Conférence nationale du handicap : le discours d’Emmanuel Macron accueilli avec réserve
Lors de Conférence nationale du handicap, le président de la République a promis que plus aucun enfant ne serait privé de scolarité à la rentrée prochaine. Au chapitre de l’emploi ou de l’accessibilité dans les bâtiments, il a lancé un appel à la « mobilisation ». Les associations restent prudentes.

Conférence nationale du handicap : le discours d’Emmanuel Macron accueilli avec réserve

Lors de Conférence nationale du handicap, le président de la République a promis que plus aucun enfant ne serait privé de scolarité à la rentrée prochaine. Au chapitre de l’emploi ou de l’accessibilité dans les bâtiments, il a lancé un appel à la « mobilisation ». Les associations restent prudentes.
Public Sénat

Temps de lecture :

8 min

Publié le

Mis à jour le

Le choix de la date du 11 février 2020 ne doit rien au hasard pour la cinquième Conférence nationale du handicap (CNH). Elle marque, jour pour jour, le 15e anniversaire de la loi « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Devant 500 personnes et 14 ministres, Emmanuel Macron a présenté une série d’annonces, concentrées sur l’éducation et l’accès aux aides, pour répondre à l’un de ses grands engagements de campagne. Lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours, face à Marine Le Pen, le candidat en avait fait sa « carte blanche ». « Je ne veux plus de personnes vivant en situation de handicap qui soient sans solution. »

Aujourd’hui, Emmanuel Macron n’en fait plus une affaire personnelle mais appelle chacun à s’engager dans ce « combat ». « Je veux que cette conférence sonne comme une mobilisation de toute de la société », insiste-t-il. « Le discours me paraît dans l’ensemble cohérent. Mais on ne peut pas gérer le problème sans faire de grands changements ni mettre les moyens », regrette Jean-Luc Duval, président du Collectif citoyen handicap.

Plus aucun enfant handicapé déscolarisé à la rentrée prochaine

« L’école inclusive » reste la priorité absolue affichée. En 2017, Emmanuel Macron promettait de donner un accès à « un auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants qui ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres ». Trois ans après, le président de la République admet que la « bataille » n’a pas été gagnée, malgré un effort « extrêmement important » en termes de recrutement. De 55.000 accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) en 2017, le nombre est attendu à 66.000 à la fin de l’année.

Recruter 11.000 AESH supplémentaires d’ici la fin du quinquennat est une solution « totalement atteignable », selon le chef de l’État. Alors que la profession fait face à un vrai déficit d’attractivité, Emmanuel Macron promet des contrats « plus durables » et des plateformes d’emploi, gérées par l’État et les collectivités locales, pour leur permettre d’atteindre, avec l’aide d’autres employeurs, un temps plein. « Si on n’est pas concret, on peut vite se payer de bonnes paroles », a-t-il reconnu.

À la prochaine rentrée scolaire, l’Élysée ne veut plus aucun enfant laissé de côté, quitte à ce que des « formes d’aménagements » plutôt qu’un accompagnement, constituent la solution. Au cours des dernières années, la situation s’est améliorée. Le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire est passé de 100.000 en 2006 à près de 340.000 en 2018. Jean-Luc Duval, président du Collectif citoyen handicap, rappelle que beaucoup de ces enfants ne bénéficient pas en réalité d’heures d’enseignement suffisantes. « Le recrutement ne réglera pas le problème de l’école inclusive. Il faut que les accompagnants soient mieux formés. Il faut aussi remettre les enseignants spécialisés sur le terrain. » Ce responsable associatif s’attend à ce que des parents remontent à l’assaut des grues pour dénoncer l’absence de prise en charge de leurs enfants.

Une demande d’allocation adulte handicapé sera traitée en trois mois maximum

Emmanuel Macron veut également mettre fin aux freins administratifs et aux démarches trop complexes. Dans cette ambition présentielle, les départements seront parties prenantes. Une convention a été signée avec l’Association des départements de France. Un numéro d’information national unique, le 360, sera mis en place, pour assurer une égalité de traitement territoriale dans les services et dans la gestion des dossiers, notamment dans l’attribution de l’allocation adulte handicapé (AAH). Dès le 1er janvier 2021, plus aucune demande ne devra être traité dans un délai supérieur à trois mois.

Le discours du jour a été l’occasion pour la présidence de la République de dissiper les doutes des associations sur le sort de l’AAH en plein chantier du futur revenu universel d’activité, qui doit simplifier et unifier les aides sociales existantes. « L’objectif poursuivi n’est pas de remplacer l’AAH ou de la diluer dans le revenu universel d’activité. Cela n’arrivera pas », a rassuré Emmanuel Macron. C’était une revendication forte des associations, reçues à l’Élysée vendredi dernier, comme pour éteindre l’incendie. « Il y a un certain nombre de choses qu’on a retrouvé dans son propos », se félicite Jean-Louis Garcia, président de l’APAJH (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés).

La séquence est d’ailleurs l’occasion de rappeler la réalisation d’une promesse de campagne, la revalorisation de l’AAH de 90 euros. L’État annonce par ailleurs l’extension de la prestation de compensation du handicap aux aides ménagères, dès l’an prochain.

Un taux de chômage des personnes en situation de handicap qui reste élevé

Sur les objectifs de la loi de 2005 en matière d’emploi et de logement, le discours est, en revanche, resté moins ambitieux. Le gouvernement entend mettre l'accent sur le développement de l'apprentissage. Emmanuel Macron ne veut pas « pas simplement » une obligation légale, « avec la possibilité de payer des pénalités », mais une « mobilisation de tous », évoquant davantage d’achats inclusifs et de contractualisation avec des structures adaptées.

Comme un aveu d’échec, malgré une évolution positive ces dernières années, le président de la République a rappelé que le chômage des personnes en situation de handicap restait deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Même l’État n’a pas encore atteint ses objectifs, avec un taux d’emploi de 5,6% dans le public, un niveau inférieur au seuil obligatoire fixé par la loi à 6%. Dans un rapport de mai 2019, deux sénateurs avaient d’ailleurs appelé à donner un « nouveau souffle » à cette politique d’emploi dans la fonction publique.

Accessibilité : l’appel aux futurs maires

En matière d’accessibilité des lieux publics ou des bâtiments, Emmanuel Macron a également reconnu que ce n’était « pas encore la règle, loin de là ». Un audit sera lancé. À un peu plus d’un mois des élections municipales, le président de la République a lancé un « appel solennel » en direction des candidats pour en faire un « sujet de campagne ». « Cela doit être une pression citoyenne. Qu’ils aillent bousculer les candidats pour que les choses se fassent. »

En matière de logement, la loi Elan de 2018 marque la difficulté du gouvernement de concilier une politique visant à faire progresser les mises en chantier, d’une part, et celle d’une politique inclusive, d’autre part. Le texte a fait passer de 100 % à 20 % la proportion de logements accessibles aux personnes handicapées dans la construction neuve. Tous les autres (en rez-de-chaussée ou desservis par un ascenseur) ne seront qu’« évolutifs ». Ce moment du quinquennat est resté en travers des associations. « La loi Elan est un scandale. C’est un détricotage de la loi du 11 février 2005 et une vision à courte vue », se désole Jean-Louis Garcia, le président de l’APAJH.

« J’attends que les engagements se transforment en décisions »

Malgré ce « point noir », ce dernier reste satisfait par la tonalité du discours et l’engagement pris au sommet de l’État. « Il a porté un coup de chapeau au monde associatif alors que nous sommes malmenés, maltraités par les membres du gouvernement et en particulier par la secrétaire d’État. On a senti le président de la République très engagé sur le sujet, prêt à ramener ses troupes pour les mettre au travail. » Le président de l’APAJH attend désormais les actes. Sa fédération restera « vigilante ». « J’attends que les engagements se transforment en décisions. Je préfère que ce soit lui qui s’engage plutôt qu’un secrétaire d’État ».

Chez les parlementaires, le sénateur Philippe Mouiller (LR), l’un des plus engagés à la Haute assemblée sur les questions liées au handicap, se situe sur la même ligne. « C’est un discours extrêmement positif », nous a-t-il expliqué, mais « Il y a souvent à travers les discours d’Emmanuel Macron un décalage entre les annonces et la réalité, les moyens. » Caisse de résonance des communes et des départements, le Sénat ne devrait probablement pas oublier le discours du chef de l’État dans les prochains mois.

Handicap : Les moyens, « un point crucial absent du discours » de Macron (Philippe Mouiller)
00:55

Partager cet article

Dans la même thématique

Lyhanna Case – Funerals and Last Tribute.
4min

Politique

Affaire Lyhanna : « Pertes de temps, défaillances et absence de suivi de procédure », pointe le  pré-rapport d’inspection

Trois semaines après la découverte du corps de la jeune Lyhanna, l'inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice a présenté un premier rapport destiné à faire la lumière sur les dysfonctionnements et les erreurs individuelles qui ont conduit à cette affaire qui a ému la France entière. Devant la presse, les deux inspecteurs généraux de la justice et de la gendarmerie, ont confirmé que la plainte pour viols sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 contre Jérôme Barella n'avait « pas été traitée comme une procédure prioritaire », par les services d'enquête et le parquet du Gers.

Le

Conférence nationale du handicap : le discours d’Emmanuel Macron accueilli avec réserve
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting
11min

Politique

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting

Depuis le parc Floral, en bordure de Paris, l’ancien ministre de l’Intérieur a tenu le premier grand rassemblement de sa campagne présidentielle ce 20 juin. Devant plusieurs milliers de personnes, le candidat a fait le serment de « relever » le pays « et de le remettre à l’endroit », concentrant ses coups contre la France insoumise et les macronistes.

Le

Conférence nationale du handicap : le discours d’Emmanuel Macron accueilli avec réserve
4min

Politique

Sida : 45 ans après la découverte du virus retour sur l’Histoire d’une pandémie aux 44 millions de morts 

Aujourd’hui c’est une maladie « presque » comme les autres, et pourtant les années Sida ont, au début des années 1980, été une déflagration sanitaire et sociétale. Maladie sexuelle transmissible, sans traitement connu, elle touche d’abord les milieux homosexuels avant de se propager à toute la société et devient vite un sujet de santé publique mondial préoccupant. C’est cette histoire du SIDA, de ses origines à la découverte des antirétroviraux, que nous raconte Marion Aballéa dans son Histoire mondiale du SIDA (éditions du CNRS), un travail de recherche récompensé par le prix du Sénat du livre d’histoire 2026.

Le