Incendie de Lubrizol : « Il est retombé une pluie de poussière d’amiante »
Lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur l’incendie de Lubrizol, le toxicochimiste André Picot a assuré qu’il y a bien eu de la poussière d’amiante dans l’air.  Également auditionné, le spécialiste de la gestion de crise Patrick Lagadec a estimé qu’il fallait préserver et développer la confiance de la population.

Incendie de Lubrizol : « Il est retombé une pluie de poussière d’amiante »

Lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur l’incendie de Lubrizol, le toxicochimiste André Picot a assuré qu’il y a bien eu de la poussière d’amiante dans l’air.  Également auditionné, le spécialiste de la gestion de crise Patrick Lagadec a estimé qu’il fallait préserver et développer la confiance de la population.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Quatre mois après l’incendie de Lubrizol, les auditions concernant cette affaire se poursuivent au Sénat ce mardi. Cette fois, la commission d’enquête Lubrizol se penche sur les questions de toxicologie et les questions de gestion de crise.

André Picot, président de l'association Toxicologie Chimie, assure que non seulement de l’amiante s’est bien dispersée lors de l’incendie de Lubrizol, « il y avait un toit en fibrociment (…) Il est retombé en pluie de poussière d’amiante » mais surtout que les populations en contact immédiat (comme les pompiers) ont été touchées. Ces propos sont en contradiction avec la version des autorités expliquant qu’il n’y a pas eu de fibres d’amiante dans l’air.

Le président de l'association Toxicologie Chimie a rappelé la toxicité de l’amiante à long terme : « Une des propriétés de l’amiante, c’est de déclencher des cancers de l’enveloppe des poumons, la plèvre. » Il a raillé le ministère de la Santé de ne pas être « très au fait de ce problème » : « Devant la pression des médias Madame Buzyn a demandé des analyses (…) de sang de l’état du foie de ces pompiers. Or tout le monde sait très bien que l’amiante n’a aucun impact sur le foie. Ils auraient mieux fait de vérifier un petit peu l’état de leur tractus pulmonaire. » Lorsque la sénatrice socialiste de la Charente Nicole Bonnefoy corapporteure de cette commission, a rappelé la position de la directrice de l’ARS (agence régionale de Santé) de Normandie lorsqu’elle a été auditionnée expliquant qu’il n’était pas nécessaire de faire de scanner pulmonaire pour recherche d’amiante parce qu’on n’en a pas trouvé dans l’air, André Picot a répondu en parlant de l’ARS : « C’est un peu désolant (…) On n’a beaucoup de mal à leur faire confiance … »

Concernant les suies qui ont recouvert les environs de l’usine, le toxicochimiste est catégorique : « À l’heure actuelle, on est incapable de savoir exactement les retombées que ça peut avoir sur la population. On n’a aucun élément. »

Importance d’impliquer les citoyens

Également auditionné, Patrick Lagadec, directeur de recherche honoraire à l’École polytechnique, travaille sur la maîtrise des risques et la gestion des crises. Il est convaincu qu’il est urgent d’avoir une maîtrise des risques à un niveau plus global en pensant aux interactions possibles. C’est-à-dire d’avoir « une approche des systèmes à risque et non plus installation par installation. » : « Quand j’ai entendu cet argument [à propos de l’incendie à Lubrizol - NDLR], ça vient de l’extérieur donc ce n’est pas nous », je me suis dit là, il y a un problème de philosophie générale et de politique générale de gestion des risques. »

Pour cet expert, il est bien sûr évident que les autorités de contrôle « pour être efficaces », « doivent être fortes, indépendantes et respectées ».

Quant aux « pilotages » de crise, ils sont « dépassés et à réinventer » : « Les moyens d’alerte sont d’un autre âge ».

Patrick Lagadec estime qu’il est fondamental d’avoir « la capacité culturelle à donner de l’information même si on n’a pas les éléments, même si on ne peut pas rassurer ».

Le directeur de recherche honoraire à l’École polytechnique souligne également l’importance d’impliquer les citoyens : « Quand on fait un exercice [de sécurité], « ne pas leur dire : « il y a aura un exercice dans trois mois, surtout ne faites rien, on vous dira ce qu’il faut faire » mais plutôt aller voir le directeur de l’école, le directeur de l’hôpital etc. [et dire] « Qu’est-ce qu’il vous serait utile que l’on fasse avec vous ? » Il y a vraiment une confiance partagée dans l’apprentissage collectif de situations compliquées. »

 

gestion de crise : Patrick Lagadec souligne l’importance d’impliquer les citoyens
01:32

Pour Patrick Lagadec, inspiré par le modèle belge « en avance sur nous », s’il n’y a pas de changement décisif, « on s’expose à des drames et on laissera à Google ou à d’autres, toute l’attitude pour prendre en charge les alertes et éventuellement les manipuler à leur aise. »

Interrogé plus avant par les sénateurs, sur les risques grandissants de fake news sur les réseaux sociaux en cas d’accident de type Lubrizol, Patrick Lagadec insiste sur la nécessité pour les pouvoirs publics de bien les connaître, de biens maîtriser ses codes : « Il y a beaucoup de préfectures qui s’y mettent ». Pour cet expert, la fausse information va devenir « structurelle » car lorsqu’il y a beaucoup d’angoisse, elle émerge : « Sachant que l’on ne pourra pas l’éteindre, le problème numéro 1 sera de ne pas la favoriser (…) Donc ça suppose un terrain de confiance qui soit développée en permanence. »

Et Patrick Lagadec de marteler combien la confiance de la population est nécessaire alors que fragilisée. Si les entreprises et les services publics ne modifient pas leurs méthodes, ils détruiront cette confiance.

La commission d’enquête sur l’incendie de Lubrizol poursuit ses travaux ce jeudi avec le préfet Alain Thirion, directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le