Défense : un rapport du Sénat critique l’état « pitoyable » de l’immobilier militaire
En pleine polémique sur le budget des armées, le sénateur Dominique de Legge a présenté un rapport alarmiste sur le quotidien des militaires. « Nous vivons au-dessus de nos moyens » juge-t-il.

Défense : un rapport du Sénat critique l’état « pitoyable » de l’immobilier militaire

En pleine polémique sur le budget des armées, le sénateur Dominique de Legge a présenté un rapport alarmiste sur le quotidien des militaires. « Nous vivons au-dessus de nos moyens » juge-t-il.
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Dominique de Legge, sénateur LR d’Ille-et-Vilaine, l’assure. « Nous avons décidé de la réalisation de ce rapport bien avant les évènements » explique-t-il. Les « évènements », ce sont les différents épisodes qui ont émaillé les 7 derniers jours, depuis le recadrage public d’Emmanuel Macron envers son chef d’Etat-major, jusqu’à la démission spectaculaire de ce dernier. Alors que le président de la République visitait ce jeudi matin la base aérienne d’Istres, le sénateur de Legge présentait donc son rapport, réalisé au nom de la commission des finances, sur l’état inquiétant du parc immobilier de la défense, dans un contexte de coupes budgétaires. « Il est dans un état pitoyable » tranche-t-il. « Les moyens ne sont pas affectés pour  permettre la vie quotidienne de nos militaires dans de bonnes conditions. Nous vivons au-dessus de nos moyens. » Par définition, la Grande muette ne se plaint pas mais la grogne est palpable. « Des bases qui n’étaient plus entretenues depuis de nombreuses années car elles avaient vocation à fermer sont aujourd’hui mobilisées en urgence, souvent dans de mauvaises conditions » évoque Dominique de Legge. Le fort de l’Est, à Saint-Denis, en est le meilleur exemple. Ce vieux bâtiment des années 1840 abrite notamment les militaires de l’opération Sentinelle dans des conditions d’insalubrité douteuse, lors de leur installation.

Défense : « Nous hébergeons nos militaires dans de mauvaises conditions »
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La situation n’est pas nouvelle et la polémique autour des nouvelles coupes budgétaires (850 millions d’euros) ne fait que souligner le décalage entre le budget alloué et les conditions de travail pour le quotidien. « Nous avons une loi de programmation militaire qui n’est plus en adéquation avec la réalité de l’engagement de nos forces » souligne le sénateur. Nicolas Sarkozy avait, lors de son quinquennat, lancé un grand projet de réduction des troupes. Mais les attentats ont frappé la France et François Hollande a décidé de faire marche arrière sur ce projet. « Mais on n’a pas revu en même temps les moyens nécessaires et indispensables pour permettre à ces personnels de travailler dans de bonnes conditions » critique Dominique de Legge.

Des cessions symboliques

Pourtant, les budgets alloués ont augmenté ces dernières années mais ont été affectés, en grande majorité, aux nouvelles infrastructures. A Toulon, la base navale a été transformée pour accueillir la nouvelle génération de sous-marins, les prestigieux Barracudas. « Mais le budget de l’armée supporte aussi trois millions d’euros de factures d’eau dont deux millions sont liés à des fuites d’eau parce qu’on n’est pas en état de réparer le réseau » explique le sénateur. Il faudrait 60 millions d’euros pour remettre la base en état et plus de 2,5 milliards d’euros sur 6 ans pour s’occuper du vaste parc immobilier de la Défense.

Défense : « l’immobilier du quotidien n’est pas entretenu » avertit Dominique de Legge
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Une des solutions prévues est justement de réduire drastiquement ce parc, d’une valeur de 16 milliards d’euros, qui représente plus d’un quart de la valeur du parc immobilier de l’Etat, avec quelques pépites comme le Val-de-Grâce dont la cession est envisagée. Depuis 2008, ce parc a ainsi diminué de 17% mais les caisses ne se remplissent pas pour autant. Le mauvais état des infrastructures contraint parfois l’Etat à céder les bâtiments pour des sommes symboliques. La décote « Duflot » entraine aussi une sous-évaluation des biens, à partir du moment où ils sont en partie transformés en logements sociaux. « Si à l’ilot Saint-Germain, on fait des logements sociaux, il sera vraisemblablement vendu à un euro symbolique. Le manque à gagner est de l’ordre d’une centaine de millions d’euros. Concrètement, le budget des armées va financer la politique de logement de la ville de Paris » souligne Dominique de Legge.

Un budget en hausse pour  2018

Dans ces conditions, déjà complexes, comment peut-on envisager l’instauration du service civil, comme promis par Emmanuel Macron ? « C’est tout simplement impossible » soupire le sénateur qui a décidé d’interpeller le gouvernement lors des questions au gouvernement, ce jeudi au Sénat. « Vous n’êtes pas sans savoir la situation difficile dans laquelle nous avons trouvé les finances de notre pays » a justifié Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, dans l’hémicycle. Les coupes budgétaires « seront un moment difficile pour nos armées mais la ministre des armées prendra les décisions utiles pour en limiter la portée » a-t-elle souligné. Réponse acerbe du sénateur : « Madame la ministre, heureusement que nos militaires sont plus précis dans le tir des missiles que vous dans votre réponse… »

Mis à mal par le tollé provoqué par la démission du général de Villiers, Emmanuel Macron a néanmoins annoncé des mesures pour « le quotidien » des militaires. « Je veux que vous ayez les moyens de vos missions », a ainsi déclaré le chef de l'État depuis la base aérienne d'Istres. Il a ainsi réaffirmé que le budget de la Défense sera porté à 34,2 milliards d'euros en 2018, précisant qu' « aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté » cette année-là. De quoi convaincre les militaires ? Ces derniers connaissent bien les promesses non tenues des précédents gouvernements et attendront l’effectivité des annonces, avant de crier victoire.

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