À peine installé à la tête de la Banque de France, le nouveau gouverneur Emmanuel Moulin prépare les esprits à une conjoncture économique qui se dégrade. La prévision de croissance de l’institution monétaire, dont la dernière remontait à mars, sera revue à la baisse à la mi-juin.
Un ralentissement de la croissance. « Notre prévision sera en-dessous de 0,9 % », a précisé le gouverneur, a indiqué mardi Emmanuel Moulin, lors d’une allocution au Paris Finance Forum. Ce chiffre est toutefois entouré de « fortes incertitudes ». Rappelons que le 29 mai, une mauvaise surprise est venue de l’Insee, celle d’une estimation du recul de 0,1 % du PIB au premier trimestre. « Je ne tirerai pas trop de conclusions de ce chiffre, car il y a des problématiques spécifiques qui étaient en jeu au premier trimestre », dont une forte baisse des exportations, a toutefois tempéré le gouverneur de la Banque de France.
En mai, le Fonds monétaire international avait abaissé sa prévision de croissance de la France en 2026, de 0,9 % à 0,7 %. Le gouvernement français avait réactualisé la sienne de 1 % à 0,9 %.
L’activité des entreprises marque le pas. Le 21 mai, l’influent indice PMI Flash, publié par la société S&P Global, a fait l’effet d’une douche froide. Il mesure l’activité du secteur privé, concrètement l’évolution des carnets de commande. Il s’est établi à 43,5 en mai contre 47,6 en avril. Chaque donnée sous 50 traduit une contraction. Il s’agit d’un plus bas de 66 mois, c’est le plus fort décrochage depuis 5 ans et demi. L’étude a même évoqué un « risque de récession ».
Craintes sur la consommation. La faiblesse de la consommation, qui tire pour une grande partie la croissance, est un autre élément de préoccupation de la Banque de France. Selon Emmanuel Moulin, cela pèsera « sur le reste de l’année ». En avril, les dépenses de consommation des ménages ont baissé plus que prévu, de 0,5 % après une hausse de 0,9 % en mars. La consommation d’énergie est particulièrement marquée, avec une chute de 2,9 %.
Remontée de l’inflation. Cette prudence sur les dépenses s’explique notamment par le retour d’une inflation à des niveaux plus élevés. En mai 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an, leur plus forte progression depuis deux ans. Les prix de l’énergie ont augmenté de 16,8 % en mai sur un an, après 14,3 % en avril.
Des défaillances d’entreprises à un niveau élevé. Autre signal inquiétant qui se confirme mois après mois : la progression du nombre d’entreprises en cessation de paiement. Selon la Banque de France, en avril, le nombre de défaillances d’entreprises s’établissait à plus de 70 200 en cumulé sur 12 mois, franchissant un seuil symbolique. Sur un an, la hausse atteint 4,6 % et leur nombre dépasse désormais celui observé avant la crise sanitaire. Il y a dix ans, elles étaient légèrement supérieures à 60 000.
Cette légère augmentation concerne l’ensemble des tailles d’entreprises et la plupart des secteurs d’activité. La hausse s’explique ainsi par « une conjoncture dégradée, imputable notamment aux chocs successifs et aux incertitudes accrues qui ont fragilisé la situation financière de certaines entreprises », selon la Banque de France.
Poursuite de la remontée du chômage. La progression du nombre de personnes sans emploi est également un autre voyant qui vire de plus en plus au rouge. Le taux de chômage en France a atteint 8,1% au premier trimestre 2026, son plus haut niveau en cinq ans, selon une statistique dévoilée par l’Insee à la mi-mai. Le chômage au sens du Bureau international du travail (une personne sans emploi durant une semaine donnée) a augmenté de 0,2 point par rapport à fin décembre, et de 0,7 point sur un an.
La progression est régulière, remettant clairement en cause l’objectif de plein emploi voulu pour 2027. Le chômage avait atteint un plus bas depuis plusieurs décennies en au premier trimestre 2023 à 7,1 %. Notons que l’obligation depuis janvier 2025, de s’inscrire à France Travail pour les bénéficiaires du RSA n’explique que la moitié de la hausse.