« L’hôpital est une sorte de thermomètre du système de santé » estime Philippe Juvin
Les invités de l’émission « On va plus loin »  témoignent de l’état des urgences en France, au moment où celles-ci sont exsangues.

« L’hôpital est une sorte de thermomètre du système de santé » estime Philippe Juvin

Les invités de l’émission « On va plus loin »  témoignent de l’état des urgences en France, au moment où celles-ci sont exsangues.
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Des urgences saturées, un personnel soignant à bout qui ne cesse de tirer la sonnette d’alarme : le constat est alarmant. Au même moment, aux urgences de deux établissements différents, deux femmes de plus de 60 ans ont fait un arrêt cardiaque sur le brancard où elles attendaient, en vain, d’être auscultées. Les directions des établissements, pour leur défense, ont parlé de « période de tension très forte » et d’ « intensité de l’activité ».

Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France, analyse ces incidents : « Dans toute situation de tension (…), le taux d’erreur (…) augmente. Et ça se traduit par des morts, par défaut de moyens. Le système est en train de s’effondrer et il n’y a pas que nous, les syndicalistes, qui le disons. Des médecins, y compris des professeurs de médecine, il y a quelques jours à Strasbourg, ont manifesté devant l’Agence nationale de la santé, en menaçant de porter plainte sur trois motifs : mise en danger des patients, maltraitance du personnel et favoritisme pour le secteur privé d’hospitalisation (…) Le problème aujourd’hui, c’est le budget de la sécurité sociale. Tant qu’on nous demandera de faire plus avec moins, et bien le système se dégradera. »

« Ce n’est pas qu’on fait plus avec moins » estime Claude Le Pen, économiste de la santé à l’université Paris Dauphine : « C’est qu’on fait plus avec plus. Les dépenses de l’hôpital continuent d’augmenter tous les ans (…) Les ressources annuelles qu’on lui accorde ne suffisent pas à faire face à l’explosion de ses missions » dit-il.

Mais  l’encombrement des urgences ne serait-il pas dû également à une mauvaise habitude des personnes à se diriger directement vers elles, par commodité et réflexe ? Daniel Chasseing, sénateur (Les Indépendants, République et Territoires) de Corrèze et  vice-président de la commission des affaires sociales ne semble pas de cet avis : « Les urgences sont encombrées (…) parce qu’il n’y a pas assez de médecins généralistes et tout le monde va aux urgences. À partir d’une certaine heure, il n’y a plus de médecin généraliste qui est présent. Ou alors, la personne qui est de garde, est très très loin, ce qui fait que les personnes vont aux urgences (…) Il faut qu’il y ait davantage de médecins (…), augmenter le numerus clausus encore. Parce qu’en 2020, on aura encore moins de médecins qu’en 2000. Et on aura pris 10 millions d’habitants. »  

Philippe Juvin, député européen (LR) et chef de service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou, va dans le même sens : « Le vrai sujet, c’est que les Français n’ont pas d’alternative et vont aux urgences (…) On considère que depuis le mois de janvier, environ 100 000 malades, ont dormi une nuit, aux urgences sur un brancard, faute de lit. »

Et d’ajouter : « Ça va très très mal (…) pour deux raisons : l’hôpital manque de moyens. (…) et deuxièmement, le système de santé va mal. En fait, l’hôpital est une sorte de thermomètre du système de santé. Particulièrement certains services, comme les urgences (…) Aujourd’hui, on est dans une situation que l’on n’a jamais connue. »

 

Mais alors que les intervenants en plateau semblaient d’accord sur le constat, Christophe Prudhomme, regardant Claude Le Pen et Philippe Juvin, met les pieds dans le plat : « Il y a 20 ans nous disions la même chose [qu’aujourd’hui] avec Patrick Pelloux, et j’avais des experts, comme Monsieur Le Pen (...) ou des politiques, comme Monsieur Juvin, qui, eux, validaient le fait qu’il ne fallait pas former trop de médecins, parce que cela ferait trop de prescripteurs et ça augmenterait les dépenses. Qu’à l’hôpital, il fallait faire des économies, qu’il fallait réduire le nombre de lits. »

Ce à quoi lui répond Claude Le Pen : « Vous ne pouvez pas nous imputer tous les maux (…) On est un peu les petits éléments d’une grosse machine et ce n’est pas nous qui sommes responsables des problèmes hospitaliers. »

De son côté, Philippe Juvin, conclut en disant : « Dans tous les pays, qui ont mieux articulé la ville et l’hôpital (…), on a vu une diminution du taux de mortalité liée aux maladies, on a vu une diminution du taux de complication, une diminution du taux d’hospitalisation. C’est démontré. Et depuis des années en France, on dit : « Il faut que la ville travaille mieux avec l’hôpital » et je dis à la ministre [de la Santé] : « Ouvrez-les yeux. Arrêtez de le dire. Et maintenant faites-le ». Le vrai sujet est là. On dit qu’on prétend le faire et en réalité, on ne le fait pas. »

 

Vous pouvez voir et revoir le débat d’OVPL, en intégralité :

Débat OVPL sur l'état des urgences et de l'hôpital en France (en intégralité)
26:05

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