Sénatoriales : Le PS secoué par des dissensions locales en Seine-Saint-Denis
La liste du socialiste Gilbert Roger, sénateur sortant, affrontera une liste dissidente déposée par une adjointe au maire de Bondy, Aïssata Seck, qui plaide pour le « renouvellement ». Récit d’un début de campagne agité, où le ton monte.

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La liste du socialiste Gilbert Roger, sénateur sortant, affrontera une liste dissidente déposée par une adjointe au maire de Bondy, Aïssata Seck, qui plaide pour le « renouvellement ». Récit d’un début de campagne agité, où le ton monte.
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Le séisme des scrutins du printemps dernier pour le PS continue de provoquer des répliques localement, comme en Seine-Saint-Denis. Avec le dépôt d’une liste dissidente le 8 septembre, c’est peu dire que le parti, qui a perdu l’intégralité de ses neuf députés en juin dans ce département, n’aborde pas les sénatoriales dans des conditions optimales. D’autant que la droite, qui avait réalisé une percée en Seine-Saint-Denis lors des municipales de 2014, peut compter sur bien plus de grands électeurs que lors de la dernière sénatoriale de 2011.

Le sénateur socialiste sortant Gilbert Roger (63 ans), ancien maire de Bondy durant 16 ans, conduit une liste d’union de la gauche – « une Seine-Saint-Denis solidaire et écologiste » – avec en deuxième position, l’écologiste Anne Déo, fruit d’un accord récent avec Europe Écologie-Les Verts.

Mais une autre liste composée d’élus socialistes a également été déposée (« Avançons ensemble pour la Seine-Saint-Denis »), avec en tête Aïssata Seck (36 ans), adjointe à la maire de Bondy et porte-parole de Benoît Hamon à la présidentielle, après avoir soutenu Arnaud Montebourg au premier tour de la primaire. Quatre candidats de sa liste ont d’ailleurs exprimé sur les réseaux sociaux leur soutien à Benoît Hamon pendant la campagne.

« Certains ont oublié de jouer collectivement »

Une liste de dernière minute qui a surpris Gilbert Roger. « On l’a découverte le soir de la clôture des candidatures en préfecture [le 8 septembre] », raconte-t-il à PublicSenat.fr. « La liste a été faite en novembre. Il y a eu des débats et des appels à candidature. Tout militant pouvait déposer sa candidature, je l’ai fait moi-même, je n’ai pas eu de passe-droit. Jamais, ni de près ni de loin, cette dame n’a déposé sa candidature auprès des instances fédérales », signale Gilbert Roger. « C’est anormal, cela montre qu’il faut se reprendre un peu sur les pratiques. Il y a des jeunes et des moins jeunes qui ont oublié de jouer collectivement ».

La principale concernée parle au contraire d’une « démarche mûrement réfléchie ». « On est plusieurs personnes à avoir fait le constat que le contexte politique avait changé », nous répond Aïssata Seck. « On a essayé d’alerter en interne sur ces questions, on disait qu’il fallait une liste de renouvellement, une nouvelle offre politique ancrée à gauche, constructive. Ça n’a pas été entendu. Ils sont sur des maintiens de places. »

« Cette bataille Hamon-Valls a laissé des traces partout»

L’élue de Bondy affirme également en avoir discuté avec la direction collégiale temporaire de Solférino. « Ils comprennent la démarche de renouvellement, mais pour eux c’était compliqué de faire bouger les lignes au niveau du département ».

Gilbert Roger cherche à relativiser la démarche cette liste. « On retrouve cela dans pas mal de départements. Cette bataille Hamon-Valls a laissé des traces partout, pas uniquement en Seine-Saint-Denis. »

Pour autant, il ne croit pas que cette deuxième liste soit une manœuvre de Benoît Hamon ou de ses proches. « Je le connais suffisamment, il ne s’est pas du tout mêlé de cette affaire ».

Sur le point de recevoir un courrier d’exclusion, Aïssata Seck dément les insinuations au sein de la fédération d’un pilotage par les hamonistes. « Ces gens-là pensent qu’une jeune femme noire de Seine-Saint-Denis ne peut pas avoir eu l'idée de cette liste, cela veut dire qu’il existe des personnes comme moi qui ne peuvent pas réfléchir par elles-mêmes », s’insurge-t-elle.

Liste « un peu communautariste »

La composition des deux listes a également donné lieu à de vifs débats. Après avoir jugé dans Le Monde que la liste de sa concurrente était « un peu communautariste », Gilbert Roger s’en prend à nouveau au pourquoi de la liste dissidente.

« On ne peut pas avoir des gens qui essayent de se présenter comme étant représentatifs de la Seine-Saint-Denis, comme si ceux sur ma liste ne l’étaient pas », dénonce-t-il. « S’il faut maintenant essayer de donner sa couleur de peau et son origine ethnique pour se présenter, ça devient gravissime dans la République telle qu’elle est », poursuit-il.

Liste « un peu communautariste » : la déclaration ne passe pas du tout auprès d’Aïssata Seck. « Avant de nous voir comme des citoyens français, nous sommes vus comme des gens de couleur. Je regrette cette phrase, je trouve cela dommage. Je trouve que ça leur porte plus préjudice qu’autre chose ».

Sur les réseaux sociaux, les règlements de comptes ont débuté. Ce jeudi, le compte Twitter de la fédération socialiste de Seine-Saint-Denis exhume d’anciennes déclarations attribuées au compte Facebook de Marion Jobert, numéro 3 sur la liste d’Aïssata Seck. « La Fédération s’étonne que les colistiers de Mme Jobert […] puissent tolérer la tenue de certains propos publics assimilant les socialistes à des « fascistes » et des « raclures » ».

Le cas « inadmissible » d’Évelyne Yonnet

« Je dénonce ces méthodes. Ce faisant, ils montrent plus leur fébrilité qu’autre chose », critique Aïssata Seck, qui riposte en rappelant l’éviction de la sénatrice socialiste sortante Évelyne Yonnet, au profit de l’écologiste Anne Déo sur la liste de Gilbert Roger. « Elle n’a pas été mise au courant, c’est inadmissible, beaucoup de personnes sont choquées », affirme Aïssata Seck.

Gilbert Roger craint justement que la présence de cette liste concurrente n’affaiblisse les chances de la gauche. « Cette liste n’a comme objet que celui de nous faire perdre. Si on ne gagne pas le deuxième siège, cela va être soit au profit de la droite, soit d’En Marche. »

Un cas de figure qui pourrait ébranler les équilibres politiques locaux. Si Anne Déo, numéro 2 sur la liste d’union de la gauche, n’est pas élue, « les Verts le disent, cela posera des problèmes au conseil départemental, où nous avons des accords de gestion », avertit le sénateur sortant.

Et face à ces bisbilles internes au PS, la concurrence à gauche reste forte dans ce département : entre la liste communiste d’Éliane Assassi, la liste du patron départemental du PRG Ahmed Laouedj, ou encore la liste citoyenne d’Anina Ciuciu, jeune femme d’origine rom, soutenue par la sénatrice écologiste Aline Archimbaud (qui a choisi de ne pas se représenter).

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