Le 23 juin 2016, un référendum outre-Manche a résonné comme un coup de tonnerre pour tous les Européens. Les Britanniques votaient à 52 % en faveur du Brexit, c’est-à-dire de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Une sortie rendue effective en 2020. 10 ans après ce vote, le bilan du Brexit n’est pas glorieux pour l’économie britannique. En raison de cette sortie du marché unique européen, la richesse nationale du Royaume-Uni a chuté de 6 % en 10 ans, selon une étude de l’université de Stanford.
« C’est un désastre sur le plan économique pour le Royaume-Uni », commente Sandro Gozi, eurodéputé italien élu en France, membre du groupe Renew au Parlement européen, et président de l’Assemblée parlementaire UE-Royaume-Uni, interrogé dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat. « Perte de richesse, perte d’emplois, fuite de certaines entreprises financières de la City de Londres vers Paris et Francfort. Les Brexiters disaient qu’ils allaient pouvoir faire du commerce librement mais l’export britannique a chuté de 25 %. »
Le Brexit a fait changer d’avis les eurosceptiques
Il y a 10 ans : les responsables européens craignaient un effet domino et le départ d’autres Etats-membres, mais il n’y a pas eu de conséquence pour le club des 27. Les partis eurosceptiques des différents pays ont même abandonné l’idée d’une sortie de l’UE. Par exemple, le Nexit (sortie des Pays-Bas) a été retiré du programme du parti de la Liberté de Geert Wilders. En France, le Rassemblement national de Marine Le Pen ne propose plus de sortir de la zone euro. « Le 23 juin 2016, j’étais membre du gouvernement italien. J’étais à Luxembourg à la veille du Conseil européen. Nous attendions le résultat du référendum. Et quand le Brexit l’a emporté, je me souviens de Giorgia Meloni en Italie et de Marion Maréchal en France qui sabraient le champagne. On entendait que l’Italie et la France devaient suivre le même chemin. Face au désastre du Brexit, ils se sont faits plus discrets sur cette question de la sortie de l’UE mais ils essaient de bloquer l’Union européenne de l’intérieur. »
Rapprochements entre Londres et Bruxelles
Malgré ce Brexit, le gouvernement travailliste arrivé au pouvoir il y a 2 ans, a opéré plusieurs rapprochements avec l’Union européenne : c’est ce qu’on appelle en anglais le « reset ». La convergence la plus importante concerne la diplomatie et la défense, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Face au désengagement américain d’Ukraine depuis la réélection de Donald Trump, Paris et Londres mènent la Coalition des volontaires rassemblant 35 pays pour soutenir l’armée ukrainienne dans sa lutte contre l’agression russe.
Alors que l’Union européenne a lancé l’an dernier un vaste plan de réarmement et de hausse des dépenses militaires, le Royaume-Uni, en tant que partenaire stratégique, devrait pouvoir bénéficier du programme SAFE, qui offre 150 milliards d’euros de prêts garantis par l’UE pour financer de nouveaux investissements dans la défense.
« Bruxelles et Londres sont en première ligne dans le soutien à l’Ukraine », rappelle Sandro Gozi. « Nous devons penser aussi à l’après-guerre pour créer une nouvelle architecture de sécurité en Europe. Nous pouvons faire cela uniquement avec les Britanniques qui restent une puissance militaire importante, dotée de l’arme nucléaire, et membre du Conseil de sécurité des Nations Unies. »
Autre rapprochement crucial pour l’image de l’Union européenne : le retour du Royaume-Uni dans le programme d’échanges Erasmus + en 2027. Les étudiants européens pourront étudier ainsi plus facilement au Royaume-Uni de même pour les étudiants britanniques attirés par les universités de l’UE.
Vers un remariage ?
Dans le contexte de ce rapprochement et d’un bilan mitigé pour le Brexit, peut-on imaginer un retour des Britanniques dans le marché unique et même un remariage avec l’UE ? Selon un sondage récent de l’institut Yougov, 56 % des citoyens du Royaume-Uni souhaitent un retour dans l’Union européenne. « Le problème c’est que le gouvernement travailliste a mis des lignes rouges quand il est arrivé au pouvoir. Rapprochement avec l’Europe mais pas de retour dans le marché unique et pas d’union douanière. La question de la réadhésion à l’UE sera au coeur de la campagne des législatives britanniques en 2029. »