Tension maximale au centre de rétention du Mesnil-Amelot
Depuis quelques semaines, la tension est montée d’un cran dans le plus grand centre de rétention administrative de France, situé en bout de piste de l’aéroport Charles de Gaulle. Au point que la Cimade, l’association qui vient en aide aux étrangers en situation irrégulière, a choisi de quitter les lieux, dénonçant les conditions de vie et une situation de violence. Une délégation sénatoriale s'est rendue sur place. Reportage

Tension maximale au centre de rétention du Mesnil-Amelot

Depuis quelques semaines, la tension est montée d’un cran dans le plus grand centre de rétention administrative de France, situé en bout de piste de l’aéroport Charles de Gaulle. Au point que la Cimade, l’association qui vient en aide aux étrangers en situation irrégulière, a choisi de quitter les lieux, dénonçant les conditions de vie et une situation de violence. Une délégation sénatoriale s'est rendue sur place. Reportage
Public Sénat

Par Fabien Recker et Alizé Boissin

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Je suis fatigué. Ça fait 75 jours que je suis ici, que je n’ai pas vu ma fille. Si ça continue je vais m’ouvrir les veines” C’est un cri de détresse, au détour d’un couloir du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). Les larmes aux yeux, ce père de deux enfants nés en France prend à partie les sénateurs venus inspecter le centre : « Je vis en France depuis 23 ans. On n’a rien fait et pourtant on nous traite comme des criminels. Ce n’est pas de la rétention, c’est de la détention ! ».

Le centre de rétention se limite à quelques bâtiments en béton autour d’une cour sans arbres, traversée par de hauts grillages où sèche du linge. D’une capacité de 240 places, il accueille actuellement 90 hommes dans l’attente d’une procédure d’éloignement. Ils vivent dans deux ailes séparées de celle réservée aux femmes seules et aux familles. Au-dessus de leurs têtes, le vacarme assourdissant des avions qui décollent de Roissy.

« Le bruit des avions nous rend fous. On ne peut pas se reposer » déplore Ali, un ingénieur venu du Soudan. « Ma femme est enceinte et elle ne s’alimente plus. Il faut l’hospitaliser mais personne ne nous écoute. Tout le monde s’en fiche. ». La directrice du centre défend une autre version : « Elle souffre de nausées du fait de sa grossesse, nous lui apportons son repas dans sa chambre. Nous n’avons pas de certificat médical indiquant qu’elle ne peut pas être en rétention. »

Si les installations, très rudimentaires, semblent propres à première vue, les conditions d’hygiène laissent en réalité à désirer. « Il y a des fuites d’eau, aucune toilette ne se ferme, pareil pour les douches » explique un jeune homme. « Aux toilettes on risque d’attraper la gale, c’est sale » renchérit un autre. L’interruption de l’accès à l’eau potable après 19h, dénoncée par la Cimade, est démentie par l’administration du centre, qui reconnaît néanmoins que certaines fontaines à eau ont besoin d’une réparation.

Si la durée de séjour moyenne dans le centre est de 20 jours, elle peut aller jusqu’à 90 jours. Dans ces conditions, l’attente et l’incertitude créent un climat propice à la violence. « L’autre jour un gars a avalé un couteau, une fourchette, un coupe-ongles et 15 pièces de dominos », raconte Amid, un algérien de 23 ans, arrivé 8 jours plus tôt au CRA. La direction ne confirme aucune tentative, mais l’officier de la police aux frontières en charge reconnait à demi-mot que les tentatives de suicide sont monnaie courante.

« Au-delà des conditions de vie, la question est pourquoi des personnes sont ici alors qu’elles n’ont rien à y faire ? » s’interroge Yves Daudigny, le sénateur socialiste de l’Aisne à l’initiative de la visite des parlementaires au CRA du Mesnil-Amelot. « Quand le centre de rétention a pour objectif de préparer l’éloignement, et que celui-ci ne concerne finalement que 40% des personnes qui y séjournent, cela veut dire que 60% d’entre elles ne devraient pas être là ». Avant de claquer la porte du CRA, la Cimade avait justement dénoncé des placements abusifs en rétention de la part de la préfecture.

Un membre de la délégation du Sénat s’adresse à un pensionnaire : « Demandez-vous le retour de la Cimade ? » « Franchement, si ça peut alerter les gens et faire bouger notre situation, c’est mieux qu’elle soit partie ! » En l’absence d’une réponse du gouvernement l’association ne prévoit pas de retourner au centre de rétention. En attendant, ses occupants restent livrés à eux-mêmes.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Vivendi Bollore
5min

Politique

Tribune anti-Bolloré :  Maxime Saada, patron de Canal + nie toute « liste noire »

Même si le président du directoire de Canal+ réfute toute « liste noir », il affirme que le groupe tiendra désormais compte de « la considération portée à Canal+ » dans ses choix de financement. Des propos qui ravivent les tensions avec une partie du monde du cinéma, mobilisée contre l’influence de Vincent Bolloré.

Le

Cour d appel et d ‘assises de Lyon
6min

Politique

Le procès « French Bukkake » aux assises : « Le but est de reconnaître toute la dimension criminelle de l’industrie pornographique », se félicite Laurence Rossignol

Le premier grand procès de l’industrie pornographique se tiendra finalement devant les assises et non devant une cour criminelle départementale. Une victoire pour la cinquantaine de victimes de la plateforme French Bukkake. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a retenu le caractère sexiste et raciste des viols, tout comme l’avait relevé le rapport de la mission d’information du Sénat sur les dérives de l’industrie pornographique remis en 2022.

Le

Ecole maternelle Volontaires, Violences dans le periscolaire, Paris
4min

Politique

Périscolaire : une liste noire de personnels ayant eu des « comportements inappropriés » est-elle faisable ?

Le projet de loi sur la protection de l’enfance présenté mercredi en Conseil des ministres vise notamment à apporter une réponse aux récentes affaires d’agressions sexuelles dans le périscolaire parisien. Le ministre de l’Éducation a annoncé la création d’une « liste noire » pour les personnels ayant des comportements problématiques sur des enfants, même s’ils n’ont pas été encore condamnés. Mais quelle forme légale peut prendre cette liste ?

Le

ILLUSTRATION CHALEUR
10min

Politique

« Disparue des radars », l’écologie fera-t-elle son retour pour la présidentielle de 2027 ?

Alors que la France subit une nouvelle canicule, les enjeux climatiques sont pourtant globalement moins prégnants dans l’opinion, les médias et chez les politiques. Entre les écologistes ou les socialistes qui entendent faire remonter le sujet en haut de la pile, ou certains LR qui veulent définir « une écologie de droite », l’environnement fera-t-il son grand retour en 2027 ? A voir.

Le