La canicule extrême pourrait se « reproduire quasiment une année sur deux » à la fin du siècle, alerte la PDG de Météo France

Auditionnée par la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable, Virginie Schwarz a dressé un portrait du climat en France à horizon de 25 et 75 ans.
Guillaume Jacquot

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La vague de chaleur de juin qui a touché le pays, était sans précédent de par son intensité et sa précocité. Pour les générations à venir, ce type de phénomène pourrait survenir à une fréquence bien plus marquée, a averti ce 8 juillet la présidente-directrice générale de Météo-France. Virginie Schwarz était auditionnée devant la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, à qui Gérard Larcher a demandé de réaliser un travail sur les leçons à tirer de cet épisode extrême du début de l’été. D’ordinaire, les canicules étaient des phénomènes observables en juillet et août.

Avant de faire part à la représentation nationale des scénarios pour les décennies à venir, la haute-fonctionnaire a fourni quelques données éclairantes sur le caractère exceptionnel des jours brûlants du mois dernier. Même si la durée de la canicule a été légèrement plus courte que celle de 2003, avec 14 jours contre 16 dans le second cas, le mercure s’est envolé à un point que cette seconde vague de chaleur de l’année 2026 est désormais « la plus intense que nous ayons jamais enregistrée en France métropolitaine ».

Plus de 40 % du territoire métropolitain a franchi la barre des 40 degrés en juin

Sur la période qui s’est étendue du 17 au 30 juin, l’organisme météorologique a mesuré les quatre après-midis et les quatre nuits les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle de la France métropolitaine. Au cours de l’épisode, plus de 40 % du territoire métropolitain a franchi la barre des 40 degrés, et des records de température absolus ont été battus sur 31 % de l’Hexagone.

Au plus fort de la canicule, Météo France a placé 72 départements en alerte rouge canicule, et 14 en vigilance orange. Ce dispositif d’alerte, à destination de la population et des autorités, dont la création remonte à 2004, a eu tendance à être de plus en plus activé lors des derniers étés. Selon la patronne de Météo France, le pays a connu « peu d’épisodes » jusqu’en 2014, et parfois « aucun épisode de canicule » de niveau orange durant les dix premières années du dispositif. Depuis 2015, pas une année sans alerte orange canicule. La vigilance a été hissée sur cinq des sept dernières années.

Jusqu’à 120 nuits tropicales par an sur les territoires de l’arc méditerranéen

La haute fonctionnaire a également détaillé les projections climatiques de l’institut, basées sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement global de la France métropolitaine de 2,7 degrés à l’horizon 2050 et de 4 degrés à l’horizon 2100. Météo France s’attend à des vagues de chaleur plus nombreuses. Elles auront aussi la caractéristique de se commencer plus tôt dans l’année, et de se terminer plus tard. « Dès 2050, on pourrait avoir une probabilité d’avoir des vagues de chaleur sur la deuxième quinzaine de juin de l’ordre 20 %, et à l’horizon 2100 de l’ordre de 40 % », a exposé Virginie Schwarz. « Ce type, finalement, de vague de chaleur en juin, à cet horizon-là, pourrait se reproduire quasiment une année sur deux. »

Le nombre de nuits tropicales, c’est-à-dire supérieures à 20 degrés, un seuil au-delà duquel le corps humain peine à récupérer la nuit, est aussi appelé à bondir en flèche. Alors que l’on comptait « de l’ordre de deux nuits chaudes » par an en moyenne dans les années 90 (et 40 à 50 sur le littoral méditerranéen), Virginie Schwarz précise que ce chiffre pourrait monter à « une dizaine » à l’horizon 2050, et 24 à la fin du siècle (jusqu’à 120 sur le pourtour méditerranéen).

Conséquence de ces étés plus intenses, l’agriculture pourrait fortement souffrir du déficit de précipitations. « On aurait dans une France à +4°, on pourrait avoir de l’ordre d’un mois supplémentaire de sol sec dans la moitié nord, et jusqu’à deux mois supplémentaires dans la moitié sud », a averti la PDG de Météo France. « Les sécheresses deviendraient fréquentes pour ne pas dire généralisées en été, et se poursuivraient souvent en automne dans un certain nombre de régions. » Cette situation se matérialiserait aussi sur le risque d’incendies, qui étaient globalement circonscrits aux départements méditerranéens dans les années 90. « À l’horizon 2100, on voit l’extension de ce risque à la plus grande partie du pays », a décrit la haute fonctionnaire.

Si les effets à 2100 sont encore susceptibles d’évoluer, en fonction de l’évolution des réductions de émissions de gaz à effet de serre, « les effets à 2050 aujourd’hui sont déjà quasiment acquis », a rappelé Virginie Schwarz, selon le principe d’ « inertie climatique ».

« Des questions à se poser dans les prochaines années sur les moyens dont dispose Météo France »

Depuis 2003, l’opérateur précise que l’anticipation des évènements extrêmes s’est améliorée, tout comme sa communication étroite avec des services essentiels et exposés, comme peuvent l’être EDF, Enedis ou la SNCF.

Or, la multiplication de ces événements « va créer des sollicitations de plus en plus nombreuses ». « Historiquement l’été était la période qui permettait à nos prévisionnistes de se reposer des très fortes sollicitations, liées à la viabilité hivernale sur les routes, et aux orages et tempêtes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, et avec l’augmentation sur l’année du nombre de vigilances, du nombre d’événements météorologiques, extrêmes à suivre, il y aura certainement des questions à se poser dans les prochaines années sur les moyens dont dispose Météo France », a insisté sa dirigeante. Ces dernières années, les réductions d’effectifs au sein de Météo France ont fait l’objet de préoccupations constantes au sein du Sénat.

La patronne de l’agence a également insisté sur l’enjeu de l’intelligence artificielle, qui pourrait permettre aux équipes de « faire de meilleures prévisions », plus rapidement. Le conseil d’administration de Météo France a d’ailleurs validé le 30 avril le budget pour un nouveau supercalculateur. « Le déploiement de l’intelligence artificielle, si son potentiel se confirme, ne conduit pas dans mon esprit à réduire notre besoin de prévisionnistes », a-t-elle toutefois voulu clarifier.

Face à la « désinformation climatique », Météo France précise également avoir mis la vitesse supérieure ces dernier mois pour répondre davantage en ligne « par des éléments objectifs des faits scientifiques » lorsque de fausses informations circulent. « Alors que nous voyons d’habitude énormément d’attaques climatosceptiques sur nos communications, là ça a beaucoup baissé pendant l’événement de canicule qu’on a qu’on a connu », a-t-elle également porté à la connaissance des sénateurs. Une rare lueur d’espoir.

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