Sous pression, l’Elysée cherche une sortie à l’affaire Benalla
Face à la première grande crise du quinquennat, l'Elysée tente de reprendre la main avec l'annonce d'une réorganisation pour éviter de nouveaux ...

Sous pression, l’Elysée cherche une sortie à l’affaire Benalla

Face à la première grande crise du quinquennat, l'Elysée tente de reprendre la main avec l'annonce d'une réorganisation pour éviter de nouveaux ...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Face à la première grande crise du quinquennat, l'Elysée tente de reprendre la main avec l'annonce d'une réorganisation pour éviter de nouveaux "dysfonctionnements", et la promesse qu'Emmanuel Macron va sortir de son silence.

Lors de leurs auditions lundi devant les députés le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb et le préfet de police Michel Delpuech ont tous deux désigné l'Elysée comme étant "l'autorité hiérarchique" d'Alexandre Benalla.

A leur issue, les ténors de l'opposition ont de nouveau appelé Emmanuel Macron, mutique depuis le début de l'affaire, et son entourage à s'expliquer.

Les ténors de la majorité lançaient de leur côté la contre-offensive, calée dimanche soir lors d'une réunion à l'Elysée réunissant autour du chef de l'Etat le Premier ministre Edouard Philippe, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux et le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner.

Emmanuel Macron est "calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie" sur cette affaire, la plus grave qu'il ait eu à gérer depuis son arrivée au pouvoir, a assuré M. Griveaux.

"Quand l'ensemble des éléments seront établis, le président s'exprimera.(...) Il décidera et le dira", indiquait son entourage dès dimanche soir, précisant que le chef de l'Etat avait qualifié d'"inacceptables" les faits reprochés à son ex-collaborateur.

Resté lundi à l'Elysée, Emmanuel Macron n'a pas de rendez-vous public à son agenda avant de se rendre mercredi après-midi dans les Hautes-Pyrénées, où il ne suivra finalement pas une étape du Tour de France comme cela avait été envisagé. Il est ensuite attendu en Espagne et au Portugal en fin de semaine.

"Sous Emmanuel Macron, tout se passe à l’Elysée", a réagi après les auditions à l'Assemblée Olivier Faure, le patron du PS, jugeant "plus que jamais besoin d’entendre le cabinet du président".

Pour le député LR Eric Ciotti, Emmanuel Macron doit avoir "le courage" de s'expliquer car "c'est lui qui est au sommet de cette chaîne (...) de dérapages, de dérive extrêmement grave".

Les protagonistes de l'affaire Benalla
Galaxie des personnes supposément impliquées dans l'affaire Benalla, du nom de l'ex-collaborateur de l'Elysée qui a frappé un manifestant lors du 1er mai
AFP

"C'est donc au cabinet du président qu'il faut aller chercher les responsabilités", a également déclaré Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national.

Le directeur de cabinet de l'Elysée Patrick Strzoda devrait être auditionné dans les prochains jours par les députés puis par les sénateurs, qui entendront aussi jeudi le secrétaire général Alexis Kohler, bras droit d'Emmanuel Macron.

- La sécurité en question -

Avec cette succession d'auditions dans les prochains jours et les enquêtes judiciaires en cours, "il est plus compliqué pour le président de prendre la parole", estime Bruno Jeanbart, directeur des études d'OpinionWay.

Selon cet expert, il "aurait dû probablement parler tout de suite" en "reconnaissant une erreur sur la première sanction" infligée à Alexandre Benalla pour avoir frappé un manifestant le 1er mai. "Reconnaître ses erreurs n'est pas infamant du point de vue de l'opinion publique, c'est même plutôt une attitude qui serait attendue", indique-t-il.

Au cours de la réunion de crise dimanche, Emmanuel Macron a aussi demandé à Alexis Kohler de "mener une réorganisation pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise" au sein de la présidence.

Cet examen devrait porter sur le cabinet dirigé par Patrick Strzoda, un haut fonctionnaire de 66 ans très expérimenté.

Il concernera aussi le dossier sensible de l'organisation de la sécurité du chef de l'Etat, sur laquelle une réflexion est menée depuis plusieurs mois. Elle vise à rassembler dans un nouveau pôle les différents services compétents, dont le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), le service de la police responsable de protéger le président lors des déplacements, et le Commandement militaire, qui sécurise l'Elysée.

L'actuel schéma a été critiqué par la Cour des Comptes pour son coût et sa complexité.

Mais le projet de réforme fait grincer des dents, notamment au sein de la police. A la lumière de l'affaire Benalla, Jean-Paul Megret, secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), a dénoncé samedi dans Le Monde la "logique dangereuse" de créer "une entité à part, sous l'autorité unique de l'Elysée, qui pourrait recruter en dehors de la police et de la gendarmerie".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Problème, son projet nécessite de réviser la Constitution, et le sénateur de Vendée a déjà essayé, sans y parvenir ces dernières années.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Sous pression, l’Elysée cherche une sortie à l’affaire Benalla
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le