Covid-19 : « On se serre les coudes entre soignants épuisés »
Manque de matériels mais surtout de moyens humains, avec la reprise de l’épidémie, les personnels soignants sont de nouveau sous haute tension. Le gouvernement a-t-il bien tiré les enseignements de la première vague épidémique ? Une question que se pose la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise. Les soignants, eux, ne se la posent plus.

Covid-19 : « On se serre les coudes entre soignants épuisés »

Manque de matériels mais surtout de moyens humains, avec la reprise de l’épidémie, les personnels soignants sont de nouveau sous haute tension. Le gouvernement a-t-il bien tiré les enseignements de la première vague épidémique ? Une question que se pose la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise. Les soignants, eux, ne se la posent plus.
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« Le but de cette commission d’enquête, c’est aussi de faire un retour d’expérience le plus rapidement possible pour apporter des corrections. On se rend compte qu’il y a une absence d’autocritique de la part des institutions et des ministres que nous avons auditionnés. On peut dire que la crise a été administrée mais pas gérée » note René-Paul Savary, vice-président LR de la commission d’enquête sur la gestion de l’épidémie de Covid-19, avant d’annoncer que la commission d’enquête rendra ses conclusions mi-novembre, soit un mois plus tôt qu’il était initialement prévu.

La crise sanitaire repart de plus belle sur une bonne partie du territoire national. Selon le dernier pointage de Santé publique France lundi soir, plus de 1 400 malades du Covid-19 étaient en réanimation en France, sur un total d'environ 5 000 places disponibles en réanimation dans le pays.

« Pour avoir une boîte de 100 gants jetables à l’hôpital, il faut attendre 10 jours »

À cette résurgence de cas, s’ajouterait une pénurie de matériels. C’est ce qu’a affirmé, ce matin, sur Public Sénat, le coordinateur de La France Insoumise, Adrien Quatennens. « À l’hôpital public, on n’a plus de problème pour se fournir en masques. Mais on a un autre problème, c’est les gants. On m’a expliqué que pour avoir une boîte de 100 gants jetables à l’hôpital, il faut attendre 10 jours pour les recevoir » a-t-il rapporté.

Un manque de gants déjà souligné devant la commission d’enquête du Sénat par Christophe Prudhomme, porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France (AMUF), le 16 juillet dernier. « Nous sommes inquiets pour la suite des événements. Il y a quinze jours, j'ai reçu une note de l'équipe d'hygiène de mon établissement m'indiquant que, alors que nous sommes en période d'activité normale, il y a des tensions sur les gants. On nous indique donc que les gants doivent être utilisés pour tels types de gestes, et pour le reste, on se lave les mains... ».  « Aujourd’hui encore, les sages-femmes ne bénéficient toujours pas de masques FFP2 pour prendre en charge les femmes Covid+ ! »  rapportait, début septembre, Isabelle Derrendinger, secrétaire générale du conseil national de l'ordre des sages-femmes.

Même constat dans le domaine du médico-social où « il reste des difficultés, en particulier sur les surblouses et les gants », expliquait, le 3 septembre, à la commission d’enquête, Antoine Perrin, directeur général de la fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne, privés non lucratifs (FEHAP). 

Cyril, aide-soignant aux urgences du Kremlin -Bicêtre et membre du collectif Interurgences liste, lui aussi, toute une série de manques : « Pieds à perfusion, brancards, paravents, surblouses, thermomètres ». Même si « depuis, deux, trois semaines, j’arrive à trouver des gants à ma taille » se félicite-t-il.

Dépistage : « Faire de la prescription raisonnée »

Pour Jean-François Cibien, président de l'intersyndicale Action praticiens hôpital (APH), la pénurie de matériels touche également les réactifs des tests PCR. « La stratégie de dépistage de masse s’entend quand on a suffisamment de tests et quand on est bien organisé. Lors de la première phase du Covid on avait, pour le résultat d’un test, un délai de 7 à 12H. Maintenant, c’est 48 à 72 heures. On a alerté le gouvernement pour lui dire qu’il fallait prioriser, faire de la prescription raisonnée. On a encore un train de retard. »

« Il y a une lassitude que je n’ai jamais vue »

Des problèmes d’approvisionnement de matériels qui s’ajoutent au manque de moyens humains dont souffre l’hôpital public. « On ne m’a pas remonté de pénurie d’équipements. Le gros problème, c’est l’humain, maintenant. On a laissé la structure hospitalière à l’identique. On a toujours le même nombre de lits de réanimation. Le gouvernement a fixé un objectif maximal de 14 000 lits de réanimation. On peut toujours pousser les murs. Mais, le personnel ne suivra pas et il faudra faire des choix. Soit on aura des morts du Covid, soit des morts d’autres pathologies » résume Grégory Leduc, secrétaire fédéral FO des services publics de santé. À noter que les 4 000 lits (en réanimation ou ailleurs) promis par les accords du Ségur ne sont pas encore arrivés dans les services. Or en 2019, 3 400 lits au total avaient été fermés, 100 000 en 20 ans.

Contrairement au printemps dernier, pour le moment, peu d’opérations sont déprogrammées en raison de l’épidémie. « En cette période, on rattrape le retard provoqué sur certaines maladies. Donc nos blocs opératoires fonctionnent à plein aujourd'hui d'opérations qui auraient pu avoir lieu en mars, avril, mai ou juin » a expliqué, sur France Info, Martin Hirsch, directeur général de l'AP-HP.

« Le Covid est partout, les professionnels d’autres départements ne viendront pas nous aider »

« Il y a un retard de 4 à 6 semaines de prise en charge des infarctus et des AVC, les cancers ne vont pas s’arrêter non plus. On se serre les coudes entre soignants épuisés. Il y a une lassitude que je n’ai jamais vue. Lors de la première vague, l’épidémie était essentiellement concentrée sur deux régions. On a pu bénéficier de l’aide de collègues de zones relativement épargnées.  Il y a eu aussi une bonne synergie avec les cliniques privées. Mais si on se retrouve dans une configuration où tout le pays est touché, je ne sais pas comment on fera » s’alarme Jean-François Cibien.

« Le manque de moyens humains est énorme. Cette nuit j’avais des patients qui étaient présents depuis un moment. Plusieurs de mes collègues arrivent avec la boule au ventre. Épuisés, fatigués, certains pensent à changer de service voire à déserter le monde du paramédical. J’ai l’impression de revivre certaines situations de mars dernier. Sauf que là, le Covid est partout, les professionnels d’autres départements ne viendront pas nous aider » se désole Cyril, aide-soignant aux urgences du Kremlin Bicêtre.

Révélée par France Inter, une note interne des ressources humaines de l’APHP adressée aux chefs de service des hôpitaux parisiens, envisage désormais l’annulation des congés de la Toussaint pour les personnels soignants.

L'accord du Ségur de la santé signé en juillet pour les personnels hospitaliers (hors médecins) inclut une augmentation générale de 183 euros net. Le gouvernement a décidé d'avancer la première hausse de 90 euros net à octobre « au plus tard » au lieu de janvier, la seconde de 93 euros restant fixée au 1er mars. « Payer mieux ne va pas améliorer nos conditions de travail. Durand la période de Covid, le taux d’absentéisme au niveau national chez les soignants, est passé de 8 à 13% » souligne Gregory Leduc.

Ce mardi, interpellé par les soignants de l’hôpital Fondation Rothschild  qui demandaient « plus de fric pour l'hôpital public », Emmanuel Macron a rappelé que le Ségur de la santé portait sur une série d’accords de « plus de huit milliards d'euros par an » pour les personnels hospitaliers.« Ce qui n'a jamais été fait » a-t-il rappelé.

 

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