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Crédit : Michel Euler/AP/SIPA

Marine Le Pen / Jordan Bardella : « L’idée d’un ticket a convaincu tout le monde, chacun pallie les éventuels défauts de l’autre dans la perception des Français », selon le sénateur RN Christopher Szczurek

Désormais candidate pour la présidentielle, Marine Le Pen entend mener campagne aux côtés de Jordan Bardella, « plan B » du RN qui sera son premier ministre, en cas d’élection. Mais seront-ils réellement complémentaires ? Ou entre les différences de fonds et l’ambition, une rivalité peut-elle naître ? Au RN, on assure qu’« ils forment un très bon duo ».
François Vignal

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Finalement, ce sera elle… et un peu lui. Malgré sa condamnation pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen s’est officiellement déclaré candidate. Son pourvoi en cassation, rendant sa peine suspensive, lui permet de se passer de bracelet électronique pour mener campagne librement. Mais pas seule. C’est avec sa doublure de luxe, Jordan Bardella, que la leader du RN compte faire campagne. « Un binôme complémentaire, équilibré et solide », défend Marine Le Pen, qui parle même de « couple politique ». « C’est ensemble que nous irons convaincre les Français », assure la députée, qui entend faire du président du parti son futur premier ministre, en cas d’élection.

Couple de façade ?

La preuve dès ce mercredi matin. Marine Le Pen et Jordan Bardella sont arrivés sur un marché de La Flèche, dans la Sarthe, mairie remportée en mars par le RN. « C’est le signal que nous entrons tous les deux pour cette campagne présidentielle », a lancé Marine Le Pen devant les micros, entre deux bains de foule. A ses côtés, Jordan Bardella s’est dit « très content d’entrer en campagne avec Marine ». « Je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs », assure-t-il. « Nous allons continuer à travailler main dans la main comme nous l’avons toujours fait », assure celui qui serait aujourd’hui candidat, si Marine Le Pen avait été judiciairement empêchée.

Mais s’agit-il d’un couple politique, à la vie, à la mort ? Ou d’un couple de façade, qui cacherait en réalité des différences ? Sur la retraite, Jordan Bardella avait affirmé fin mai sur LCI que « l’âge de départ ne veut rien dire », quand Marine Le Pen veut ramener l’âge de départ à 62 ans. Sur le plan économique, lui s’est montré davantage à l’écoute des milieux économiques, notamment les patrons du CAC 40. Le député européen prône aussi volontiers l’union des droites, c’est-à-dire de la droite républicaine classique et de l’extrême droite, quand Marine Le Pen veut le RN ni de droite, ni de gauche.

« Ça va fonctionner car ça fonctionne depuis 2019 »

Mais au RN, on assure qu’il n’y aura pas de friture sur la ligne, au sein de ce duo. « C’est une première dans l’histoire politique de notre pays, qu’un ticket soit proposé aux Français », se félicite ce matin sur France Info le vice-président du RN, Sébastien Chenu, qui souligne la « transparence » de connaître à l’avance « qui sera le premier ministre ».

« Ça va fonctionner car ça fonctionne depuis 2019. C’est un duo, un couple politique depuis 2022 », remarque le sénateur RN Joshua Hochart, qui assure qu’« il n’y a pas eu de prise de tête entre les deux, de différence de ligne notable. Même si certains essaient d’en trouver ». « Au moment où la plupart des autres forces politiques ont un mal fou à avoir une incarnation, nous, on a la chance d’en avoir deux. Je ne suis pas sûr que ça constitue une rivalité, au contraire », ajoute Christopher Szczurek, sénateur RN du Pas-de-Calais, qui connaît bien Marine Le Pen. « L’idée d’un ticket a convaincu tout le monde. Chacun pallie les éventuels défauts de l’autre dans la perception des Français, c’est pour ça qu’ils sont complémentaires », ajoute le sénateur RN du Pas-de-Calais. « Si on devait supposer que l’un ait des lacunes, l’autre finalement compenserait par ses propres qualités », insiste Christopher Szczurek, selon qui « les gens ont une admiration pour Jordan Bardella, son talent naturel, et beaucoup d’affection pour Marine Le Pen ».

« Il y a des micro-sensibilités »

Quant au sujet des retraites, « c’est la réforme du RN qui s’appliquera » assure Joshua Hochart, écartant tout débat. « Il y a des micro-sensibilités. Mais quand je vois les affrontements entre lignes adverses, chez les autres formations, chez nous, ce sont des micro-différences infimes », minimise Christopher Szczurek, qui ajoute que le RN ne connaît pas les frondeurs. « On est le parti le plus légitimiste. Même quand chacun fait valoir sa différence, quand une décision est prise, tout le monde s’y range », souligne le sénateur RN. Sur leur rapport aux entreprises, « ils sont en complément. C’est pour ça qu’ils forment un très bon duo », assure là encore Joshua Hochard, qui salue les rencontres de l’eurodéputé avec des patrons : « Jordan Bardella s’est beaucoup plus essayé à l’exercice, avec un grand succès ».

Reste à voir si l’épisode laisserait des traces chez Jordan Bardella, alors qu’il aurait pu être candidat, nourrissant une forme d’amertume. « Je ne pense pas que Jordan soit déçu. Il n’y a pas de problème. C’était le plan B du RN. Ce n’est pas péjoratif, mais c’était en cas d’impossibilité de Marine Le Pen de se présenter. Elle peut se présenter, Jordan Bardella sera son premier ministre en cas d’élection. C’est le scénario prévu depuis le début », balaie Joshua Hochard.

« On est parfois tributaires de ces petites guéguerres de lieutenants »

Reste la question de la com’. Entre Marine Le Pen, éleveuse de chats qui est toujours restée discrète sur sa vie personnelle, et Jordan Bardella et sa nouvelle compagne, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, les deux têtes du RN ne renvoient pas la même image. Sans parler de la polémique sur la présence du président du RN au grand prix de Monaco, pendant les marches blanches pour Lyanna, suivi d’une virée en boîte, où la table serait à 25.000 euros, selon Le Carnard Enchaîné. « Il a juste bu un verre dans le bar », minimise un membre du RN. Quant à sa relation, « on ne peut quand même pas avoir un mépris de classe inversé, reprocher à Jordan Bardella de qui il tombe amoureux. Il n’y a qu’à gauche où on choisit les gens en fonction de leur milieu social », rétorque un parlementaire RN.

Si tout semble aller pour le moment entre les deux figures du RN, les questionnements viendront en revanche peut-être des entourages. « Qu’il y ait des gens qui essaient d’influencer l’une et l’autre, car ils y ont intérêt par courtisanerie, ou opposition idéologique, ça a toujours existé. On est parfois tributaires de ces petites guéguerres de lieutenants », confirme un élu du RN, qui assure que « Jordan Bardella ne veut pas incarner une forme de contrepouvoir à Marine. Il n’est pas du tout dans cet état d’esprit là ».

« Marine Le Pen bétonne le socle » et « Jordan Bardella parvient à élargir », souligne Benjamin Morel

Un duo bénéfique pour l’heure alors ? Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas et observateur de la vie politique, a la même analyse. « Pour l’instant, ils sont plutôt très complémentaires. Parce qu’en gros, elle bétonne le socle, elle a la capacité d’être audible auprès de son socle, qui l’aime. Il y a un côté maman. Ils la connaissent depuis toute petite. Ils l’ont vu souffrir avec son père. Il y a quelque chose qui s’est construit de manière profonde avec ses électeurs », pense le professeur de droit.

« Et Jordan Bardella parvient à élargir. Il parle à la droite plus classique, aux électeurs bourgeois, l’électorat Retailleau ou Zemmour et aux milieux entrepreneuriaux », ajoute le constitutionnaliste. A l’inverse, si le président du RN avait été candidat, « il y aurait eu un risque de fissure dans le socle ». Benjamin Morel ajoute :

 Si vous voulez être un parti attrape-tout, parler aux classes populaires et aux milieux entrepreneuriaux, avoir deux têtes, c’est plutôt un atout. 

Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas.

« Jordan Bardella est à la tête du parti, mais c’est Marine Le Pen qui tient la maison »

Reste que cette capacité à parler largement pourrait, en cas d’accession au pouvoir, jouer des tours au Rassemblement national, si les nuances se transformer en désaccord. « Ça devient un problème, une fois au pouvoir, quand il faut mener une politique », soutient le professeur de droit, « mais dans le temps de la campagne, avoir une double incarnation, est-ce vraiment un problème ? Je ne pense pas ».

Et si d’aventure des dissensions arrivaient et devenaient trop apparentes, le couperet pourrait tomber. « Si quelqu’un n’est pas dans la ligne, il est purgé au RN. On n’est pas au PS, pour savoir si on vote sur le vote, et si le TO Bardella fera alliance avec le TO Tanguy contre le TO Chenu. Dans la culture politique du RN, soit ça suit, soit non. Et derrière, on compte les morts. C’est Mégret et Philippot », rappelle Benjamin Morel. La séquence « rappelle aussi que c’est Marine Le Pen la patronne. Ça rappelle qui prend les décisions. Jordan Bardella est à la tête du parti, mais c’est elle qui tient la maison ».

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