Coronavirus : Emmanuel Macron entame-t-il un « tournant » de gauche de sa politique ?
La déclaration d’Emmanuel Macron face au coronavirus a été marquée à gauche. Il évoque des « décisions de ruptures » à venir. « Un tournant » dans la politique du Président, salue le député LREM Sacha Houlié, membre de l’aile gauche de la majorité. Mais « où est la sincérité ? » met en garde le socialiste Patrick Kanner.

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La déclaration d’Emmanuel Macron face au coronavirus a été marquée à gauche. Il évoque des « décisions de ruptures » à venir. « Un tournant » dans la politique du Président, salue le député LREM Sacha Houlié, membre de l’aile gauche de la majorité. Mais « où est la sincérité ? » met en garde le socialiste Patrick Kanner.
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Face à l’importance de la crise sanitaire que traverse le pays avec le coronavirus, Emmanuel Macron a décidé de réagir et de frapper fort. Et pas seulement pas des mesures d’urgence (voir ses déclarations). Jeudi soir, en s’adressant aux Français, le chef de l’Etat a dessiné de nouvelles perspectives politiques. La fin de sa déclaration a été particulièrement marquée à gauche. Des termes qu’on n’est pas habitué d’entendre dans la bouche du chef de l’Etat.

« Des biens et des services doivent être placés en dehors des lois du marché »

Car selon le président de la République, il faut « interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde et qui dévoile ses failles au grand jour ». Autre propos : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-Providence, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe ». « Des biens et des services doivent être placés en dehors des lois du marché » lance-t-il encore. Un socialiste, voire même un communiste, aurait pu signer. « Nous devons rependre le contrôle » sur certaines productions, ajoute Emmanuel Macron, qui lance même, très énigmatique : « Les prochaines semaines et prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens ». Alors que beaucoup avaient le sentiment de ne pas avoir vu la couleur de l’acte 2 du quinquennat, on semble passer directement à l’acte 3.

Mais quelle mouche a piqué le chef de l’Etat ? En réalité, certains poussent depuis un moment pour un rééquilibrage en faveur de la jambe gauche du macronisme, alors que la jambe droite paraît hypertrophiée.

« J’ai l’impression d’un retour aux sources »

Du côté de l’aile gauche de la majorité présidentielle, on se réjouit évidemment des propos du Président. « Comment ne pas l’être. Je ne peux être que satisfait de ce tournant » sourit Sacha Houlié, député LREM, interrogé par publicsenat.fr. « Tournant », le mot est lâché. Un terme justifié, selon le député de la Vienne, « à partir du moment où on fait le constat que rien ne pourra plus être comme avant par rapport aux services publics, que la question de l’encadrement de la mondialisation devra se poser ». Pour Sacha Houlié « c’est presque une réitération, en plus marqué, du discours du 12 avril sur les gilets jaunes », « j’ai l’impression d’un retour aux sources sur le discours de 2016-2017 ». Le député continue :

La question budgétaire, je comprends qu’elle est derrière nous. La question des services publics qui nous protègent, je comprends qu’elle est devant nous.

Même sentiment chez certains de ses collègues. « C’est clairement un discours humaniste, vraiment à la hauteur. On place l’humain et la santé au-dessus de toutes priorités », salue le député LREM Guillaume Chiche, interrogé par Le Monde. « Le Président prend date », se réjouit aussi auprès du quotidien le vice-président LREM de l’Assemblée, Hugues Renson.

« Une réaction très utilitaire de sa part, qui cache un libéralisme »

A gauche, évidemment, on se méfie. « J’attends de voir. J’ai envie de dire que je salue cette prise de conscience de l’intérêt du service public. Je prends acte de cette nouvelle lucidité politique, mais elle est en contradiction avec les deux ans et demi de pouvoir macroniste, qui ont affaibli le service public » souligne le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner.

Peut-on parler de tournant ? « C’est un tournant, entre guillemet grâce au coronavirus. S’il n’y avait pas de coronavirus, le démantèlement des services publics aurait continué. Où est la sincérité dans tout ça ? C’est une réaction très utilitaire de sa part, mais qui cache un libéralisme qui, en période normale, aurait continué à se développer » met en garde Patrick Kanner.

Edouard Philippe peut-il incarner ce « tournant » ?

Il faudra attendre maintenant de voir, sûrement après les municipales, si les déclarations d’Emmanuel Macron vont se traduire concrètement. La conférence citoyenne sur l’écologie, si elle peut toujours se réunir avec ses 150 citoyens, pourrait être le moyen de trouver les mesures fortes et, pourquoi pas, « de rupture ». « Maintenant, c’est la question du suivi » dit un membre de la majorité. Autrement dit, il faut dépasser les simples mots.

Reste à voir si Edouard Philippe, issue de LR, serait la meilleure personne pour incarner ce coup de barre à gauche et sûrement écologiste, s’il se confirme bien dans les faits. Pour certains députés de la majorité, « clairement, la question se pose »…

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