Guerre en Ukraine : « Les drones sont désormais responsables de 80 % des pertes », une évolution « qui met les Russes en difficulté », estime Guillaume Ancel
Par Christian Mouly
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Le rapport de force est-il en train d’évoluer ? L’Ukraine a répliqué, mercredi, avec une vaste attaque de drones contre des sites militaires de Saint-Pétersbourg, après les frappes russes ayant fait 23 morts la veille. « En termes militaires, ces frappes sur Saint-Pétersbourg, ville fétiche de Vladimir Poutine, c’est un boomerang, […] il se prend un retour dans la figure », estime l’ancien officier et essayiste Guillaume Ancel, invité ce jeudi de la matinale de Public Sénat. Le moment a été soigneusement choisi : le forum économique de la ville, sorte de « Davos russe », s’est ouvert le jour même.
Une manière de fragiliser le chef d’État russe alors qu’il cherche à rassurer les milieux économiques. « Pour lui, c’est une gifle terrible, une humiliation politique », analyse Guillaume Ancel. D’autant que les images de la colonne de fumée émanant de la seconde ville du pays sont de nature à rendre visible le conflit et donner du grain à moudre à l’opposition interne.
« Sa crainte la plus grande, c’est que toutes les frustrations qu’il a créées en Russie, y compris dans son propre cercle, se traduisent par une tentative de l’éliminer, poursuit l’auteur de l’ouvrage « Petites leçons sur la guerre ». Or, Poutine joue sa vie avec le succès de cette opération et il n’y arrive pas. » Le renforcement récent de la sécurité personnelle du leader russe, dont CNN et le Financial Times ont révélé les détails, a été interprété en ce sens par beaucoup d’observateurs.
Les drones « remplacent » l’artillerie
La riposte est en tout cas révélatrice des nouvelles capacités de déploiement de l’Ukraine. « Les Ukrainiens n’attendent plus que d’autres pays viennent se battre avec eux, explique Guillaume Ancel. Ils ont développé, avec le financement des Européens, une véritable capacité à frapper l’ennemi au cœur. » Dans cette optique, les drones jouent un rôle clé. L’Ukraine en a utilisé 4,5 millions en 2025 et compte en produire plus de 7 millions cette année.
« Désormais, on estime que les drones sont responsables de l’ordre de 80 % des pertes sur le champ de bataille », précise Guillaume Ancel, qui y voit déjà un « remplacement » de l’artillerie, en attendant leur pleine autonomisation. De quoi mettre la Russie sous une pression nouvelle, l’armée ukrainienne cherchant à saturer les défenses adverses par un envoi massif de matériel de basse qualité, très peu cher à produire. « C’est une évolution majeure qui met les Russes en grande difficulté, parce que la Russie est 28 fois plus grande que l’Ukraine. Protéger ce territoire, c’est quasiment impossible », malgré des systèmes de défense antiaérienne « très sophistiqués et développés », juge Guillaume Ancel.
Sur cette technologie, « les deux protagonistes progressent à la vitesse de l’éclair », observe-t-il. L’Ukraine peut notamment compter sur de nombreuses start-up spécialisées, regroupées autour de grands industriels.
Dassault et les géants français « complètement dépassés »
Un tournant stratégique que l’armée française n’a pas su opérer. C’est du moins l’avis du chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, qui déplorait lors d’une audition au Sénat, mi-mai, le risque de « décrochage » français, en particulier dans la production de drones. Trop lente, trop coûteuse : l’industrie tricolore n’est pas à la hauteur dans le domaine, regrettait-il. « Oui, et il en est responsable », tacle aujourd’hui Guillaume Ancel, pour qui « si les armées occidentales sont très en retard sur les drones, c’est d’abord parce que leurs armées de l’air sont dirigées par des pilotes, comme le général Fabien Mandon, qui n’arrivent pas à accepter cette révolution intellectuelle. »
Résultat, selon lui, les géants de l’industrie militaire française sont « complètement dépassés », à commencer par Dassault, dont les drones sont proposés à un prix trop important par rapport au marché. « Le vrai challenge pour nous, c’est non plus de confier la production à un seul fabricant, c’est de la confier à un consortium de fabricants européens qui a la taille nécessaire pour investir très vite et surtout fabriquer à la vitesse de l’éclair un drone qui, tous les trois mois, sera obsolète », conclut-il.
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