L’Assemblée vote la « taxe soda » et la hausse des prix du tabac
L'Assemblée a voté dans la nuit de jeudi à vendredi plusieurs mesures visant à taxer davantage les boissons sucrées et le tabac, quelques jours...

L’Assemblée vote la « taxe soda » et la hausse des prix du tabac

L'Assemblée a voté dans la nuit de jeudi à vendredi plusieurs mesures visant à taxer davantage les boissons sucrées et le tabac, quelques jours...
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

L'Assemblée a voté dans la nuit de jeudi à vendredi plusieurs mesures visant à taxer davantage les boissons sucrées et le tabac, quelques jours avant le vote du projet de budget pour la Sécurité sociale.

À boisson trop sucrée, boisson plus taxée: les députés ont voté par 80 voix contre trois un amendement pour inciter les industriels à plus de frugalité en matière de sucre.

Le dispositif a un "seul objectif, celui d'aider la santé des enfants", et d'éviter "les risques d'obésité et de diabète de type 2", a affirmé le rapporteur Olivier Véran (LREM), médecin de profession.

En France, depuis 2013, l'ensemble des boissons contenant une quantité – même minime – de sucres ajoutés sont taxées à raison de 7,53 euros par hectolitre.

Une formule qui n'incite pas les industriels à lever le pied, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de relever les taxes, forte du récent constat que le nombre d’enfants obèses dans le monde a été multiplié par dix en l’espace de 40 ans.

Les boissons sucrées vont être davantage taxées
Les boissons sucrées vont être davantage taxées
AFP/Archives

L'amendement prévoit que la taxation se déclenchera à partir de 1 gramme de sucre pour 100 ml et progressera ensuite.

Cela incitera les industriels à réduire "même d'un gramme" le taux de sucre, selon M. Véran.

Par ailleurs, les députés ont voté une hausse du prix du tabac prévue dans le budget de la Sécurité sociale, qui devrait atteindre jusqu'à 10 euros le paquet de cigarettes d'ici à fin 2020.

L'article, voté à main levée par les députés, prévoit une hausse de la fiscalité en cinq étapes. Répercutée par les fabricants, elle fera augmenter le paquet d'un euro en mars 2018, puis de 50 centimes en avril et novembre 2019, de 50 centimes en avril 2020 et de 40 centimes en novembre 2020.

Mettant en avant un "lien absolu entre l'augmentation du prix et la réduction du tabagisme", la ministre de la Santé Agnès Buzyn a défendu cette mesure comme un "enjeu majeur".

Pendant les quinquennats Sarkozy et Hollande, sans "mesures très courageuses sur les prix du tabac", il n'y a pas eu de réduction de la consommation "alors que les autres pays européens réussissaient à réduire leur tabagisme", a-t-elle ajouté.

- 'Arrêter d'opposer" buralistes et santé publique -

Aux élus de droite principalement, montés au créneau pour défendre les buralistes, elle a rétorqué qu'il fallait "arrêter d'opposer stérilement les buralistes avec les objectifs de santé publique", assurant que le gouvernement défendait un choix du "en même temps".

"L'idée n'est pas de les stigmatiser", a insisté la ministre, soulignant notamment que le gouvernement avait "promis une lutte acharnée contre la fraude", prévu "un filet de sécurité contre la baisse du chiffre d'affaire", ou encore travaillait avec la Commission européenne sur une harmonisation des prix.

"Dix personnes sont mortes statistiquement depuis que nous avons commencé à parler", a ensuite lancé M. Véran aux députés, ajoutant que "cette ambivalence" entre la santé et les buralistes "elle nous bouffe" et invoquant une "urgence sanitaire".

Plusieurs élus LR ont de leur côté mis en avant la "souffrance des buralistes". Jean-Luc Reitzer a salué une disposition "louable" mais estimé qu'elle oublie ces "acteurs importants pour le monde rural" qui "vont de nouveau connaître des mois, voire des années très difficiles".

"Vous êtes en train de tuer une profession, surtout en milieu rural", a renchéri Patrick Hetzel, pour qui la hausse des prix n'aura "aucun effet positif" sur la consommation en raison de la contrebande et des achats transfrontaliers.

Pour les Insoumis, Caroline Fiat a jugé de son côté l'article "insuffisant", estimant notamment que la décision "pose problème car ce sont les plus pauvres qui vont être impactés".

Les élus Nouvelle Gauche ont eux salué "une sage décision".

Le tabac est selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la première cause évitable de mortalité dans le monde
Le tabac est selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la première cause évitable de mortalité dans le monde
AFP/Archives

La fiscalité sur les produits de tabac vendus en Corse sera également relevée à un niveau plus soutenu afin d’amorcer la convergence des prix avec le continent, un processus de convergence totale devant être mis en place à partir de 2021.

Le tabac est, selon l’OMS, la première cause évitable de mortalité dans le monde. Il est responsable en France de 78.000 morts par an. C'est autant que l'alcool, les accidents de la route, les suicides, les homicides et les drogues illicites réunis, selon le Comité national contre le tabagisme (CNCT).

Le projet de budget de la Sécurité sociale, actuellement en première lecture à l'Assemblée, doit être voté dans son ensemble mardi, avant de passer au Sénat.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le