Alertes sur l’eau, surmortalité, climatisation des écoles, agriculture durement touchée… les ministres reviennent sur la canicule

Auditionnés par la nouvelle mission d’information sénatoriale sur la canicule 2026, cinq ministres ont répondu aux questions des sénateurs. Ils ont pu dresser un premier bilan de la canicule de juin, alors qu’un nouvel épisode caniculaire débute en juillet.
Louis Mollier-Sabet

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Comme un symbole du manque de cadre préexistant pour gérer l’urgence du dérèglement climatique, le Sénat a inauguré ce mardi un format inédit en auditionnant pas moins de cinq ministres concernés par l’épisode caniculaire qu’a vécu la France à la fin du mois de juin : Monique Barbut, ministre de l’Environnement, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, Édouard Geffray, ministre de l’Education nationale, Stéphanie Rist, ministre de la Santé et Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’énergie.

Sur la forme, réunir trois commissions permanentes (Développement durable, Affaires sociales et Culture) avec dix-sept questions réparties entre les cinq ministres – en plus de leurs propos introductifs – a pu parfois rendre l’audition difficile à suivre. Mais sur le fond, difficile de contester l’importance pour la représentation nationale d’entendre Monique Barbut sur la gestion de l’eau, Annie Genevard sur la mortalité dans les élevages, Édouard Geffray sur l’adaptation du bâti scolaire, Stéphanie Rist sur l’impact sanitaire et Maud Bregeon sur la résilience du système électrique. Un format brouillon, donc, mais qui illustre aussi la transversalité de l’adaptation au dérèglement climatique, qui mobilise tous les secteurs de l’Etat.

« La canicule aura des impacts sur la disponibilité en eau potable de façon localisée »

Au niveau environnemental, l’enchaînement des épisodes caniculaires a eu de lourdes conséquences sur le niveau des nappes – plus bas qu’à la même période en 2025 – et le débit des fleuves – lui aussi beaucoup plus faible. « Nous avons pris les mesures de restriction d’activités adéquates sur l’agriculture, l’industrie et les transports, mais la situation s’est fortement dégradée et continue de se dégrader », a résumé Monique Barbut. 37 départements sont ainsi en situation de crise et certaines communes vont devoir rationner l’eau, d’après la ministre. « Cela aura des impacts sur l’agriculture, l’économie voire la disponibilité en eau potable de façon localisée », a détaillé la ministre.

À plus long terme, la ministre a appelé le prochain Président ou la prochaine Présidente de la République à se saisir de la question. « Jusqu’à maintenant, la France avait une politique de l’eau concertée au niveau interministériel, et avec les collectivités locales. Il est clair qu’au fur et à mesure des années, on a rajouté des échelons et des politiques sectorielles qui sont venues impacter la politique de l’eau. Des travaux transpartisans ont déjà été menés dans les deux assemblées pour reconstruire une politique de l’eau qui mette beaucoup plus en avant la réutilisation des eaux usées et le traitement de l’ensemble des pollutions, et remette sur la table la tarification », a développé Monique Barbut.

Du côté de l’Assemblée nationale, la France Insoumise avait utilisé son droit de tirage pour lancer une commission d’enquête sur « la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés » présidée par Mathilde Panot (LFI) et qui avait pour rapporteur le député LREM de la Guadeloupe Olivier Serva, depuis passé au groupe centriste LIOT. Au Sénat, Bernard Delcros (UC), Cédric Vial (LR) et Gérard Lahellec (PCF) ont récemment rendu un rapport assez technique sur les agences de l’eau, mais Rémy Pointereau (LR) et Hervé Gillé (PS) s’étaient plus largement penchés en 2023 sur la « gestion durable de l’eau. »

Surmortalité : 2 025 décès dans des chiffres non-consolidés

Après un imbroglio entre les écologistes et le gouvernement sur le nombre de morts imputables à cette canicule (voir notre article), la ministre la Santé s’est à nouveau montrée moins alarmiste que certains sur le bilan – tout en restant prudente. « La surmortalité pour la semaine du 22 au 28 juin est de 2025 décès supplémentaires, mais le signal le plus préoccupant concerne les décès à domicile, en hausse de 91 % – 605 décès – pour cette semaine-là. On parle de données qui ne sont pas consolidées. Ce sont des personnes isolées, je n’ai pas l’âge, on peut se dire que ce sont plutôt des personnes âgées, mais je n’ai aujourd’hui pas les données », a détaillé Stéphanie Rist.

La ministre de la Santé a évoqué la future mise en place d’un « plan Orsec + » en cas de chaleurs extrêmes pour tenter de repérer les personnes vulnérables et « venir, si besoin, en subsidiarité des mesures mises en place par des acteurs locaux. « Mais pour les gens non malades et pas repérés par les professionnels de santé, on touche à une responsabilité très collective », a-t-elle ajouté.

Sur le plan de la climatisation des établissements de santé, la ministre a précisé que depuis 2003, 40 % des hôpitaux avaient été reconstruits et étaient donc « soit rafraîchis, soit climatisés. » De même, 100 % des Ehpad ont un « dispositif collectif de rafraîchissement », conformément à la loi et 10 % disposent de chambres rafraîchies.

Ecole : jamais d’épreuve après 13 heures en mobilisant davantage de jurys

La question des écoles a aussi été au cœur des interrogations pendant la canicule, et notamment les épreuves du brevet. Le ministre de l’Education nationale, Édouard Geffray s’est, lui aussi, montré rassurant : « On avait peu de difficultés parce que celles du brevet étaient le matin sauf une qui était une épreuve courte, donc on a pu le faire dans des conditions pas confortables mais qui rendaient l’exercice possible. »

De même pour les épreuves orales, sur 1,1 million d’oraux programmés, seuls 10 000 ont dû être décalés et « tous les élèves ont eu leur résultat à la date prévue » – soit ce mardi. Les examens des années suivantes devraient aussi être programmés le matin, toujours sur la deuxième moitié du mois de juin, en « mobilisant plus de jurys pour les oraux », afin qu’il n’y en ait pas après 13 heures.

Le ministre a aussi annoncé que son administration dresserait – après le retour des académies le 15 juillet prochain – la liste des 2 500 à 3 000 établissements les plus vulnérables, qui auront le droit à une aide forfaitaire de 10 000 euros et une subvention EDF pour mettre en place « au moins un espace de répit conséquent par établissement concerné. »

L’agriculture « durement frappée » : plus de 9 000 tonnes d’animaux morts à cause de la canicule

L’agriculture française a été – elle – « durement frappée », selon les mots de la ministre. « Les pertes sont conséquentes. Les expertises se poursuivent et ne pourront être consolidées qu’en septembre après les récoltes estivales, mais le maïs pourrait enregistrer 30 % de pertes, l’arboriculture 20 % et certains petits fruits de 50 % à 100 % », a détaillé Annie Genevard.

Du côté de l’élevage, la canicule a causé la mort de « 9 127 tonnes d’animaux », concentrés dans le grand Ouest et la Bretagne. « Aucune rupture durable de la chaîne d’équarrissage et aucun risque sanitaire majeur identifié. La perte de potentiel de production de volailles reste limitée à 1 % de la production », a-t-elle assuré.

À moyen terme, la ministre a appelé à envisager l’hypothèse « où les besoins en équarrissage [filière de l’agroalimentaire qui dispose des animaux morts impropres à la consommation] pourraient être plus importants à l’avenir. » Annie Genevard a par ailleurs rappelé « qu’éviter la mortalité était le premier des objectifs », notamment grâce à des prêts garantis par la Banque publique d’investissement (BPI) et un épaulement en ingénierie de l’Etat pour financer des brumisateurs et des ventilateurs dans les élevages. « On a vu des exemples avec 10 degrés de moins dans les bâtiments d’élevage », s’est-elle félicitée.

« Le système électrique français n’est pas en difficulté »

Enfin, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Energie, Maud Bregeon, a voulu faire part à la représentation nationale de « propos rassurants » sur la résilience du système électrique français, qui « n’est pas en difficulté. » Si cinq réacteurs nucléaires ont été ralentis pour ne pas trop faire monter la température des cours d’eau, « cela ne s’est jamais fait au détriment de la sécurité d’approvisionnement énergétique, ni de la sûreté de nos installations », a assuré Maud Bregeon.

« Même au plus fort de l’épisode, la France est restée exportatrice nette d’électricité », a ajouté la ministre, en se félicitant notamment de la production du parc photovoltaïque en journée, qui permet par ailleurs de produire l’électricité nécessaire « à la climatisation des bâtiments en journée. » Si certaines régions ont pu subir des coupures de courant, notamment dans le Finistère, l’ampleur des coupures est demeurée « sensiblement inférieure » à celles dues aux tempêtes hivernales.

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