Le Sénat taxe les « prémix » à base de vin, le gouvernement met de l’eau dans son rhum
Les sénateurs ont voté une hausse des taxes sur les « prémix » à base de vin qui visent les adolescents, ainsi que sur les bonbons faisait référence à l’alcool. Sur la hausse des taxes sur le rhum en Outre-Mer, le gouvernement donne une année de plus pour permettre l’alignement sur la métropole, alors que le sujet est sensible.

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Les sénateurs ont voté une hausse des taxes sur les « prémix » à base de vin qui visent les adolescents, ainsi que sur les bonbons faisait référence à l’alcool. Sur la hausse des taxes sur le rhum en Outre-Mer, le gouvernement donne une année de plus pour permettre l’alignement sur la métropole, alors que le sujet est sensible.
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Le vin, oui. Mais le vin aromatisé et sucré, non. S’il n’est pour l’heure pas question d’augmenter le niveau des taxes sur le vin, extrêmement faible en France, les sénateurs ont adopté mercredi soir la hausse des taxes sur les « prémix » à base de vin, dans le cadre de l’examen du budget de la Sécurité sociale. Une mesure sur laquelle les députés pourront encore revenir.

Les sénateurs ont adopté un amendement de la sénatrice du groupe Union centriste Jocelyne Guidez visant ces boissons au nom évocateur comme « Rosé sucette ». La sénatrice de l’Essonne, ainsi que le sénateur du groupe PS, Bernard Jomier, qui a déposé un amendement similaire, dénoncent les industriels qui cherchent à capter les adolescents.

« Le cynisme des industriels est épouvantable »

« Les boissons mélangeant alcool fort et boisson non alcoolisée très sucrée telles que les premix, alcopops ou autres coolers masquent la dangerosité de l'alcool et leur forte teneur en sucre par un packaging festif, coloré et racoleur, particulièrement à l'égard des jeunes » souligne Jocelyne Guidez (voir la vidéo), qui ajoute :

« Le propriétaire de la marque Rosé Sucette a précisé que ces bouteilles, à moins de 3 euros sur linéaire, seront un tremplin permettant aux néophytes d'accéder aux vins plus classiques, notamment pour un public plutôt jeune et féminin ».

« Le cynisme des industriels est épouvantable ! Qu'on puisse appeler un produit "Rosé Sucette", il fallait oser ! » s’est indigné pour sa part Bernard Jomier (voir la seconde partie de la vidéo). Les « premix » du type Smirnoff ice avaient déjà été taxés en 2004. Mais les industriels ont profité d’une faille dans la législation qui ne touche pas les vins aromatisés.

La sénatrice Jocelyne Guidez et le sénateur Bernard Jomier défendent la taxation des « prémix » à base de vin
02:06

Les cidres aromatisés également visés

Le sénateur de Paris a défendu un amendement à la portée plus restreinte. « L'amendement de Mme Guidez englobe les cidres aromatisés, alors que je considère qu'il faut surtout cibler les vins aromatisés pour plus d'efficacité » estime Bernard Jomier. Seul l’amendement de la sénatrice centriste a finalement été voté, avec l’avis favorable de la commission.

Comme à l’Assemblée nationale, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’est en revanche opposée à cette nouvelle taxe. « Je ne peux qu'être d'accord sur l'objectif de ces amendements » a affirmé la ministre, mais ils « vont au-delà de l'objectif initial de la taxe en introduisant de nouveaux produits » regrette Agnès Buzyn. Devant les députés, elle avait regretté que le cidre soit concerné. Pour l’heure, il est urgent d’attendre selon la ministre : « Le gouvernement s'engage à rechercher des solutions, à améliorer l'arsenal fiscal. Mais nous ne sommes pas prêts ».

Bonbons Mojito ou Pina Colada

Les sénateurs ont également adopté un amendement de Bernard Jomier visant à taxer à hauteur de 5% des produits faisant référence à l’alcool, comme les bonbons Mojito ou Pina Colada. « Un marketing publicitaire à destination des 12-15 ans se développe, il vise à ce que des enfants fassent progressivement la transition du sucré vers l'alcool - c'est tout à fait inacceptable » pointe le sénateur de Paris.

Ici, Agnès Buzyn  entend aller plus loin que les sénateurs. Elle souhaite carrément interdire ces produits. « La taxation est-elle la solution la plus logique ? Je préférerais une interdiction pure et simple de ce type de produits qui laissent penser que l'alcool est sans danger. Nous y travaillons » a annoncé Agnès Buzyn, qui entend « introduire rapidement une mesure d'interdiction », pourquoi pas via « une proposition de loi ».

« Peut-être, qu’à la manière des gilets jaunes, vous avez une frayeur énorme des bidons rouges »

Quelques minutes avant, un sujet a occupé l’hémicycle, parfois de manière électrique : la hausse des taxes sur le rhum dans les départements d’Outre-Mer. Alors que les députés ont adopté un alignement progressif de ces taxes sur 5 ans au niveau de celles en vigueur en métropole, plusieurs sénateurs de Guadeloupe ou de Martinique ont défendu un alignement sur 10 ans, voire la suppression de la mesure.

Ces amendements n’ont pas été adoptés. En gage de bonne volonté, le gouvernement a mis un peu d’eau dans son rhum… Il a déposé un amendement, qui n’était pas prévu à l’origine, pour donner un an de plus, soit 6 ans, pour faire l’alignement des taxes, « en tenant compte à la fois des objectifs de santé publique et des nécessités d'adaptation du secteur ».

Catherine Conconne, sénatrice de la Martinique, a peu apprécié la position de la ministre. « Le rhum est exporté à 80 %. Les locaux n'en consomment que 8 % et on veut me faire croire qu’il y a un pays où tous les Martiniquais sont couchés sous les cocotiers et boivent du rhum toute la journée ! » a lancé la sénatrice.

« Qu’en est-il de la fiscalisation du vin ? Car il semble un être un produit indemne de toute pathologie, le champagne pareil » a-t-elle ironisé. « Le vin reste très faiblement taxé, comme la bière. Peut-être, qu’à la manière des gilets jaunes, vous avez une frayeur énorme des bidons rouges, qui pourraient surgir et venir protester ? On connaît le lobby de la viticulture. On sait qu’ils ont la dent dure. Et je les respecte. (…) Peut-être qu’on a peur de voir venir déverser des litres de vin rue du faubourg Saint-Honoré ou à Matignon ? Mais nous, tellement loin, aucun souci… Tous les arguments pour justifier cette hausse brutale (…) ne tiennent pas la route et font la preuve d’une méconnaissance chronique de nos territoires » s’est interrogé indigné Catherine Conconne (voir la vidéo ci-dessous). La sénatrice sait bien que les défenseurs du vin sont nombreux, au Parlement comme à l’Elysée, avec Emmanuel Macron lui-même (voir notre article).

Le coup de gueule de Catherine Conconne, sénatrice de la Martinique, contre la hausse des taxes sur le rhum en Outre-Mer
02:33

« Mme Conconne met en doute les chiffres que j'avance » a répondu la ministre, mais « je le confirme, en Outre-Mer, la consommation d'alcool fort est trois fois supérieure à la moyenne nationale ».

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