STATION ESSENCE
Le prix moyen du diesel a atteint dimanche 2,41 euros en France.

Aides aux carburants : que font nos voisins européens ?

À rebours de la plupart de ses voisins, la France n’envisage pas, pour le moment, de toucher aux taxes sur les carburants pour limiter la hausse des prix, privilégiant plutôt des mesures ciblées. L’Espagne, souvent citée en exemple, pratique une baisse de 20 centimes sur le prix du litre de diesel. L’Allemagne, qui a annoncé la semaine dernière réduire le niveau de son accise sur les carburants, réfléchit à un mécanisme de plafonnement des prix, qui pourrait s’inspirer du système belge.
Romain David

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Le prix moyen du diesel a atteint dimanche 2,41 euros en France, un nouveau record qui laisse craindre à certains analystes la perspective d’un prix au litre qui franchirait, à terme, la barre des 3 euros. Alors que les aides mises en place pour les gros rouleurs et certaines filières arrivent à échéance à la fin du mois de septembre, le gouvernement s’est engagé à prolonger son soutien, mais selon des modalités qui doivent être précisées au cours de la semaine. À la demande du président de la République, le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit ce lundi des ministres et directeurs d’administrations centrales pour plancher à la fois sur la question des approvisionnements en pétrole et en gaz face à la guerre au Moyen Orient, mais aussi sur « l’accompagnement à court et moyen termes » des Français confrontés à l’envolée des prix.

À ce stade, l’exécutif continue de rejeter la piste d’une baisse généralisée, en jouant sur le montant des taxes perçues par l’Etat sur les carburants, faisant plutôt valoir des aides ciblées – donc moins coûteuses – dans un contexte de disette budgétaire. « 20 centimes de baisse du prix de l’essence, via les accises, c’est 9,1 milliards d’euros de dépenses. […] La réalité, c’est qu’il faudra bien que quelqu’un les paye », a expliqué ce lundi matin, au micro de France Inter, Roland Lescure, le ministre de l’Economie, à quelques jours de la présentation du budget.

Début juin, l’Institut Jacques Delors chiffrait à 16 milliards d’euros le montant de la dépense publique engagée dans les pays de l’Union européenne pour affronter le choc énergétique. Et c’est bien la piste d’une modulation des taxes d’accise sur les produits pétroliers qui a été retenue par la plupart de nos voisins européens pour limiter la hausse des prix. Mais alors que la crise dans le détroit d’Ormuz est en train de s’enkyster, plusieurs gouvernements ont dû procéder à des réajustements pour permettre à leurs finances publiques d’encaisser la dépense sur le long terme. Tour d’horizon des différentes mesures.

En Allemagne

En Allemagne, le gouvernement de Friedrich Merz a annoncé vendredi une réduction de la taxe sur l’énergie pour l’essence et le diesel, à hauteur de 14 centimes par litre. Cette mesure devrait également impacter le calcul de la TVA, si bien que la ristourne par litre de carburant devrait avoisiner les 17 centimes outre-Rhin.

« Je pense que cette annonce était en partie liée à leur calendrier électoral, on ne peut pas dire que ça leur a beaucoup réussi », a ironisé ce lundi matin Roland Lescure, après la défaite électorale historique enregistrée dimanche aux élections régionales en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin par la CDU de Friedrich Merz.

Par ailleurs, le gouvernement allemand a également annoncé plancher sur un système de plafonnement des prix, tel que pratiqué par la Belgique, et qui pourrait entrer en vigueur début 2027.

La péninsule Ibérique

Le gouvernement espagnol, souvent cité en exemple dans l’Hexagone, a également fait le pari d’une modulation de sa fiscalité sur les carburants. Les réductions qui avaient été mises en place à la suite de la crise dans le détroit d’Ormuz ont commencé à baisser en juin, selon un calendrier prévisionnel établi par l’exécutif. Toutefois, un mécanisme d’ajustement permet de ralentir la baisse sur certains produits, lorsque ceux-ci sont amenés à repartir à la hausse sous l’effet de l’inflation. C’est ce qui s’est notamment passé avec le diesel. Si bien que début septembre, la réduction annoncée sur le litre de diesel était de 20 centimes, contre seulement de 5 centimes pour l’essence. « Selon les premières constatations rapportées depuis l’entrée en vigueur de la mesure, le prix moyen du diesel n’a diminué que d’environ six centimes par litre, les prix étant également influencés par les cours du pétrole et les marges de distribution », relève néanmoins Equinox, média francophone basé à Barcelone.

Depuis mars, le Portugal a réduit sa taxation sur les produits pétroliers de 7,55 centimes d’euro par litre de diesel, soit 9,4 centimes à la pompe si l’on tient compte des effets de cette baisse sur la TVA. La semaine dernière, Lisbonne a annoncé un nouveau train de mesures pour aider les ménages à faire face à la flambée des prix, notamment une diminution des barèmes d’imposition pour les ménages les plus modestes, mais rien de nouveau, en revanche, sur les carburants. Le gouvernement de Luis Montenegro écarte l’idée d’une suppression pure et simple de la TVA, tel que le proposent l’extrême droite et une partie de la gauche portugaise.

En Italie

L’Italie aussi a joué sur les droits d’accise sur le diesel, mais la dépense oblige désormais Rome à limiter les efforts. À partir du 25 septembre, la réduction de 17 centimes par litre sera ramenée à 12,2 centimes. Pour faire passer la pilule, le gouvernement de Giorgia Meloni a mis dans son viseur un autre impôt.

Le palais Chigi a annoncé mi-septembre la suppression pour l’année 2027 de la taxe automobile que les Transalpins payent pour tout véhicule immatriculé en Italie. Cette suppression temporaire du « bollo auto », un impôt très décrié, ne concernera que les petites et moyennes voitures. Pour les propriétaires de plusieurs véhicules, elle ne pourra s’appliquer que sur le moins puissant, c’est-à-dire celui pour lequel « le montant de la taxe est le moins élevé ». Au total, 14,5 millions d’automobilistes sont concernés, soit 70 % du parc automobile italien.

Ce sera toutefois autant de moins pour les collectivités, puisque les recettes du « bollo auto », viennent alimenter les budgets des régions italiennes. Le gouvernement va devoir trouver une manière de compenser cette opération, pour un coût estimé à 2,36 milliards d’euros.

En Belgique

Pas d’aides aux carburants pour le Plat Pays : « Les caisses sont vides », a balayé le Premier ministre belge Bart de Wever lors de sa rentrée devant les députés. Toutefois, le système belge fixe, pour chaque jour ouvré, un prix maximal des prix à la pompe – que les stations ne peuvent pas dépasser -, et qui tient compte, outre le prix du baril, des frais de transport et des droits d’accise. Les pompistes peuvent en revanche afficher des tarifs en deçà de ce plafond.

Partager cet article

Dans la même thématique