Loi de programmation militaire actualisée : 36 milliards de plus pour répondre « aux nouvelles menaces », défend Catherine Vautrin

Après les députés, les sénateurs vont examiner l’actualisation de la loi de programmation militaire, qui renforce le budget de la défense. Mais le président de la commission des affaires étrangères et de la défense, Cédric Perrin, exprime sa « déception » et son « inquiétude », face à un effort qu’il juge insuffisant.
François Vignal

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36 milliards d’euros de plus sur la période 2024/2030. C’est ce que prévoit l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM). Ils s’ajoutent aux 413 milliards d’euros prévus par la LPM 2024/2030, après la LPM 2019-2025 dite de réparation, et ses 300 milliards d’euros. C’est sur ce texte que la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a été auditionnée par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, mardi. Le projet de loi est d’abord examiné par l’Assemblée, où il a été adopté en commission, avant de passer ensuite par le Sénat. L’objectif est une adoption définitive d’ici le 14 juillet.

« Le texte prévoit un ralentissement de l’effort »

Si les chiffres donnent le vertige, ils sont en deçà des besoins, selon le président de la commission, le sénateur LR Cédric Perrin. Il exprime sa « déception » et son « inquiétude face un à un projet de loi qui ne permet pas d’être au rendez-vous d’un choc en 2030 » avec la Russie. S’il y a bien une hausse des crédits, « l’effort en termes de crédits décroît à compter de 2027 ». « Le texte prévoit un ralentissement de l’effort », avec + 13 % en 2026, puis « plus que + 10,9 % en 2027, 7,9 % en 2028, 6,6 % en 2029, 4,8 % en 2030 ». Si bien que « la France va décrocher face à son partenaire allemand, qui prévoit 160 milliards d’euros en 2030, soit plus du double de l’effort français », de 76 milliards prévus en 2030, qui représentent « seulement 2,43 % du PIB », soit moins que l’objectif de 3,5 % pour les pays de l’Otan en 2035.

« De nouveaux programmes justes indispensables sont évoqués au niveau des études », pointe encore Cédric Perrin, comme le « char intermédiaire, le missile balistique terrestre » ou le « Scaf », l’avion de 6e génération, censé être développé avec l’Allemagne, mais aujourd’hui à l’arrêt.

+ 8,5 milliards d’euros pour les munitions, + 8,4 milliards pour les drones

Catherine Vautrin « connaît le chemin à parcourir » pour atteindre 3,5 %, avec un budget de la défense qui serait, dans un monde idéal, entre 90 et 100 milliards d’euros par an, comme avait dit Sébastien Lecornu, quand il était à son poste. Mais elle renvoie aux choix qui seront faits à l’occasion de la présidentielle 2027.

Pour l’heure, la ministre rappelle que depuis 2017, il y a eu « un doublement du budget de la défense », « un effort important », et insiste avant tout sur l’effort à venir avec cette actualisation, que ce soit pour les munitions (+ 8,5 milliards d’euros, avec 26 milliards d’euros au total pour les munitions sur la période) ou sur les drones, avec la nécessité de développer nos capacités de « lutte anti-drone ». Le texte prévoit « 8,4 milliards d’euros » sur la « dronisation ». « Nous voyons bien que les nouvelles menaces nécessitent des réponses », lance Catherine Vautrin.

Le texte prévoit de commencer le développement, pour 1 milliard d’euros, de capacité balistique conventionnel pour « frapper dans la grande profondeur, c’est-à-dire au-delà de 2500 km ». Soit à peu près la distance qui sépare la France… de Moscou. Côté aviation, le développement du nouveau standard F5 du Rafale, alors que le Scaf n’est pas près de voir le jour. Malgré les insuffisances de cette LPM actualisée, que pointe le président de la commission, l’exécutif épargne le budget de la défense, quand les autres doivent se serrer la ceinture. Comme dit Catherine Vautrin, « la paix a un coût, la souveraineté aussi ».

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