À une semaine de la rentrée scolaire, le gouvernement cherche à calmer la colère des lycéens et des étudiants, qui s’exprime depuis la fin du mois de septembre. Après avoir réuni les organisations de jeunesse, d’abord à l’Elysée vendredi, puis à Matignon ce lundi 26 octobre, l’exécutif met sur la table une série de réponses aux revendications qui se sont exprimées dans la rue, ou sur la plateforme en ligne au début du mois. Le paquet de mesures va bien au-delà des premières réponses qui s’étaient esquissées à la mi-octobre, principalement sur la mobilisation de nouveaux professeurs remplaçants.
Les annonces doivent être détaillées et précisées au cours d’une conférence de presse à 17h30, animée par le ministre de l’Education Edouard Geffray et son collègue de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste. Les grandes lignes ont été dévoilées par deux influenceuses éducation, Anna Baldy et Mathilde Fouqué, à la sortie de leur entretien avec Sébastien Lecornu, mais aussi dans certains médias.
Remplacement en deux temps de Parcoursup
Premier changement notable : l’exécutif prépare le remplacement de Parcoursup, cette plateforme d’orientation et de sélection dans le supérieur, critiquée depuis plusieurs années pour son opacité. Ce mécanisme, qui avait pris le relais en 2018 de l’ancien système Admission post-bac (APB), ne disparaîtra pas en 2027, mais évoluera sensiblement l’an prochain, avant qu’une nouvelle solution prenne le relais en 2028.
« On ne peut pas changer les procédures pour cette année et les lycéens qui sont en terminale actuellement. Donc ils vont faire quelques changements, avec une clarté pour les algorithmes locaux et pour la sélection dans chaque école, et après, ils vont lancer un chantier pour l’année prochaine », ont déclaré les deux influenceuses. Un groupe de travail sera installé pour préparer la succession de Parcoursup, avant le nécessaire travail législatif pour opérer la réforme. D’ici là, un débat aura lieu dès mercredi à l’Assemblée nationale sur « l’avenir du processus d’orientation ».
A noter que le contrôle continu en terminale, essentiel pour les examens ou la constitution des dossiers d’orientation, fera l’objet d’une refonte. Le Parisien évoque la piste d’une période raccourcie pour la prise en compte des notes.
Ouverture de places supplémentaires dans le supérieur, création de postes dans l’enseignement du secondaire
Une autre revendication sera partiellement satisfaite, à savoir le manque de places dans de nombreuses filières d’études. 15 000 supplémentaires seront ouvertes, mais le ministère entend privilégier les filières courtes et techniques, comme les BTS et les DUT, ou encore les études de santé, selon l’Agence France Presse.
Bien présent également dans les revendications, l’enjeu des classes surchargées sera aussi traité par le gouvernement. Actuellement, il n’est pas rare de voir des classes où le nombre d’élèves dépasse 35. Selon Anna Baldy et Mathilde Fouqué, un plafonnement à 28 lycéens par classe sera annoncé. Là encore, la mise en œuvre de cet objectif sera progressif. Le Parisien précise que ce plafond s’appliquera pour les classes de seconde dès la rentrée 2027 pour les établissements les moins favorisés, avant d’être étendu en 2028.
Conséquence directe, ce plafonnement des classes en seconde impliquera un nombre plus important d’enseignants. Le gouvernement annoncera 500 postes supplémentaires dans le budget 2027, il devrait donc logiquement revenir aussi sur l’objectif de 800 suppressions de postes.
Le 13 octobre, Édouard Geffray avait par ailleurs annoncé la remise sur le terrain de 3000 enseignants remplaçants non affectés. Ce lundi, il devrait ajouter 920 nouveaux postes pour accélérer les choses.
Un plan de rénovation des lycées et des universités de 5 milliards d’euros
La vétusté de plusieurs établissements a aussi servi de carburant à la mobilisation des lycées, mais aussi des étudiants. Un plan d’investissement de cinq milliards d’euros sur plusieurs années devrait permettre de mener des opérations de réfection ou d’adaptation climatique dans les bâtiments jugés les plus prioritaires. Selon Le Parisien, l’accompagnement des collectivités locales (les collèges sont sous la responsabilité des départements, et les lycées des régions) prendra la forme de prêts à taux bonifiés, à hauteur de quatre milliards d’euros. Un milliard d’euros sera aussi débloqué à cheval sur plusieurs années pour les universités, sur lesquelles l’Etat intervient en première ligne.
Augmentation des bourses sur critères sociaux
Alors qu’au mouvement de la jeunesse se greffe désormais une colère sociale plus vaste contre la « vie chère », le gouvernement compte agir au niveau des bourses étudiantes. Anna Baldy et Mathilde Fouqué ont fait savoir qu’une indexation à l’inflation de la bourse étudiante aura lieu. Selon elles, cette décision sera « accompagnée d’une refonte du barème pour rattraper les étudiants qui sont devenus non-boursiers pour un coût de plus d’une centaine de millions d’euros ».
L’enjeu du temps scolaire après la réforme Blanquer, qui revenait souvent dans les mots d’ordre et les cortèges, est aussi traité. Le gouvernement veut sanctuariser une heure pour la pause déjeuner et plafonner le volume horaire des trios d’option choisis par les lycées de première, selon Le Parisien, pour éviter autant que possible les emplois du temps à trous au lycée.