Retour du confinement : « Il faut pouvoir en discuter en amont avec les élus locaux »
Les sénateurs partagent l’idée du président de la région Grand Est, Jean Rottner, qui demande au gouvernement une concertation avec les élus locaux, en cas de nouveau confinement. Le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse propose lui de faire appel à l’administration municipale pour aider la Sécu à « identifier les cas contacts ».

Retour du confinement : « Il faut pouvoir en discuter en amont avec les élus locaux »

Les sénateurs partagent l’idée du président de la région Grand Est, Jean Rottner, qui demande au gouvernement une concertation avec les élus locaux, en cas de nouveau confinement. Le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse propose lui de faire appel à l’administration municipale pour aider la Sécu à « identifier les cas contacts ».
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On voit le mur, droit devant nous, et il se rapproche dangereusement. Face aux chiffres véritablement mauvais de l’épidémie de Covid-19 en France – 52.000 nouveaux cas détectés dimanche, record battu pour le quatrième jour de suite – l’idée d’un nouveau confinement pour les zones les plus touchées fait son retour. Pourtant, l’exécutif assurait il y a quelques semaines vouloir tout faire pour éviter cette mesure extrême. Mais aujourd’hui, le virus prend le dessus.

L’exécutif va décider dans les jours – les heures même - à venir. Le temps de voir si le couvre-feu instauré a commencé à avoir un effet. Il faut au moins 10 jours pour constater un éventuel recul, en raison du décalage entre les contaminations réelles et leurs prises en compte dans les statistiques.

Nouveau Conseil de défense et réunion avec les responsables politiques à Matignon

Mais les choses s’accélèrent. Dès ce mardi matin, Emmanuel Macron réunira un Conseil de défense consacré au Covid-19. Le premier ministre Jean Castex recevra ensuite en fin d’après-midi les présidents des deux chambres, les présidents de groupes, les chefs de partis et les associations d'élus, avant les partenaires sociaux. Le chef de l'Etat réunira ensuite, mercredi matin, un nouveau Conseil de défense.

Une volonté affichée de consulter… qui risque de se limiter, une fois encore, à une forme d’affichage. Lors des dernières rencontres avec les responsables politiques, l’exécutif était resté vague, réservant ses annonces aux médias et la télévision.

Préparer un « reconfinement adapté » aux situations locales

Un élu n’a plus de doute sur la suite des événements. C’est Jean Rottner, président LR de la région Grand Est. Dans un tweet, dimanche soir, il a dit avoir « la certitude que nous allons vers un confinement » mais « différent du premier ». Si des reconfinements locaux devaient arriver, Jean Rottner demande au gouvernement de prendre les devants cette fois. Plutôt qu’une décision qui vient d’en haut et annoncée 48 heures avant, il appelle l’exécutif à ouvrir une réelle « concertation » avec les élus locaux et les corps intermédiaires pour préparer un « reconfinement adapté » aux situations locales.

Interrogé ensuite sur France Info, le président du Grand Est, territoire fortement impacté par la première vague, pense évidemment aux zones où l'« on a plus de 1.000 cas positifs pour 100.000 habitants », soit un niveau d’incidence extrêmement élevé. Plutôt qu’un confinement total, l’élu imagine plutôt des mesures plus strictes qu’actuellement, afin de préserver « une certaine forme d'activité économique » : davantage de télétravail, horaires décalés, transports adaptés, fermetures de certains magasins, etc.

« C’est la moindre des choses »

L’idée d’une consultation, en toute transparence, avec les élus locaux est évidemment bien reçue par les sénateurs. « Bien évidemment, il faut pouvoir en discuter en amont avec les élus locaux, c’est la moindre des choses » selon Cécile Cukierman, sénatrice PCF de la Loire. Dans son département, Saint-Etienne est particulièrement touché, avec un taux d’incidence qui dépasse maintenant les 1.000.

« Toute la finesse, dans les mesures, ne pourra se faire que si l’ensemble des acteurs locaux est concerné » juge la sénatrice communiste. Elle souhaiterait cependant « qu’on laisse les 15 jours, que le corps scientifique juge nécessaire, pour vraiment évaluer l’effet » du couvre-feu. Cécile Cukierman rappelle par ailleurs que « nous vivons une situation de pénurie de médecins, de lits d’hôpitaux, que nous dénonçons depuis de nombreuses années ».

« On a une grande faille dans le dispositif de gestion de l’état d’urgence sanitaire »

650 kilomètres plus au nord, même virus et même chiffres alarmants. A Roubaix et Tourcoing, dans l’agglomération lilloise, on dépasse aussi un taux d’incidence de 1.000, selon les chiffres publiés par commune par Santé Publique France. « Je suis tout à fait favorable à l’idée de Jean Rottner. Je pense qu’on a perdu plusieurs semaines justement car on a eu une politique, à l’agonie d’ailleurs, qui va du haut vers le bas et ne tenait pas compte des réalités locales suffisamment » réagit Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord.

Pour l’ancien ministre, « on a une grande faille dans le dispositif de gestion de l’état d’urgence sanitaire : on n’a pas du tout associé l’administration des collectivités territoriales, c’est-à-dire les régions, les départements et les communes, alors qu’on pourrait mieux isoler les cas de Covid. Les communes et leurs fonctionnaires, aujourd’hui, sont en sous-activité, car elles n’organisent plus d’événements. Il y a moins de personnes qui se présentent à l’état civil. On pourrait utiliser l’administration municipale pour avoir un état des lieux beaucoup plus précis de la réalité des personnes contaminées. Vous avez aussi, dans les communes et départements, des administrations spécialisées dans le social, et notamment les Ehpad. Elles pourraient s’occuper de recenser ce qui s’y passe ».

Pour Marc-Philippe Daubresse, cette idée serait un moyen de venir en aide à la Sécu, dont le contact tracing mis en place depuis le déconfinement est maintenant sous l’eau :

Pourquoi on n’utiliserait pas l’administration communale pour identifier les cas contacts, quartier par quartier ? Car l’Assurance maladie est une lourde machine qui ne sait pas bien faire ça.

« Là, on va subir beaucoup de choses car on n’aura pas anticipé grand-chose… »

Dans l’est du pays, l’Alsace n’est aujourd’hui plus l’un des territoires les plus touchés, comme lors de la première vague. Le niveau de contamination n’en reste pas moins élevé. Le taux d’incidence est de 466 dans la métropole de Strasbourg. Il dépasse celui de la métropole du Grand Paris, avec 444. « Si on doit y aller, il faut adapter localement le confinement » confirme le sénateur UDI (groupe Union centriste) du Bas-Rhin. Dans son département, la situation peut commencer à être mal vécue dans les zones rurales :

Le Bas-Rhin est mis en couvre-feu. On sait très bien que le principal problème se situe dans l’agglomération strasbourgeoise. Aujourd’hui, les maires des petites communes se sentent un peu malmenés car malgré ce qui a été dit, il n’y a eu aucune concertation avant.

« Il y a une commune dans le Bas-Rhin qui est touchée, car il y a eu des dérives. C’est Drusenheim (où le taux d’incidence dépasse les 1000, ndlr). Il y a eu une fête de foot. Les gestes barrières n’ont pas été respectés. Résultat, il y a eu un cluster » raconte Claude Kern. Selon le sénateur centriste, « il faut donner plus de pouvoir au maire. Il aurait pu intervenir ».

Au-delà de la question de la concertation, c’est celle du timing qui se pose aussi. « Tout ça aurait dû être fait il y a plusieurs semaines » selon Marc-Philippe Daubresse, « là, on va subir beaucoup de choses car on n’aura pas anticipé grand-chose… »

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