Covid-19 : des parlementaires demandent une généralisation des capteurs de CO₂ en intérieur
En pleine cinquième vague, une note de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques recommande de « renforcer » les politiques d’incitation au renouvellement de l’air dans les espaces publics clos. Sénateurs et députés plaident pour un « usage généralisé » des capteurs de CO₂.

Covid-19 : des parlementaires demandent une généralisation des capteurs de CO₂ en intérieur

En pleine cinquième vague, une note de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques recommande de « renforcer » les politiques d’incitation au renouvellement de l’air dans les espaces publics clos. Sénateurs et députés plaident pour un « usage généralisé » des capteurs de CO₂.
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Il n’y a pas que les vaccins et les tests comme armes dans la « guerre » contre le covid-19. L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) vient rappeler, dans une note rendue publique ce 17 décembre, l’importance des gestes barrière et de la prévention, notamment l’aération régulière des pièces. Une note, de la sénatrice Angèle Préville (PS) et du député Jean-Luc Fugit (LREM), recommande ainsi de « renforcer les politiques d’incitation au renouvellement de l’air dans les milieux clos », notamment dans les établissements recevant du public. Selon les deux parlementaires, cette stratégie doit passer par « l’installation et l’usage généralisés de capteurs de dioxyde de carbone (CO₂) performants » dans ces lieux publics clos.

Le renouvellement régulier d’un milieu confiné permet en effet de réduire la transmission du covid-19 par les aérosols. Ces petites particules légères, de taille inférieure à 5 micromètres, peuvent se déplacer sur une distance importante et rester en suspension dans l’atmosphère. Mesurer la concentration de dioxyde de carbone, relâché par la respiration des personnes présentes dans une pièce, s’avère être un indicateur de l’état de renouvellement de l’air.

La note de l’Office insiste aussi beaucoup sur la nécessité de faire œuvre de pédagogie sur la façon dont le virus se transmet. « Le rapport rappelle que, deux ans après le début de l’épidémie et alors que chacun s’en préoccupe beaucoup, la société tout entière doit mieux connaître les questions liées à la propagation du virus et aux dispositifs qui permettraient de l’éviter ou de la freiner en milieu confiné », a souligné Angèle Préville, lors d’une réunion de l’Opecst.

L’Opecst ne prêche pas seul dans le désert. Bien avant lui, l’Académie des Sciences a encouragé l’installation de capteurs, dont l’utilité a aussi été mise en avant par le Haut Conseil de la santé publique. Rappelons également que la bonne ventilation des espaces clos fait aussi partie du protocole national « pour assurer la santé et la sécurité des salariés en entreprise, face à l’épidémie de covid-19 », signé le 29 novembre par le ministère du Travail. Partant d’une concentration habituelle de 400 ppm (partie par million) de CO₂ dans l’atmosphère, le gouvernement recommande un renouvellement de l’air dès 800 ppm (partie par million) et une évacuation du local dès 1 000 ppm.

Un coût potentiel de 150 millions d’euros pour équiper l’ensemble des salles de classe de France

Les capteurs auraient l’avantage de servir de signal, car la fréquence et la durée de l’aération dépendent des volumes d’une pièce et du nombre de personnes présentes. « Ces capteurs permettraient à la fois d’avertir de façon pertinente lorsque l’air nécessite d’être renouvelé, mais aussi d’ancrer dans l’esprit de chacun la nécessité d’une aération régulière. Il s’agit d’un bon outil pédagogique, notamment chez les enfants. Il convient ainsi de rendre visible l’invisible grâce aux capteurs », a défendu le député Jean-Luc Fugit.

Les établissements scolaires sont particulièrement ciblés. Mais l’équipement à large échelle représente un coût financier pour les collectivités locales qui ont la responsabilité des bâtiments scolaires. « Il existe environ 500 000 classes en France avec environ 12 000 000 d’élèves et en moyenne 24 élèves par classe. L’achat d’un capteur de CO₂, fabriqué en France, pour chaque classe avec un prix unitaire de 300 euros coûterait au total 150 millions d’euros », évalue Benoît Semin. Ce chercheur au CNRS, membre du collectif « Projet CO₂ » (il regroupe des chercheurs de différents horizons), a été auditionné le 4 novembre. À l’échelle communale, le premier adjoint au maire Sébastien Dulermo (Agir, la droite constructive) avait indiqué que pour le 9e arrondissement de Paris qu’une installation de capteurs avait représenté un coût global de 45 000 euros (150 capteurs à 300 euros).

Selon le rapport parlementaire, le prix moyen d’un « capteur de CO₂ de bonne qualité dont la technique de mesure est recommandée par les autorités, est de plusieurs centaines d’euros », loin des modèles basiques commercialisés moins de 50 euros sur des plateformes de vente en ligne.

Lors de la réunion durant laquelle le rapport a été adopté, le sénateur LR Gérard Longuet a indiqué que la généralisation des capteurs ne devait pas être seulement l’affaire des collectivités locales. « C’est aussi l’affaire de l’Éducation nationale ». D’ailleurs, le ministre Jean-Michel Blanquer avait précisé, dans un discours du 25 avril 2021 : « Nous encourageons les collectivités pour des capteurs de CO₂ et des purificateurs d’air […] chaque fois que cela est pertinent. »

La note de l’Opecst estime que l’amélioration de la qualité de l’air, et donc la lutte contre l’aérosolisation du covid-19, « doit reposer en priorité » sur la ventilation et l’aération. L’emploi de purificateurs d’air n’est vu que « comme une mesure complémentaire », ce qui s’appuie sur les avis critiques de l’Anses et de l’Association pour la prévention de la pollution atmosphérique à ce sujet.

L’intérêt des capteurs pourrait enfin dépasser la seule question du combat contre le covid-19, l’Opecst évoque des bénéfices dans la prévention des épidémies saisonnières et respiratoires, comme la bronchiolite ou la grippe. Cette dernière étant responsable, selon la note, de 5 000 à 15 000 morts par an, et « de plus de 4 millions de journées de travail perdues ».

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