Les derniers événements au Moyen-Orient, notamment la négociation entre Oman et l’Iran sur Ormuz semblent illustrer une forme d’impuissance de la diplomatie américaine. Est-ce le cas ?
Oui, on constate que la diplomatie américaine a plutôt intérêt à se faire discrète. Le cas iranien illustre bien à quel point la parole américaine est décrédibilisée et démonétisée. Les alliés du Golfe ont parfaitement compris qu’ils avaient plutôt intérêt à négocier eux-mêmes directement avec l’Iran pour l’ouverture du détroit. Les erreurs stratégiques et les revirements successifs ont fini par rendre les négociations plus simples si les Etats-Unis n’y participent pas. Encore une fois, Ormuz est devenu l’objectif principal des Etats-Unis, au détriment de la question nucléaire qui était centrale au moment du déclenchement du conflit. Mais là encore, les Etats du Golfe ont préféré soutenir des négociations menées par Oman et tenter de tempérer les menaces américaines afin d’obtenir un accord sur la réouverture du détroit.
Pourquoi les alliés des États-Unis prennent-ils autant de libertés par rapport à ces derniers ?
Les Etats-Unis sont une puissance en déclin et aujourd’hui, les principaux alliés des Etats-Unis en ont conscience et n’hésitent plus à se passer de l’aval des Etats-Unis. C’est exactement la situation que l’on observe lorsque Benyamin Netanyahu décide de modifier unilatéralement le plan de paix pour Gaza et qu’il refuse d’appliquer le désengagement de l’armée israélienne tel qu’il était prévu. Pour le premier ministre israélien, c’est une façon de faire payer à Trump son désengagement concernant l’Iran. Alors que les élections approchent en Israël, Benyamin Netanyahu n’a pas envie de faire de cadeau à Donald Trump et donc refuse d’appliquer les modalités d’un plan qui pourrait être risqué pour lui politiquement.
La guerre en Iran marque-t-elle un véritable tournant pour la puissance américaine ?
Cette guerre en Iran sera le moment où les historiens dateront la fin de l’ère américaine. Ce conflit illustre la fébrilité américaine et donc ses alliés vont naturellement chercher ailleurs d’autres alliés et ne veulent plus dépendre uniquement des États-Unis. Par ailleurs, tout le monde voit bien que les États-Unis ne traitent pas leurs alliés avec respect comme ils l’ont démontré lorsqu’ils ont voulu s’emparer du Groenland. Cette dynamique est parfaitement illustrée par l’attitude des pays du Golfe et notamment l’Arabie saoudite qui vient de conclure un accord de défense avec deux acteurs régionaux importants, la Turquie et le Pakistan. On a également bien vu que les pays du Golfe, qui ont largement été ciblés par l’Iran depuis le début du conflit, ont obtenu plus de résultats que les États-Unis dans leurs négociations avec l’Iran.
L’administration Trump paye aujourd’hui sa volonté de mettre fin au multilatéralisme et au système international tel qu’il existe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ?
Cette volonté de rompre avec le système post-1945 caractérise ce mandat présidentiel de Donald Trump, beaucoup plus que lors du premier mandat. C’est aussi et surtout l’agenda de l’extrême droite américaine, qui a soutenu Donald Trump, et souhaite en finir avec le multilatéralisme et ses valeurs. Pour eux, et notamment JD Vance qui incarne cette mouvance, c’est un système caduc où seule la force compte. Cela se caractérise donc par des attaques répétées contre les alliés dès lors qu’ils ne servent pas la puissance américaine. L’ironie c’est que c’est ce système multilatéral, façonné par les États-Unis et soutenu par leurs alliés, qui fondait l’hégémonie américaine.