Santé : un rapport du Sénat alerte sur « la pandémie » de l’obésité
Mise en place à la fin de la session parlementaire, une mission d’information du Sénat sur l’obésité vient de remettre ses recommandations. En France, 17 % des adultes sont touchés et la trajectoire n’est pas près d’être enrayée.

Santé : un rapport du Sénat alerte sur « la pandémie » de l’obésité

Mise en place à la fin de la session parlementaire, une mission d’information du Sénat sur l’obésité vient de remettre ses recommandations. En France, 17 % des adultes sont touchés et la trajectoire n’est pas près d’être enrayée.
Simon Barbarit

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C’est une prévision de l’OMS qui alarme Michelle Meunier (PS) : l’impossibilité d’enrayer la hausse de la prévalence de l’obésité en Europe dans le contexte post-covid. « Pas un seul État européen n’est en voie d’atteindre cet objectif d’ici 2025 », constate l’Organisation Mondiale de la Santé.

Cette alerte figure en première page du rapport intitulé « Surpoids et obésité, l’autre pandémie », co-écrit par Chantal Deseyne (LR), Brigitte Devésa (Union centriste) et Michelle Meunier. Le titre n’est pas anodin car l’obésité a constitué un facteur de comorbidité lors de la pandémie de Covid-19.

75 % des enfants en surpoids ou en obésité sont issus des catégories populaires

Si la France est loin d’être la plus mauvaise élève par rapport à ses voisins européens, un adulte sur deux est quand même en surpoids, et 17 % des adultes sont obèses. En France comme ailleurs, cette « maladie » est fortement liée à l’échelle sociale. « 75 % des enfants en surpoids ou en obésité sont issus des catégories populaires et inactives. Les enfants d’ouvriers sont quatre fois plus « touchés par l’obésité que les enfants de cadres selon l’enquête Obépi Roche de 2020.

En conséquence, le taux national d’obésité n’est pas homogène géographiquement. Il atteint 22 % dans les Hauts-de-France, 20 % dans le Grand Est, et 14,4 % en Pays de la Loire. Il est surtout très élevé dans certains territoires d’outre-mer : 31 % dans les Antilles, 47 % à Mayotte.

« Nous avons tendance à moins mastiquer pour ingurgiter plus d’aliments »

« Personnellement, ce que je retiens de nos travaux, c’est que les personnes obèses ne sont pas responsables de leur maladie qui n’est pas vraiment considérée comme telle. Par exemple, les conseils en nutrition ne sont pas remboursés. Les produits les moins chers sont ultra-transformés. On grignote de plus en plus. On mange 20 % de plus que dans les années 1970. Les nutritionnistes nous ont parlé des changements de notre matrice alimentaire. Dès le plus jeune âge, nous avons tendance à moins mastiquer pour ingurgiter plus d’aliments. C’est l’exemple des compotes à boire pour les enfants qui sont privilégiées aux fruits », détaille Michelle Meunier.

Le déséquilibre de la balance énergétique : un apport excessif de calories, et une dépense calorique insuffisante relativement à cet apport, est en hausse. « Nous consommons chaque jour 2 200 kilocalories, soit un tiers de plus qu’en 1970, d’une alimentation probablement trop grasse – 80 % de plus qu’en 1970 – et, surtout, trop sucrée […] L’Anses estime que seuls 5 % des adultes ont une activité physique suffisante pour être protectrice », note le rapport.

L’esprit des préconisations de la mission privilégie donc une « action globale sur les déterminants environnementaux du surpoids plutôt que sur la responsabilisation des individus ».

Chèques alimentaires ciblés

On retient une mesure d’actualité qui consiste à « expérimenter la distribution de chèques alimentaires ciblés sur les ménages les plus précaires, afin de les aider à se procurer des produits frais et sains ». Une préconisation qui reste à affiner comme le consent Michelle Meunier. « Vous avez noté que les trois rapporteurs sont issus de familles politiques différentes. Nous ne serions probablement pas toutes d’accord sur les détails. Personnellement, je serais favorable à une aide mensuelle. Un seul chèque n’a aucun intérêt ».

La mission sénatoriale pioche du côté de l’Angleterre une mesure consistant à réguler l’installation des restaurants rapides (« fast-foods ») à proximité des écoles, collèges et lycées, mais aussi l’interdiction les promotions commerciales en grande distribution de produits trop sucrés, salés ou gras ainsi que les stratégies marketing incitant à leur achat.

Les élus veulent également impliquer les collectivités locales, par des engagements au sein des contrats locaux de santé, afin de rendre accessible l’activité physique et sportive sur tout le territoire (trottoirs, pistes cyclables).

Enfin, la mission se félicite des résultats de l’algorithme et d’affichage du Nutri-Score mais doute de sa capacité à contribuer très significativement à la diminution de la surcharge pondérale dans la population. « Le Nutri-Score modifie les comportements mais non les préférences intimes des individus », notamment pour les personnes « qui arbitrent en fonction du prix ». « Mieux vaut, en définitive, miser sur l’éducation à une bonne alimentation et à la dimension sociale du repas plutôt qu’à la lecture des étiquettes », estiment les rapporteures.

Cela rejoint d’ailleurs l’une de leurs préconisations : « Confier à l’éducation nationale la conception d’un module de formation obligatoire au goût et à la pratique de la cuisine dès l’école primaire ».

 

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