Budget : le Sénat modifie l’IFI pour taxer les bitcoins et les yachts
La majorité sénatoriale de droite a modifié l’IFI, rebaptisé impôt sur la fortune improductive, afin que ne soient plus exonérés « les liquidités, les diamants, les crypto-monnaies, le bitcoin, l’or ou les yachts ». Une mesure adoptée contre l’avis du gouvernement.

Budget : le Sénat modifie l’IFI pour taxer les bitcoins et les yachts

La majorité sénatoriale de droite a modifié l’IFI, rebaptisé impôt sur la fortune improductive, afin que ne soient plus exonérés « les liquidités, les diamants, les crypto-monnaies, le bitcoin, l’or ou les yachts ». Une mesure adoptée contre l’avis du gouvernement.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Après avoir débattu de la suppression de l’ISF en première partie du projet de loi de finances 2020, les sénateurs sont passés aux travaux pratiques dans la seconde. La Haute assemblée a décidé de transformer l’IFI… en IFI. L’impôt sur la fortune immobilière, qu’a remplacé l’ISF, est ainsi rebaptisé impôt sur la fortune improductive. Un tour de passe-passe conçu par Albéric de Montgolfier, rapporteur général LR du budget et auteur de l'amendement.

Explication par le sénateur LR d’Eure-et-Loir. « Ça correspond exactement à l’attention exprimée par le Président lorsqu’il a supprimé l’ISF pour créer l’IFI. Il a dit « je taxerai tout ce qui ne contribue pas à l’économie réelle ». Et partant de ce postulat, ça s’est traduit par une taxation de l’immobilier, comme si l’immobilier ne contribuait pas l’économie réelle… » lance le rapporteur général, qui évoque aussi les usines. « De manière assez étrange », continue Albéric de Montgolfier, « on a exonéré les liquidités, les diamants, les crypto-monnaies, le bitcoin, l’or, les yachts, même si on a fait une taxe un peu bidon sur les yachts. Dans la pratique, on est très loin de l’intention initiale du Président ».

« Pour le coup, le ruissellement sera sans doute réel »

Il pointe la question du « ruissellement » sur l’économie réelle, en référence au rapport écrit avec le président PS de la commission des finances, Vincent Eblé. Le socialiste veut lui aller plus et rétablir carrément l’ISF, dans une nouvelle formule. Mais selon Albéric de Montgolfier, ce nouvel IFI aura déjà de l’effet : « Là, pour le coup, le ruissellement sera sans doute réel ».

Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Economie et des Finances, n’a pas été convaincue par la démonstration. « On a fait clairement la différence entre la fortune immobilière et les autres classes d’actifs qui, in fine, visent à financer l’économie. C’est un choix » dit-elle. Et de constater « cette année une augmentation de l’investissement dans les entreprises ». Sous-entendu, la suppression de l’ISF montre déjà ses effets.

« Les crypto-monnaies ne constituent pas en soi des actifs improductifs, bien au contraire » ajoute même Agnès Pannier-Runacher, « c’est probablement des activités créatrices de valeur et d’emplois pour la France. (…) C’est un nouveau champ d’activité pour la place de Paris ». Lors du retour du budget à l’Assemblée, les députés de la majorité reviendront, à n’en pas douter, à l’IFI version Macron.

Partager cet article

Dans la même thématique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu
8min

Politique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu 

Après avoir rendu compte aux partis politiques des ingérences numériques étrangères durant les élections municipales, le Premier ministre a tiré le bilan des investigations et des moyens d’y répondre au cours d’une conférence de presse. Il commence à consulter les forces politiques en vue d’un projet de loi qui pourrait être débattu à l’automne.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
6min

Politique

Affaire Lyhanna : la proposition d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série, laisse perplexe le monde judiciaire

A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.

Le