Environnement
Auditionnée par la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, Virginie Schwarz a dressé un portrait du climat en France à horizon de 25 et 75 ans.
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Par Romain David
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Dix ans après la signature de l’accord de Paris, qui continue de définir le cadre de la diplomatie climatique mondiale, les ambitions portées par ce texte sont largement mises à mal par la fragmentation du monde et une politique américaine orientée vers le climatoscepticisme. En témoigne le bilan en demi-teinte des dernières COP. Et pourtant, le dérèglement climatique s’accélère ; la France vient de rentrer dans son troisième épisode de canicule en un peu plus d’un mois. Après 2023, 2024 et 2025, années les plus chaudes jamais enregistrées, 2026 pourrait battre de nouveaux records.
« Face à cette menace, il n’existe pas de réponse autre que mondiale. Pourtant, en dépit d’efforts importants et de réalisations incontestables, la situation ne cesse de se dégrader », constate la mission d’information du Sénat sur « la diplomatie climatique française à l’épreuve d’un monde en tension » Dans un rapport présenté ce jeudi 9 juillet, les élus s’interrogent sur la manière de revitaliser le rôle de la France dans les négociations internationales en faveur de la diminution des émissions de CO2 et des efforts d’adaptation au changement climatique.
« Il y a une vraie unanimité pour dire que l’accord de Paris a été un succès majeur diplomatique pour notre pays, peut-être même le dernier en date », explique le rapporteur RDPI (les macronistes du Sénat) Teva Rohfritsch, élu de la Polynésie française. Mais comment faire perdurer cet héritage devant la montée en puissance des conflictualités ? À cette fin, le Sénat formule 34 recommandations pour permettre à la France de redéfinir sa stratégie climatique et son influence à la matière. Au premier rang desquelles une meilleure intégration du rôle des Outre-mer, présentés comme un « vecteur d’influence » oublié.
« Grâce aux Outre-mer, la France est présente dans l’ensemble des bassins océaniques. Nous l’oublions souvent mais le soleil ne se couche jamais sur la France. Les Outre-mer sont un vecteur d’influence majeur pour notre pays, encore sous-estimé au moment des négociations climatiques », explique Teva Rohfritsch. Ironie du sort : si leur contribution aux émissions mondiales est dérisoire, ce sont eux qui en subissent les conséquences les plus lourdes. Miquelon, à Saint-Pierre-et-Miquelon, est devenu en 2026 le premier village français déplacé face à la montée des eaux.
Le rapport propose de « renforcer la formation du réseau diplomatique français aux enjeux climatiques ultramarins », afin d’améliorer leur prise en compte dans les positions françaises. Les élus suggèrent également de leur confier « un rôle d’entraînement régional », notamment en y organisant des concertations en amont de chaque COP. Il est aussi question d’en faire « des laboratoires de référence en matière d’adaptation climatique », par exemple en y installant « des capacités permanentes d’ingénieries environnementales et climatiques, destinées à accompagner les projets locaux ».
« En Polynésie nous n’attendons pas la prochaine COP pour nous adapter, faire face au réchauffement et à l’acidification des océans […] Nous avons une créativité à l’adaptation et à la résilience dans nos territoires », défend le rapporteur.
Le Sénat plaide également pour une plus forte association des citoyens et des élus à l’élaboration de la stratégie climatique française, avec l’organisation d’un débat parlementaire préalable à chaque COP. « Notre stratégie diplomatique n’a jamais été réellement formalisée dans un document unique », déplore les élus. Le rapport préconise la mise en place d’une « stratégie nationale de diplomatie climatique », fixant pour les cinq prochaines années une série de priorités géographiques, diplomatiques, économiques et scientifiques.
Ce document aborde également le volet financier de la transition climatique, un point d’achoppement régulier dans les négociations internationales. Selon les chiffres de l’OCDE, le financement climatique a atteint 136,7 milliards de dollars en 2024, dont plus de la moitié de cette somme consacrée à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Teva Rohfritsch estime que les équilibres qui avaient été définis lors de l’accord de Paris, listant pays contributeurs et bénéficiaires, doivent être réajustés.
« Depuis 2015, certains pays comme la Chine et l’Inde sont devenus de grands émergents mais ne contribuent pas assez à la finance climat. Ensuite les pays en développement ont considérablement accru leurs émissions qui sont passées de 39 % en 1990 à 70 % aujourd’hui. C’est considérable », pointe-t-il. « La situation budgétaire des pays développés s’est massivement dégradée. Dès lors la situation climatique est prise en otage entre ceux qui ne peuvent plus continuer à payer, ceux qui pourraient le faire mais ne veulent pas, et ceux qui attendent désespérément des moyens d’atténuation et d’adaptation. »
Les conclusions de ce rapport seront présentées par les sénateurs à l’exécutif dans les prochains jours, avant la COP 30 qui se tiendra à Antalya en Turquie cet automne.
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