Réunion de travail entre Macron et les maires de Guyane : « Notre communiqué a servi à quelque chose »
Alors qu’Emmanuel Macron entame un déplacement de trois jours en Guyane, sur place, la tension est à son comble. Société civile et élus locaux demandent des réponses concrètes aux multiples difficultés qu’ils rencontrent. Les maires sont finalement conviés à une réunion de travail avec le chef de l'État ce jeudi, comme ils le demandaient.

Réunion de travail entre Macron et les maires de Guyane : « Notre communiqué a servi à quelque chose »

Alors qu’Emmanuel Macron entame un déplacement de trois jours en Guyane, sur place, la tension est à son comble. Société civile et élus locaux demandent des réponses concrètes aux multiples difficultés qu’ils rencontrent. Les maires sont finalement conviés à une réunion de travail avec le chef de l'État ce jeudi, comme ils le demandaient.
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 24 Heures avant l’arrivée  d’Emmanuel Macron, l’Association des Maires de Guyane (AMG) avait prévenu par voie de communiqué. Ils n’accueilleront pas le chef de l’État à sa descente d’avion et ne participeront pas au dîner républicain prévu jeudi soir. La raison ? L’absence d'une rencontre formelle entre le Président et tous les élus guyanais à l’agenda du voyage officiel. Une rencontre, qui selon David Riché, président de l’Association des maires de Guyane (AMG), aurait été l’occasion de répondre aux véritables  attentes des Guyanais. Comme le suivi de l’Accord de Guyane, signé par le précédent gouvernement après cinq semaines de mouvement social, et qu’Emmanuel Macron s’est engagé à respecter. Le 21 avril dernier, le mouvement, porté par le collectif Pou Lagwiyann dékolé (« Pour que la Guyane décolle ») a débouché sur un plan d'urgence de 1,08 milliard d'euros. Le gouvernement de Bernard Cazeneuve avait également pris acte d'une demande de 2,1 milliards d'euros de mesures supplémentaires formulée par le collectif Pou Lagwiyann dékolé.

« Nous ne voulons pas de cocktail. Nous voulons une réunion »

Ce qui crispe et déçoit élus et société civile, c’est bien l’agenda de ce déplacement. Accompagné du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker,  le chef de l’État participera à la 22e Conférence des régions ultrapériphériques, se rendra à Kourou, visiter  le chantier du pas de tir d’Ariane VI et prononcera, samedi, un discours devant les Assises des Outre-mer. « Il ne nous accorde même pas une heure pour discuter de nos sujets, des sujets vitaux pour les Guyanais. Il vient avec les siens » regrette David Riché président de l’AMG qui regroupe les maires des 22 communes de Guyane. Contacté par publicsenat.fr, David Riché indique que depuis la publication du communiqué, les maires ont été conviés à un cocktail dînatoire vendredi soir. « Nous ne voulons pas de cocktail ou de dîner. Nous voulons une réunion » persiste-il. Vers 17H, heure métropolitaine, les maires de Guyane ont finalement été conviés à « une réunion de travail » avant le dîner républicain prévu ce jeudi. « Notre communiqué a servi à quelque chose. Ce que nous avons demandé, nous l’avons obtenu » se félicite David Riché qui indique à publicsenat.fr que la réunion avec le chef de l’État durera « environ une heure ».

Avec 254.000 habitants, la Guyane  cumule difficultés et retards : immigration clandestine massive venant du Brésil, du Suriname ou d'Haïti, insécurité croissante, communes enclavées, services de santé défaillants, système scolaire inadapté, taux de chômage très élevé (23%).

Macron et « l’île » de Guyane

Face à l’amoncellement de ces difficultés, le territoire avait été paralysé pendant des semaines au printemps dernier. À l’époque, la campagne présidentielle battait son plein, et le candidat En Marche s’était fait  remarquer par une bourde. Interrogé sur  le mouvement social, Emmanuel Macron qualifiait la Guyane « d’île », l’obligeant à se justifier par la suite. Il parlait en fait de « l’île de Cayenne ».

Une fiche sanitaire  qui « a fait beaucoup de bruit »

Il y a quelques jours, une nouvelle polémique a pollué les préparatifs de la visite du chef de l’État. Une note de l’Élysée  adressée aux journalistes qui suivent le déplacement présidentiel fuite sur les réseaux sociaux.  Des conseils sanitaires y étaient préconisés comme ne pas boire « l'eau du robinet, ni de glaçons, « ne pas manger des légumes crus, des poissons, de viandes insuffisamment cuites »,  « d'éviter tout contact avec les animaux », de prendre garde à l’épidémie de virus ZIKA », pourtant disparu depuis plus d’un an et d’utiliser des préservatifs. Des « conseils » qui avaient provoqué l’indignation des deux sénateurs guyanais du groupe LREM (voir notre article). « Cette fiche sanitaire a fait beaucoup de bruit » reconnaît Antoine Karam, sénateur de Guyane et membre du groupe LREM, qui regrette également que la visite d’Emmanuel Macron « place la Guyane sous le feu des projecteurs en la présentant comme un territoire criminogène ». « Son déplacement est à double tranchant. Il va devoir apporter des réponses aux Guyanais et aux élus de proximité. Je le rencontrerai à son arrivée à Maripasoula (au sud ouest de la frontière fluviale du Suriname, région soumise à une très forte pression migratoire) et c’est le message que je lui ferai passer » explique le sénateur.

Accord de Guyane : « Le chef de l’État va devoir fixer un calendrier précis »

Georges Patient, également sénateur de Guyane et membre du groupe LREM est dans le même état d’esprit. « J’ai prévenu le Président que s’il n’y avait pas au moins une rencontre formelle avec les signataires de l’Accord de Guyane, son déplacement allait être difficile. Ici, la situation est très tendue. Une manifestation et une journée ‘portes fermées’ sont prévues vendredi à l’appel des 500 frères (un collectif cagoulé qui s’est créé pour protester contre les violences et l’insécurité). J’ai bien conscience que les milliards de l’Accord de la Guyane ne vont pas être débloqués dans l’immédiat, mais le chef de l’État va devoir fixer un calendrier précis » explique Georges Patient.

C’est le deuxième voyage en moins d’un an effectué par Emmanuel Macron en Guyane. En décembre, le candidat En Marche s’était posé en rupture avec les autres responsables politiques habitués « à faire des promesses qui ne sont pas suivies d’effets ». « Je ne suis pas le père Noël » avait-il affirmé.

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