La méthode Belloubet, entre « bienveillance » et « caractère bien trempé »
Nommée Garde des Sceaux, le 21 juin dernier, l’ancienne « Sage » du Conseil constitutionnel est au Sénat pour défendre le projet de loi sur la moralisation politique. Portrait d’une femme reconnue et appréciée.

La méthode Belloubet, entre « bienveillance » et « caractère bien trempé »

Nommée Garde des Sceaux, le 21 juin dernier, l’ancienne « Sage » du Conseil constitutionnel est au Sénat pour défendre le projet de loi sur la moralisation politique. Portrait d’une femme reconnue et appréciée.
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Nicole qui ? Le 21 juin dernier, Emmanuel Macron opère un remaniement d’ampleur au sein de son jeune gouvernement. Exit les membres du MoDem, contraints à quitter l’exécutif après les révélations sur de supposés emplois fictifs au parti. Le président de la République, qui préfère les profils techniques aux profils politiques, a désormais les mains libres pour construire son gouvernement, où chacun sera désormais jugé sur son efficacité. Et pour remplacer François Bayrou à la justice, Emmanuel Macron sort de sa manche une inconnue du grand public : Nicole Belloubet, 62 ans. A l’instar de Françoise Nyssen (éditrice devenue ministre de la Culture) ou de Jean-Michel Blanquer (ancien recteur d’académie devenu ministre de l’Education), la Garde des Sceaux ne souffre d’aucune incohérence entre son parcours et son nouveau poste : agrégée en droit public, professeure de droit communautaire à l'Université d'Evry-Val d'Essonne, elle rappelle au micro de Public Sénat, dans un sourire, sa connaissance « livresque » du droit parlementaire. Un CV parfait pour prendre la tête d’un des ministères les plus scrutés du quinquennat.

Surtout, elle siégeait depuis mars 2013 au prestigieux Conseil constitutionnel après sa nomination par l’ancien président socialiste du Sénat Jean-Pierre Bel. « Ca a été vite vu pour moi » assure ce dernier lorsqu’il a cherché le profil adéquat pour prendre la place de la magistrate Jacqueline de Guillenchmidt. Nicole Belloubet fait, pour le moment, l’unanimité.

Comme beaucoup d’élus du sud-ouest, Jean-Pierre Bel connait « Nicole » depuis son arrivée à Toulouse où elle devient rectrice de l’académie entre 2000 et 2005. Elle finit par claquer la porte de l’institution pour protester contre le manque de moyens et contre la ligne politique imposée alors par le gouvernement Raffarin. « C’est une démission qui ne manquait pas de panache » reconnait Jean-Pierre Bel, rapidement impressionné par « la rigueur » de cette forte personnalité. Elle le paiera par une traversée du désert de 3 ans : sa mutation à Toulouse lui est refusée, elle doit repartir enseigner à Evry. Ce qui ne l’empêchera pas de revenir, dès 2007, dans la ville rose. « Elle a du tempérament et du caractère. Un caractère bien trempé » s’amuse le sénateur UDI de Haute-Garonne Alain Chatillon qui l’a connu comme rectrice. Il vante une femme « efficace, carrée, intelligente et ouverte » qui ne tardera pas à prendre de nouvelles responsabilités.

Si elle reprend l’enseignement du droit, cette fois à l'Institut d'études politiques de Toulouse, elle décide aussi de se lancer dans le grand bain politique. Elle tente, en vain, de prendre la tête de la liste PS à Toulouse, pour les municipales de 2008. C’est finalement Pierre Cohen qui remporte la primaire puis le Capitole. Nicole Belloubet devient alors première adjointe chargée de la culture à Toulouse et entretient des relations parfois orageuses avec le premier édile. « Mais elle a laissé son empreinte à Toulouse » assure son ami, le sénateur PS de Haute-Garonne Claude Raynal.

 Dès 2010, sa carrière politique fait un nouveau bond et la voilà propulsée 1ère vice-présidente du Conseil régional de Midi-Pyrénées. Nicole Belloubet est une femme ambitieuse. « Elle sait où elle va » glisse Claude Raynal. « On n’arrive pas au Conseil constitutionnel par hasard. » C’est donc pour rejoindre les « Sages » qu’elle quitte finalement la région toulousaine. Elle y devient la 7ème femme à entrer dans l’un des palais les plus prisés et les plus prestigieux de la République. Pour l’en faire sortir, il fallait bien une mission de choix. Emmanuel Macron a visé juste et voici Nicole Belloubet installée place Vendôme pour une mission à haut risque : loi de moralisation politique, projet de loi sur la sécurité et le terrorisme, grogne d’un secteur judiciaire appauvri… « Je n’ai aucune inquiétude quant à sa réussite. Elle a une mission, elle va la remplir » promet Claude Raynal. Le soldat Belloubet peut compter sur ses capacités de négociation et sur sa fermeté. « Lors des discussions, elle est dans la bienveillance, l’empathie. Elle est très à l’écoute » souligne Jean-Pierre Bel. « Mais elle est ensuite très ferme dans ses choix. » Même tonalité chez Claude Raynal : « Elle est capable de changer son point de vue… à la marge » précise le sénateur. Souriante, Nicole Belloubet sait manier le chaud et le froid. « Elle peut être souple comme elle peut parfois être sèche » reconnait Jean-Pierre Bel. Les interlocuteurs sont prévenus.

Technicienne reconnue du droit, la ministre n’en est pas moins une véritable politique avec « des convictions de gauche, très ancrées dans son histoire » souligne Claude Raynal. « Elle a, à la fois, un  profil technique et une bonne connaissance du monde politique. C’est la juxtaposition des deux qui fait sa qualité. » Socialiste dans un gouvernement qui brouille les pistes politiques, encore une preuve de son « ouverture d’esprit » pour ses proches. « Elle n’est pas figée. Et puis, on ne lui demande pas de renier ses valeurs » souligne Jean-Pierre Bel. Ce dernier l’assure, personne n’est venu le sonder pour cette nomination. « Je ne m’y attendais pas, elle s’est imposée d’elle-même. » Désormais, Nicole Belloubet va devoir faire ses preuves et espérer que sa méthode puisse, elle aussi, s’imposer d’elle-même.

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