France – Heatwave and Drought Dry Up the Ource River
The bed of the Ours River is completely dry near Chatillon-sur-Seine, Côte-d'Or, Burgundy, eastern France. The channel has dried up entirely, exposing pebbles, dry sediment and sparse vegetation where flowing water would normally be present. The complete disappearance of surface flow illustrates the severity of the drought affecting Burgundy after several months of below-average rainfall, compounded by exceptional heatwave conditions that have dramatically intensified the drying of soils and rivers. France, Chatillon-sur-Seine, July 10, 2026.//KONRADK_konrad-005/Credit:KONRAD K./SIPA/2607110912

Changement climatique : « La France est passée d’un hiver pluvieux à une sécheresse extrême, en un temps record »

Le pays connaît actuellement une sécheresse exceptionnelle de précocité. Tout le territoire métropolitain est touché par des restrictions d’eau et 43 départements sont en crise. Comment expliquer ce phénomène malgré les pluies abondantes de l’hiver ? Les réponses de l’hydrologue Charlène Descollonges, présidente fondatrice de l’association « Pour une Hydrologie régénérative ».
Alexandre Poussart

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Publié le

Le gouvernement alerte la population sur une sécheresse exceptionnelle dans de nombreux départements. Etes-vous surprise par l’ampleur du phénomène ? 

 

On savait qu’avec le changement climatique ce type de sécheresse allait se reproduire comme en 2022 où la France a connu une sécheresse historique. Le changement climatique augmente l’évapotranspiration, c’est-à-dire l’eau qui s’évapore des sols, des plans d’eau et par la transpiration des végétaux. Ces 20 dernières années, la ressource en eau disponible a diminué de 14%.

Mais ce qui est surprenant c’est la vitesse d’apparition de cette sécheresse et le contraste avec les pluies abondantes de l’hiver. Cette année, la France est passée d’un hiver pluvieux à une sécheresse extrême en un temps record.

 

Comment expliquer cette sécheresse après des pluies abondantes de cet hiver ?

 

Il est vrai qu’il y a eu des pluies abondantes l’hiver dernier, sauf dans le Grand Est et dans le Nord de la France, et donc les nappes phréatiques se sont rechargées correctement. Mais en avril, tout le territoire a connu un déficit de pluie de 70%. Nous avons eu le 4e mois d’avril le moins arrosé depuis 1959. On ajoute à cela des records de douceur en avril, puis les vagues de chaleur successives depuis la fin du mois de mai. Une sécheresse éclair s’est installée en France. On a été pris au dépourvu. Le phénomène a été accéléré par un vent très fort qui a séché les sols et provoqué un effet “sèche-cheveux”. Les études internationales montrent qu’avec le changement climatique, ces sécheresses éclair seront plus fréquentes et plus intenses en France.

 

Quelles sont ses conséquences sur la végétation et les cultures ? 

 

La sécheresse a de nombreuses conséquences sur notre agriculture avec des pertes de rendement : sur le fourrage des animaux, les cultures de céréales, maraîchères, viticoles.

 

Le projet de loi d’urgence agricole, dont l’examen s’achève cette semaine au Parlement, augmente les capacités de stockage d’eau des agriculteurs. Est-ce que ce texte va dans le bon sens ? 

 

Soyons très clairs, ce projet de loi va dans le sens inverse de ce qui doit être fait. Les acteurs de l’eau ont le sentiment d’un accaparement de l’eau pour un usage agricole. C’est comme si l’agriculture passait devant d’autres usages de l’eau : la consommation d’eau potable, le tourisme, l’énergie, l’industrie et aussi la conservation des milieux aquatiques. De plus, le problème des grandes réserves d’eau est le taux d’évaporation entre 3 et 11% des volumes retenus. Dans les méga bassines des Deux-Sèvres, cela représente des centaines de milliers de mètres cube d’eau qui s’évaporent.

Il peut être intéressant de stocker l’eau abondante l’hiver, mais si on veut réussir notre transition agroécologique, plutôt que de former des réserves de substitution en surface, il faut réhydrater les sols avec plusieurs techniques : les couverts végétaux (culture transitoire entre deux cultures pour protéger les sols), les haies, les fossés à contre-pente pour mieux répartir l’eau sur les cultures. On peut envisager des petites retenues d’eau qui ne prennent pas la place des zones humides comme des mares temporaires. Autant de techniques qui font partie du concept d’hydrologie régénérative que nous défendons avec notre association. Des territoires commencent à développer ce concept. Nous travaillons actuellement avec les agriculteurs de la Drôme.

 

Quelles sont les conséquences de la sécheresse sur les autres secteurs de l’économie ? 

 

L’industrie et le secteur énergétique sont impactés par la sécheresse. Les barrages doivent relâcher de l’eau en aval pour conserver un débit minimum dans les rivières et soutenir la production de certaines centrales nucléaires situées en bord de fleuve ou de rivière. Cette année, aucune centrale nucléaire n’a été arrêtée à cause de la sécheresse comme en 2022, mais nous ne sommes qu’à la mi-juillet.

La sécheresse augmente aussi le risque de retrait-gonflement des argiles qui provoquent des fissures dans les maisons construites sur des sols argileux. Les assurances commencent à dire qu’elles ne pourront pas tout le temps couvrir ce risque et certaines communes se retrouvent déjà sans assurance.

 

Comment adapter le pays à ces sécheresses à répétition ? 

 

Nous allons devoir revoir nos besoins et nos usages de l’eau. Nous serons obligés de faire des efforts de sobriété, dans les secteurs agricole, énergétique, mais aussi face aux nouveaux besoins de ressources en eau comme les datas centers et les pompes à chaleur air-eau. Selon des scénarios établis par le Haut-commissariat au Plan, si nous ne faisons rien, en 2050, 75% de l’Hexagone se retrouvera sous tension hydrique (avec des besoins supérieurs à nos ressources). Si nous faisons des efforts de sobriété, le niveau de stress hydrique pourra passer à 60%. Nous avons les études sur les sécheresses à venir, mais pas encore de vision et de réponse pour s’y préparer…

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