, dans d'autres cas à des listes menées par un Insoumis soutenu par des associatifs locaux.

"A défaut de pouvoir décider des choses, feignons d'en être les organisateurs", sourit le secrétaire national d'EELV David Cormand.

Partout, la marque LFI est mise en retrait. Le discours de centralité à gauche n'est plus au goût du jour, car les Insoumis ont compris qu'ils peuvent encore moins qu'avant prétendre contenir le mouvement populaire.

Le député LFI Adrien Quatennens le 19 septembre 2019 à Bobigny
Le député LFI Adrien Quatennens le 19 septembre 2019 à Bobigny
AFP/Archives

Le coordinateur Adrien Quatennens avait pourtant demandé, avant l'été, de construire les listes à partir d'"enquêtes conscientisantes" menées dans les quartiers, une forme de porte-à-porte militant autour de luttes locales précises, pouvant déboucher sur l'engagement politique des habitants. Selon lui, le rôle de LFI aux municipales est de susciter l'implication de citoyens éloignés de la politique.

Mais dans les faits, cette méthode exigeante en formation, en effectifs et en temps n'a pu être déployée à grande échelle avant la validation par le comité électoral, actuellement en cours, des stratégies et chefs de file locaux. Pascal Troadec, adjoint insoumis au maire PCF de Grigny (Val-de-Marne) et militant de longue date dans les quartiers populaires, le sait: "Réimpliquer les citoyens ne peut se faire en six mois".

Partager cet article

Dans la même thématique

Marseille: Funeral ceremony of Jean-Claude Gaudin
7min

Politique

Sabrina Roubache candidate aux sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « J’invite le premier ministre et le Président à s’occuper de cette affaire », réagit Renaud Muselier

La ministre du gouvernement Lecornu, proche d’Emmanuel et de Brigitte Macron, pourrait bien se présenter aux sénatoriales en septembre prochain. Sabrina Roubache se retrouverait ainsi face au président de la région PACA, Renaud Muselier, déjà candidat et lui aussi membre de Renaissance… « On va voir si elle va faire sa liste. On va voir comment ça finira », réagit auprès de publicsenat.fr le président de la région, qui juge « inamicale » sa candidature.

Le

Illegal Teknival Party Held on Military Firing Range in Cornusse
6min

Politique

Rave-parties : quelles législations chez nos voisins européens ?

Du Royaume-Uni à l’Italie, plusieurs pays européens ont renforcé leur arsenal répressif contre les free parties. En France, une rave géante a réuni le 1er mai près de Bourges quelque 17 000 participants selon la préfecture. Le gouvernement entend désormais criminaliser plus sévèrement organisateurs et festivaliers.

Le

Pour les municipales, La France insoumise se fait discrète
3min

Politique

Rave-party dans le Cher : « Il faut un système beaucoup plus répressif en France », affirme la sénatrice centriste Isabelle Florennes

Invitée de la matinale de Public Sénat, Isabelle Florennes a détaillé les propositions sénatoriales pour « mieux réprimer » les rave-parties, alors qu’une nouvelle fête a réuni des dizaines de milliers de personnes dans le Cher ce week-end. Peines de prison, usage de drones, accès aux messageries cryptées… autant de mesures reprises par le gouvernement dans son projet de loi dit « Ripost », dont la sénatrice centriste se félicite.

Le