Ce vendredi matin, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) présentait une note sur l’hydrogène natif. Adoptée la veille, elle est portée par deux parlementaires socialistes : le sénateur de la Moselle Michaël Weber et le député de la Seine-Maritime Gérard Leseul.
Une ressource « propre » et peu coûteuse
L’hydrogène est une ressource utilisée par les industries de la chimie, par exemple dans les engrais, ou encore le raffinage du pétrole. Il en existe plusieurs sortes, qui se différencient par la façon dont elles sont obtenues. L’hydrogène blanc, aussi appelé hydrogène naturel ou natif, est naturellement présent dans certains sous-sols : sous forme gazeuse dans des roches poreuses, ou bien dissous dans les eaux souterraines.
S’il suscite l’intérêt des industriels et des parlementaires, c’est d’abord parce que son exploration et son exploitation sont présentées comme non polluantes, contrairement aux hydrogènes « gris » et « noir », mais aussi parce qu’il est moins cher à produire que l’hydrogène dit « vert ». Ce dernier, obtenu par hydrolyse de l’eau, est également neutre en carbone, mais il coûte très cher à produire, entre 10 et 15 € le kilo, selon les rapporteurs. Même si le coût réel final de l’exploitation de l’hydrogène « blanc » n’a pas encore été établi, les industriels l’estiment entre 50 centimes et 1 € le kilo. A l’heure actuelle, 96 % des 100 millions de tonnes d’hydrogène produites chaque année sont « gris » ou « noir », c’est-à-dire issues des énergies fossiles.
« Nous n’avons pas de chiffrage précis sur la capacité de production d’hydrogène naturel sur notre territoire »
Avec de tels avantages, comment se fait-il que la planète tout entière ne se soit pas lancée massivement dans la production d’hydrogène naturel ? En réalité, l’exploitation de la ressource en est à ses débuts, et elle présente quelques difficultés. D’abord, sa répartition sur le globe est mal connue. « Nous n’avons pas de chiffrage précis sur la capacité de production d’hydrogène naturel sur notre territoire », déplore Gérard Leseul. En 2023, une estimation des zones dotées en hydrogène « blanc » a été lancée. Il en est ressorti que la France possédait des réserves : dans le Bassin aquitain, le Piémont pyrénéen, le Grand Est, la Nouvelle-Calédonie ou encore la Guyane. Le 23 juin dernier, le producteur d’énergie bas-carbone la Française de l’Energie, révélait avoir découvert de grandes quantités d’hydrogène naturel en Moselle, lors d’un forage en profondeur. Au niveau mondial, un seul site d’hydrogène naturel est exploité, au Mali, et son rendement est si faible qu’il ne produit que 1 500 mètres cubes par jour, quand les puits de gaz naturel de la mer du Nord en produisent 2 millions.
Un coût encore trop élevé
Autre frein au développement de l’hydrogène « blanc » : le coût de l’exploration, encore très élevé à l’heure actuelle. « Le forage reste le seul moyen de confirmer l’existence d’un gisement, mais son coût est élevé : entre 2 et 20 millions d’euros », explique Michaël Weber, « les seules sociétés qui l’exploitent en France aujourd’hui sont des startups ». A cela s’ajoute le coût du transport, élevé lui aussi, à cause de la nature complexe du produit. « La rentabilité économique est possible si les consommateurs sont à proximité immédiate du gisement », explique le corapporteur.
Des freins administratifs et sociétaux
En sus des freins économiques, les parlementaires regrettent des difficultés administratives à l’exploration et l’exploitation de ce gaz. « La phase de recherche implique la délivrance d’un permis exclusif de recherche, procédure plus longue que dans d’autres pays (18 mois en France contre 3 à 6 mois en Allemagne) », peut-on lire dans la note. « Aux Etats-Unis, ce délai est de quelques semaines, il y a une vraie différence », souligne Michaël Weber.
Enfin, le dernier verrou est sociétal. « Les ressources du sous-sol français sont mal connues du public et leur exploitation souffre d’une acceptation sociale faible et d’un relatif désintérêt des décideurs publics », regrette le sénateur.
Une « opportunité » à côté de laquelle la France « ne peut pas passer »
Pourtant, aux yeux des deux parlementaires, l’hydrogène natif constitue une « opportunité » à côté de laquelle la France « ne peut pas passer ». « La France a une fenêtre d’opportunité et pourrait devenir un leader mondial de cette ressource », s’enthousiasme Michaël Weber. Pour ne pas attendre que la fenêtre ne se referme, ils formulent six recommandations.
Le nerf de la guerre, pour les parlementaires, c’est le financement des études scientifiques et des explorations du sous-sol. Ils recommandent ainsi de consacrer 10 millions d’euros à un « programme national de recherche pluridisciplinaire sur 10 ans sur l’hydrogène et l’hélium », et de garantir des avances remboursables à hauteur de 10 millions d’euros par projet, pour les entreprises qui se lanceraient dans des forages, accompagnées d’équipes de scientifiques. Les deux parlementaires appellent également de leurs vœux une simplification des processus d’autorisation pour les explorations et d’exploitation.
Enfin, et c’est l’une des mesures les plus étonnantes, Michaël Weber et Gérard Leseul appellent au développement d’un « récit autour du sous-sol national », afin de « sensibiliser les décideurs politiques et les citoyens sur le caractère stratégique des ressources du sous-sol et le potentiel français ». Pour les parlementaires, c’est une question de souveraineté énergétique. D’autant que sur le sujet, les Etats-Unis, l’Australie ou encore la Chine ont déjà lancé des projets d’exploration. Dans la course aux ressources naturelles, la Chine et les Etats-Unis font la course en tête. Avec l’hydrogène naturel, la France peut-elle espérer se hisser à leur niveau ?