SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
Crédit : Eric TSCHAEN-Pool/SIPA

Choose France : « Une des grandes réussites d’Emmanuel Macron, c’est de faire venir des investisseurs étrangers », reconnaît la sénatrice LR Sophie Primas

Avec 93 milliards d’euros de nouveaux investissements annoncés par le chef de l’Etat, à l’occasion de Choose France, c’est « indéniablement une réussite, il ne faut pas bouder son plaisir », salue l’ancienne ministre Sophie Primas, qui reste cependant « prudente sur le taux d’exécution ». « Sur le papier, ça s’annonce très prometteur. Mais le bilan reste lui très mitigé et très contrasté », met en garde le président de la délégation aux entreprises du Sénat, Olivier Rietmann.
François Vignal

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Qui l’eut cru ? En dépit de l’instabilité internationale, avec un blocage du détroit d’Ormuz qui dure, et une dernière année de mandat pour Emmanuel Macron, l’édition 2026 de Choose France bat tous ses propres records. Vitrine des investissements étrangers sur le territoire, lancée par le chef de l’Etat en janvier 2018, Choose France symbolise l’un des marqueurs du macronisme : la politique pro business, avec un souci apporté à l’attractivité française.

Après un record de l’édition 2025, avec 40 milliards d’euros d’investissements affichés, en comptant alors 20 milliards déjà annoncés quelque mois avant lors d’un sommet spécifique sur l’Intelligence artificielle, Choose France 2026 affole les compteurs. « Ce sont 71 nouveaux investissements qui sont annoncés. Et cette édition de Choose France à elle seule va permettre de cristalliser un montant record de 93 milliards d’euros d’investissement confirmés, pour plus de 15.000 emplois. C’est évidemment de très loin une édition record et c’est historique », a annoncé et s’est félicité Emmanuel Macron, ce lundi.

« Des projets stratégiques pour notre indépendance »

« Ce sont 93 milliards d’investissement dans les data centers et l’IA bien sûr », précise le chef de l’Etat. Et si le nombre de milliards gonfle autant, c’est grâce à l’annonce du géant japonais des technologies SoftBank pour un énorme projet de data centers. Dans son annonce, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pris en compte que « les 45 milliards d’euros confirmés, nous n’avons pas pris en compte ceux qui sont à venir », qui permettrait d’arriver « dans les années à venir à 75 milliards d’euros » au total, a précisé le chef de l’Etat, rien que pour cet investissement de SoftBank.

Mais il y a en plus « des projets stratégiques pour notre indépendance dans les semi-conducteurs, dans les minerais critiques, dans l’électrification des tracteurs et camions, dans l’acier, dans la santé », ajoute le Président. Scania va ainsi investir 70 millions d’euros à Angers pour produire des poids lourds électriques, les laboratoires GSK et Sandoz vont investir 300 millions sur leurs sites français, Ferrero fera ses nouveaux « Nutella Cookies » dans les Hauts-de-France et annonce 60 millions d’euros d’investissement. Mais on est loin des 10 milliards d’euros supplémentaire investis par Brookfield, gestionnaire d’actifs canadien, dans les infrastructures françaises liées à l’IA, des 7,5 milliards dans l’IA annoncés par le fonds émirati MGX et BPIFrance, ou encore d’Amazon, qui annonce « trois nouveaux sites logistiques », pour 1.000 CDI promis par le géant, qui prévoit d’investir 15 milliards d’euros en France sur trois ans.

« Dans deux ans, les gens regretteront Emmanuel Macron »

Pour le sénateur Renaissance François Patriat, fidèle du chef de l’Etat, ces bonnes nouvelles ne sont pas une surprise. « La philosophie était la bonne, la vision était la bonne et les cinq crises successives, gilets jaunes, covid, guerre en Ukraine et énergie, inflation, guerre en Iran, ont fait qu’on n’a pas pu faire ce qu’on a voulu en termes de réformes », souligne le président du groupe RDPI du Sénat, qui « pense que dans deux ans, les gens regretteront Emmanuel Macron ». Il insiste : « Je pense que la politique économique de Macron était la bonne, mais il a été contrecarré par les crises ».

Quant aux data centers qui se développent, « ce sont des investissements d’avenir pour l’ensemble de la nation. En termes d’emplois, si on n’a pas les data centers, demain les emplois seront ailleurs ».

« Il faut être attentif à ce que ça se réalise bien »

A droite, où on est sensible au sort des entreprises, on salue les annonces du jour, mais avec quelques bémols, à l’image de la sénatrice LR Sophie Primas, ancienne ministre déléguée au Commerce extérieur du gouvernement Barnier, puis porte-parole du gouvernement Bayrou. « Dieu sait que je peux être critique, mais une des grandes réussites, quand même, des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, c’est ça, de faire venir des investisseurs étrangers en France », reconnaît Sophie Primas, qui ajoute que « cet événement de Choose France, qui est une vitrine, est indéniablement une réussite. Il ne faut pas bouder son plaisir. Mais ensuite, il faut être attentif à ce que ça se réalise bien », tempère cette proche de Gérard Larcher. Car « si c’est un record » et « plutôt une bonne nouvelle dans l’absolu », « après, je suis toujours prudente sur le taux d’exécution à deux ou trois ans. Il faut faire des efforts considérables dans la rapidité d’exécution. Je m’en étais ouverte au Président un jour. Par exemple, sur le projet de loi industries vertes, qui simplifie, on ne va pas assez loin, il faut aller plus vite dans l’examen des dossiers et pour ça, il faut une mobilisation locale, avec les ZAC clefs en main. Il faut promouvoir ce système-là », souligne Sophie Primas.

Reste qu’au moins, ce genre de grand raout qu’est Choose France a son utilité, reconnaît la sénatrice LR des Yvelines, exemple à l’appui : « Quand j’étais ministre du Commerce extérieur, il y avait une chaîne d’hôtels qui voulait investir en France. Ils étaient venus à Choose France et ça les avait décidés pour faire 3/4 hôtels. Ça créer une envie d’installation ».

« Je salue ces annonces… en tant qu’annonces »

Son collègue Olivier Rietmann, président de la délégation sénatoriale aux entreprises, est peut-être plus mitigé. « Je salue ces annonces… en tant qu’annonces. Ça fait quand même des années maintenant qu’Emmanuel Macron nous habitue à des annonces extraordinaires, notamment à Choose France. Sur le papier, ça s’annonce très prometteur. Mais le bilan reste lui très mitigé et très contrasté », tempère le sénateur LR de Haute-Saône.

Il prend exemple sur l’entreprise « Carbon, venue trois fois à Choose France, mais pas invitée cette année. Ils ont abandonné un projet d’usine géante de panneaux solaires, à Fos-sur-Mer, estimant ne pas avoir été suivi, sans volonté réelle de l’Union européenne derrière. Et à la chambre de commerce américaine, l’Amcham, où j’interviens de temps en temps, j’ai eu le cas de trois entreprises, qui avaient fait Choose France, mais qui feront des investissements dans un autre pays. Pourquoi ? A cause de la surtaxe sur les grosses entreprises, les 8 milliards d’euros », pointe le sénateur LR.

« Il ne faut pas que les data centers soient l’arbre qui cache la forêt »

Et Olivier Rietmann s’inquiète d’investissements déséquilibrés. « Sur les investissements étrangers, on est plutôt le pays qui est le plus choisi, mais avec une baisse de 17 % sur la dernière année. Le nombre d’emplois industriels recule lui de 4 % par rapport à 2024. Le pourcentage de ces investissements est de moins en moins industriel et de plus en plus logistique et en data center. Il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt », met en garde le président de la délégation, tout en ajoutant : « Après, les data centers, je suis à 200 % pour leur implantation en France, car il ne faut pas prendre de retard sur l’IA. Pour tenir tête aux Etats-Unis et à la Chine, il faut que le développement de l’IA soit européen et poussé par la France, tout en restant maître de nos données ».

Même sentiment de Sophie Primas. « Il faut être attentif à l’équilibre, il y a beaucoup de data centers. C’est bien, il faut en faire. C’est utile et même le préalable si on veut réindustrialiser la France sur des industries autres que les data centers », souligne l’ancienne ministre, estimant que « les départements » doivent avoir un rôle dans les « plans d’aménagement » à mettre en place sur la question cruciale « de l’arrivée de l’électricité », en lien avec RTE. Mais « maintenant, on ne peut pas faire que ça ». Car le reste de l’économie n’est en réalité pas au beau fixe. « Entre le chômage qui monte, l’inflation, tous les feux sont à l’orange clignotant », alerte Olivier Rietmann, qui appelle à « revenir aux fondamentaux ».

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