Commission européenne : rien n’est joué pour Ursula von der Leyen
Elle pourrait devenir la première femme à présider la Commission européenne, mais les eurodéputés socialistes et libéraux ont émis des réserves et les Verts voteront contre. Seuls les conservateurs la soutiennent ouvertement et au final, ce sont les eurosceptiques qui pourraient tout faire basculer. Tour d’horizon.

Commission européenne : rien n’est joué pour Ursula von der Leyen

Elle pourrait devenir la première femme à présider la Commission européenne, mais les eurodéputés socialistes et libéraux ont émis des réserves et les Verts voteront contre. Seuls les conservateurs la soutiennent ouvertement et au final, ce sont les eurosceptiques qui pourraient tout faire basculer. Tour d’horizon.
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Chaque voix comptera. Demain, Ursula von der Leyen, la ministre de la Défense allemande, se confrontera aux votes des eurodéputés. Proposée à la tête de la Commission européenne début juillet par le Conseil européen (l’ensemble des chefs d’États des pays membres), la candidature d'Ursula von der Leyen doit encore être validée par le Parlement européen, élu le 26 mai 2019. S’il y a deux semaines, sa nomination était saluée par de nombreux observateurs, y compris au sein du palais du Luxembourg par André Gattolin et Jean Bizet, l’équilibre sur lequel Ursula von der Leyen s’est installée est fragilisé. Son sort est plus qu’incertain à la veille du scrutin.

La « super coalition », alliant les Verts, les socialistes, les libéraux et les conservateurs, espérée par beaucoup après les élections européennes, a pris un coup dans l’aile lors de l’élection du président du Parlement européen, qui a nécessité deux tours, là où généralement le candidat des groupes majoritaires est élu facilement. L’italien social-démocrate David Sassoli n’a récolté que 345 voix, un score inférieur au nombre d’eurodéputés socialistes, conservateurs et libéraux. Les Verts, eux, avaient présenté leur propre candidate : Ska Keller, qui avait recueilli 119 voix au second tour, alors que l’hémicycle ne compte que 74 écologistes.

Seul le PPE soutient ouvertement Ursula von der Leyen

Les Verts ont d’ailleurs annoncé après l’audition d’Ursula von der Leyen jeudi 11 juillet qu’ils voteraient contre la ministre de la Défense allemande. Pour eux, deux principales raisons expliquent ce choix. D’abord, sur la forme : Ursula von der Leyen n’est pas eurodéputée. Les écologistes dénoncent l’abandon du système de « Spitzenkandidat », qui est une « trahison des électeurs européens », selon Philippe Lamberts, eurodéputé belge et président du groupe écologiste. Ska Keller, coprésidente des Verts, explique le refus sur le fond : « Nous n’avons entendu aucune proposition concrète sur l’État de droit ou le climat. Nous avons été élus pour changer les choses et nous ne voyons pas comment le changement est possible avec cette candidate ».

Les socialistes (153 eurodéputés), quant à eux, pourraient ne pas voter en faveur d’Ursula von der Leyen. Après l’audition de la candidate, les Français avaient demandé un report du vote, qui est toujours possible ce lundi. « Elle n’était pas suffisamment préparée […] Elle n’a montré ni accord ni désaccord ou presque, sans faire de propositions d’action », expliquent-ils, dénonçant l’absence de plusieurs sujets comme celui des réfugiés ou l’évasion fiscale. D’autres eurodéputés socialistes ont exprimé leurs réserves, à l’image des Allemands qui ont fait circuler au sein de leur groupe un document au titre cinglant contre leur compatriote : « Pourquoi Ursula von der Leyen est une candidate inadéquate et inappropriée ? »

Issue du groupe de droite conservatrice (PPE, où siègent les eurodéputés LR), Ursula von der Leyen devrait faire le plein de voix dans son propre camp (182 au total), ainsi que chez les libéraux de Renew Europe (où siègent les eurodéputés LREM). Mais certains élus pourraient manquer à l’appel. Comme les Verts, plusieurs eurodéputés du PPE regrettent l’abandon du système du Spitzenkandidat. Lors de l’élection de David Sassoli à la tête du Parlement européen, ils avaient choisi de ne pas rallier la grande coalition et de voter soit pour la candidate des Verts, soit pour celui des eurosceptiques du groupe Conservateurs et réformistes européens (ECR).

Une partie de ces mêmes eurosceptiques d’ECR, qui ne rendront publique leur prise de position que demain, pourrait soutenir Ursula von der Leyen, selon le Financial Times. « Les Polonais du Pis ont annoncé vouloir jouer un rôle « constructif » dans le processus de nomination du futur président de la Commission », explique le quotidien britannique.

Car c’est tout l’enjeu de l’élection d’Ursula Von der Leyen : la future nomination des commissaires européens, les « ministres » de l’Union européenne. Si elle est élue grâce à la droite du Parlement et non en raison du vote des socialistes ni des Verts, l’actuelle ministre de la Défense allemande pourrait infléchir son programme et ses futures nominations. Un scénario qui inquiète les libéraux de Renew Europe, qui, même s’ils devraient voter pour, ont posé leurs conditions, avec notamment une demande de vice-présidence pour Margrethe Vestager et l’organisation d’une conférence sur l’État de droit en Europe.

Un comptage informel donne un retard de 17 voix

Un faible score serait vu comme un échec. Les 108 voix des libéraux de Renew Europe et les 182 du PPE, combinées à celles de socialistes et à celles de quelques eurosceptiques, devraient permettre de franchir la barre des 374 votes, le cumul des trois groupes europhiles dépassant les 440 voix. Mais rien n’est joué. Le vote se déroule à bulletin secret et favorise donc les initiatives personnelles. Alors que la gauche radicale votera comme les Verts contre la nomination d’Ursula von der Leyen, un comptage informel estime le nombre de voix en faveur de sa nomination à seulement 357 voix, rapporte aujourd’hui Andrew Rettman, journaliste chez EUobserver. L’extrême droite devrait elle aussi probablement voter contre.

Entre une estimation haute à plus de 440 voix et les derniers comptages, un monde existe. La majorité assez confortable sur le papier pourrait donc s’effondrer dans l’hémicycle strasbourgeois. Ursula von der Leyen s’exprimera demain à 9 heures devant les eurodéputés, avant un vote à 18 heures. Elle pourrait être la première femme élue présidente de la Commission européenne, tout comme la première à se voir refuser la nomination par le Parlement. Si la candidate ne recueille pas la majorité, le Conseil européen devra alors proposer un nouveau candidat dans un délai d'un mois. Réponse le 16 juillet dans la soirée.

 

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