Tension maximale au centre de rétention du Mesnil-Amelot
Depuis quelques semaines, la tension est montée d’un cran dans le plus grand centre de rétention administrative de France, situé en bout de piste de l’aéroport Charles de Gaulle. Au point que la Cimade, l’association qui vient en aide aux étrangers en situation irrégulière, a choisi de quitter les lieux, dénonçant les conditions de vie et une situation de violence. Une délégation sénatoriale s'est rendue sur place. Reportage

Tension maximale au centre de rétention du Mesnil-Amelot

Depuis quelques semaines, la tension est montée d’un cran dans le plus grand centre de rétention administrative de France, situé en bout de piste de l’aéroport Charles de Gaulle. Au point que la Cimade, l’association qui vient en aide aux étrangers en situation irrégulière, a choisi de quitter les lieux, dénonçant les conditions de vie et une situation de violence. Une délégation sénatoriale s'est rendue sur place. Reportage
Public Sénat

Par Fabien Recker et Alizé Boissin

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« Je suis fatigué. Ça fait 75 jours que je suis ici, que je n’ai pas vu ma fille. Si ça continue je vais m’ouvrir les veines” C’est un cri de détresse, au détour d’un couloir du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). Les larmes aux yeux, ce père de deux enfants nés en France prend à partie les sénateurs venus inspecter le centre : « Je vis en France depuis 23 ans. On n’a rien fait et pourtant on nous traite comme des criminels. Ce n’est pas de la rétention, c’est de la détention ! ».

Le centre de rétention se limite à quelques bâtiments en béton autour d’une cour sans arbres, traversée par de hauts grillages où sèche du linge. D’une capacité de 240 places, il accueille actuellement 90 hommes dans l’attente d’une procédure d’éloignement. Ils vivent dans deux ailes séparées de celle réservée aux femmes seules et aux familles. Au-dessus de leurs têtes, le vacarme assourdissant des avions qui décollent de Roissy.

« Le bruit des avions nous rend fous. On ne peut pas se reposer » déplore Ali, un ingénieur venu du Soudan. « Ma femme est enceinte et elle ne s’alimente plus. Il faut l’hospitaliser mais personne ne nous écoute. Tout le monde s’en fiche. ». La directrice du centre défend une autre version : « Elle souffre de nausées du fait de sa grossesse, nous lui apportons son repas dans sa chambre. Nous n’avons pas de certificat médical indiquant qu’elle ne peut pas être en rétention. »

Si les installations, très rudimentaires, semblent propres à première vue, les conditions d’hygiène laissent en réalité à désirer. « Il y a des fuites d’eau, aucune toilette ne se ferme, pareil pour les douches » explique un jeune homme. « Aux toilettes on risque d’attraper la gale, c’est sale » renchérit un autre. L’interruption de l’accès à l’eau potable après 19h, dénoncée par la Cimade, est démentie par l’administration du centre, qui reconnaît néanmoins que certaines fontaines à eau ont besoin d’une réparation.

Si la durée de séjour moyenne dans le centre est de 20 jours, elle peut aller jusqu’à 90 jours. Dans ces conditions, l’attente et l’incertitude créent un climat propice à la violence. « L’autre jour un gars a avalé un couteau, une fourchette, un coupe-ongles et 15 pièces de dominos », raconte Amid, un algérien de 23 ans, arrivé 8 jours plus tôt au CRA. La direction ne confirme aucune tentative, mais l’officier de la police aux frontières en charge reconnait à demi-mot que les tentatives de suicide sont monnaie courante.

« Au-delà des conditions de vie, la question est pourquoi des personnes sont ici alors qu’elles n’ont rien à y faire ? » s’interroge Yves Daudigny, le sénateur socialiste de l’Aisne à l’initiative de la visite des parlementaires au CRA du Mesnil-Amelot. « Quand le centre de rétention a pour objectif de préparer l’éloignement, et que celui-ci ne concerne finalement que 40% des personnes qui y séjournent, cela veut dire que 60% d’entre elles ne devraient pas être là ». Avant de claquer la porte du CRA, la Cimade avait justement dénoncé des placements abusifs en rétention de la part de la préfecture.

Un membre de la délégation du Sénat s’adresse à un pensionnaire : « Demandez-vous le retour de la Cimade ? » « Franchement, si ça peut alerter les gens et faire bouger notre situation, c’est mieux qu’elle soit partie ! » En l’absence d’une réponse du gouvernement l’association ne prévoit pas de retourner au centre de rétention. En attendant, ses occupants restent livrés à eux-mêmes.

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