« Macron a une communication très bipolaire, c’est un peu docteur Macron et Mister Manu »
Emmanuel Macron passe la semaine dans l’Est et le Nord dans le cadre de la commémoration du centenaire de la guerre 14-18. « Il s’inscrit dans une histoire de la grandeur, du héros, du sacrifice » note l’historien Jean Garrigues. « C’est un Président qui est en campagne, littéralement » selon le communicant Philippe Moreau Chevrolet, qui estime qu’il doit « encore décider quel personnage public jouer ».

« Macron a une communication très bipolaire, c’est un peu docteur Macron et Mister Manu »

Emmanuel Macron passe la semaine dans l’Est et le Nord dans le cadre de la commémoration du centenaire de la guerre 14-18. « Il s’inscrit dans une histoire de la grandeur, du héros, du sacrifice » note l’historien Jean Garrigues. « C’est un Président qui est en campagne, littéralement » selon le communicant Philippe Moreau Chevrolet, qui estime qu’il doit « encore décider quel personnage public jouer ».
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a quitté l’Elysée. Que les soutiens du chef de l’Etat se rassurent, c’est uniquement pour la semaine. Le président de la République a commencé dimanche son « itinérance mémorielle », comme l’appelle l’exécutif, sur fond de commémoration de la fin de la Grande guerre. Un déplacement hors des proportions habituelles : du Bas-Rhin au Pas-de-Calais, en passant par la Moselle et l’Aisne, la caravane élyséenne traverse onze départements du Grand Est et du Nord, durant sept jours (voir le sujet vidéo de Jordan Klein). L’occasion de multiplier les hommages aux soldats de 14-18, tout en défendant sa politique. Une semaine dense, clôturée à Paris par un 11 novembre très international, suivi d’un déjeuner à l’Elysée en présence notamment de Donald Trump et de Vladimir Poutine.

« Passage obligé » des commémorations du centenaire

Ce type de commémoration « est un passage obligé » note l’historien Jean Garrigues, professeur à l'Université d'Orléans et à Sciences Po. Mais avec cette particularité d’un déplacement d’une semaine. « Il était presque inévitable que la commémoration du centenaire prenne une dimension inhabituelle, avec un rituel commémoratif qui met beaucoup plus en lumière le rapprochement entre les peuples plutôt que la commémoration du conflit » souligne l’historien. « Il y a une valeur pédagogique, politique et symbolique. Ce sont des moments de remémoration de notre histoire », ajoute-t-il. La portée symbolique de ce type de déplacement n’a pas échappé au chef de l’Etat. « Emmanuel Macron est un Président qui s’inscrit dans une histoire de la grandeur, du héros, du sacrifice » note Jean Garrigues.

A la peine dans les sondages, Emmanuel Macron fait aussi de ce déplacement un outil de sa reconquête. « Ce qui est plus original, c’est la fameuse itinérance. Il y a des points de passage obligés, comme Verdun, mais le type de lieux choisis vise à rapprocher les commémorations des populations. C’est une commémoration qui cherche plus l’horizontalité que la verticalité. Il y a une volonté de se rapprocher du terrain en commémorant le sacrifice et le deuil des combattants et des populations civiles » selon Jean Garrigues, « c’est lié à sa stratégie de reconquête des Français ». Des territoires que le XXe siècle a mis à mal. Les lieux choisis mêlent « sinistre militaire et sinistre économique. Ce sont des régions doublement dévastées par les conflits et la crise économique » note Jean Garrigues. Autre utilité de l’itinérance : « Les commémorations sont des moments qui visent à rassembler la Nation » rappelle l’historien. Et à taire les polémiques.

« Ces déplacements peuvent aider Emmanuel Macron à résoudre cette schizophrénie de la communication »

Philippe Moreau Chevrolet, communicant et dirigeant de MCBG Conseil, va plus loin. « C’est un Président qui est en campagne, littéralement » estime-t-il. « Nicolas Sarkozy avait eu le même type de stratégie. Quand la popularité est vraiment très basse, on organise une tournée provinciale. Il part à la reconquête des territoires en allant sur place et en essayant de se reconnecter avec le pays. C’est plutôt une bonne idée dans son cas, alors que les Français lui reprochent un côté parisien et élitiste » salue le communicant.

Si lundi, les Français ont été tenus à distance du déplacement, reste qu’aller sur le terrain n’est pas sans risque pour Emmanuel Macron. Ces derniers mois, les rencontres aux contacts des Français se sont plusieurs fois retournées contre lui, après des propos au style direct, souvent peu appréciés.

Selon Philippe Moreau-Chevrolet, Emmanuel Macron doit clarifier sa communication et choisir qui il est, ou plutôt l’image qu’il veut renvoyer. « Il y a une communication très bipolaire. C’est un peu docteur Macron et Mister Manu. Il peut avoir un langage extrêmement châtié avec de grandes références littéraires et un côté gendre idéal, très propre sur lui. Et lors des déplacements, il peut se comporter comme un Nicolas Sarkozy, répondre aux gens au tac au tac, totalement sans filtre, de manière brutale voire vulgaire. Les deux images sont difficiles à concilier », selon le communicant. Il ajoute : « Cette schizophrénie de la communication, Emmanuel Macron doit la résoudre. Ces déplacements peuvent l’aider ».

« Le choix, c’est d’être Drucker ou Hanouna »

Pour régler ce problème d’identité, le chef de l’Etat et ses équipes doivent encore choisir quel visage montrer. « Il peut devenir Margaret Thatcher, "je suis cassant, je mène une politique de droite et j’assume". Mais ça peut être aussi "j’ai eu tort de m’énerver" » affirme Philippe Moreau-Chevrolet, qui résume ainsi l’alternative : « Le choix c’est d’être Drucker ou Hanouna. Hollande ou Thatcher ». Autrement dit, se montrer plus rond, sympathique, humain et fédérateur, au risque d’être trop lisse et de ne pas imprimer. Ou bien être clivant, tranchant, provocateur et assumer des réformes clairement identifiées, au prix d’une impopularité qui pourra lui coûter cher à la fin du quinquennat.

Emmanuel Macron peut toujours s’inspirer de ses prédécesseurs. Jacques Chirac avait une image qu’il a construite » rappelle Philippe Moreau-Chevrolet :

« Au début, Chirac était hyper cassant et fumait des cigarettes à la chaîne, portait un costume italien très cher. Le Chirac élu avait un costume un peu trop large, parlait plus lentement, mangeait de la tête de veau, buvait de la Corona et déconnait avec tout le monde. Emmanuel Macron n’a pas encore décidé quel personnage public jouer. C’est un prototype qu’on voit se tester devant nous ».

« L’impact de ce type de séquence mémorielle est de toute manière restreint »

Après l’été et la rentrée calamiteuse du chef de l’Etat, les derniers signes plaident pour un profil plus apaisant. Les Français ont besoin d’être rassurés, de savoir qui est Emmanuel Macron et où il les emmène. Après l’arrogance, le Président cherche à afficher une forme d’humilité. Il a reconnu une « erreur » en qualifiant les Français de « Gaulois réfractaires ». Dans son allocution après le remaniement, il a assuré avoir entendu « les critiques », reconnaissant que « son parler vrai avait pu choquer ».

Ce déplacement d’une semaine permettrait, comme le souligne Jean Garrigues, de « prendre à contre-pied l’image de rupture avec les territoires », autre faiblesse du chef de l’Etat, via « une politique d’empathie, de compassion et de soutien à ceux qui souffrent. On voit la volonté d’infléchir le type de présidentialité ». Pour réellement porter ce message, encore faudrait-il qu’Emmanuel Macron « accompagne cela de mesures plus sociales, d’aide aux plus défavorisés ». L’historien minimise cependant l’utilité politique du déplacement : « Il est possible qu’il y ait un correctif à la marge, grâce à une dimension compassionnelle, mais l’impact de ce type de séquence mémorielle est de toute manière restreint ». A la différence d’une baisse du chômage, qui pour le moment n’est pas d’actualité.

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le