Sénatoriales : quand Les Républicains jouent à se faire peur
Les sénatoriales semblent gagnées d’avance pour Les Républicains. S’ils peuvent remporter des sièges, les nombreuses listes dissidentes vont aussi leur en faire perdre. Mais l’enjeu se situerait plutôt en interne, où certains élus remettent en cause le président de groupe, Bruno Retailleau.

Sénatoriales : quand Les Républicains jouent à se faire peur

Les sénatoriales semblent gagnées d’avance pour Les Républicains. S’ils peuvent remporter des sièges, les nombreuses listes dissidentes vont aussi leur en faire perdre. Mais l’enjeu se situerait plutôt en interne, où certains élus remettent en cause le président de groupe, Bruno Retailleau.
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La présidentielle s’est transformée en catastrophe pour la droite. Elle compte se rattraper avec les sénatoriales du 24 septembre prochain, où la moitié des 348 sièges de la Haute assemblée sera renouvelée.

Pour comprendre ce scrutin particulier, il faut avoir en tête que les sénatoriales sont en quelque sorte le troisième tour des municipales. Les grands électeurs, qui élisent les sénateurs au suffrage universel indirect, sont composés à 96% par les conseillers municipaux et leurs délégués. Or la droite a largement remporté l’élection de 2014. Conséquence : elle a repris la majorité de la Haute assemblée lors des sénatoriales de 2014, après trois ans de parenthèse à gauche. Le scrutin de 2017, qui concerne la seconde série de départements, doit donc renforcer cette majorité grâce aux municipales de 2014. Du moins théoriquement.

Gain de 15 à 18 sièges ?

Entre temps, la victoire d’Emmanuel Macron a bouleversé l’ordre établi et bousculé ce que le Président nomme « l’ancien monde ». La gravité de Jupiter devait attirer des élus ruraux non encartés. De quoi gonfler les espérances de LREM. Mais la situation a changé durant l’été. La grogne des élus locaux est passée par là. Le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, analyse la situation : « Aujourd’hui, c’est évident que la situation pour la droite et le centre est meilleure que fin juin. Beaucoup d’élus n’appartenant pas à une formation politique – et ils sont nombreux – pouvaient être tentés en mai/juin par le côté renouvellement d’Emmanuel Macron. Leurs espoirs ont été plutôt douchés par la conférence nationale des territoires, les 13 milliards d’euros d’économies annoncés, la réduction du nombre d’élus locaux, les emplois aidés. Il y a un désamour entre le pouvoir central et les collectivités. Il y a un certain nombre d’élus divers droite ou centristes qui vont probablement revenir sur un vote plus classique LR ou UDI ». François Fillon promettait lui encore plus d’économies aux collectivités, avec 20 milliards d’euros, avant de réduire la note à 7,5 milliards pendant la campagne.

« Sur le papier », le groupe LR peut espérer renforcer sa position de premier groupe du Sénat. Sur les 142 sénateurs que compte le groupe LR de la Haute assemblée, 53 sièges sont renouvelables, soit 37%, alors que 53% des sièges du groupe PS sont remis en jeu. Un avantage de plus. « On avait fait des projections début 2017. Le groupe LR devait gagner entre 15 et 18 sièges. Soit avoir entre 155 et 160 sénateurs » confie Roger Karoutchi.

« Il y a beaucoup de dissidences »

Mais ce plan sans accroc rencontre quelques déconvenues. Elles s’appellent dissidences. Presque une tradition à droite pour les sénatoriales. « C’est un élément négatif. Il y a beaucoup de dissidences, partout. Notamment dans les départements urbains » regrette Roger Karoutchi, qui a suivi le sujet de près en tant que vice-président de la commission d’investiture LR. Le groupe LR étant le plus important, cela suscite des convoitises. Mais les dissidences sont aussi parfois un moyen de contourner la parité, imposée sur les listes à la proportionnelle dans les départements les plus peuplés. Deux hommes mènent chacun leur liste et se font ainsi réélire… Des déçus des législatives imaginent aussi faire du Sénat une solution de repli. Roger Karoutchi : « On a beaucoup de battus aux législatives qui souhaitent être candidat. Mais comme dit Gérard Larcher, on n’est pas une deuxième chance ». Les recalés se lancent alors de leur côté.

Les sénateurs élus en dissidence rejoignent en général le groupe ensuite. Mais la multiplication des candidats risque bien de faire perdre des plumes au groupe LR. La cause est notamment technique : « Le système de la plus forte moyenne favorise les listes obtenant un très gros score. Si elles se divisent en deux ou trois listes, la crainte est de perdre un siège dans les gros départements » explique Roger Karoutchi, confronté lui-même à trois autres listes dans son département. Paris, le Val d’Oise, la Seine-et-Marne sont également concernés par l’inflation de candidatures, ainsi que le Nord, où on compte « cinq listes de droite »…

Ces dissidences pourraient « à la marge » faire perdre « une dizaine de sièges » aux LR, estime Roger Karoutchi. De quoi presque annuler le gain espéré. Mais pas de quoi remettre en cause la réélection de Gérard Larcher. Invité de l’Epreuve de vérité, sur Public Sénat, jeudi, le président du groupe PS, Didier Guillaume, affirme d’ailleurs que « Gérard Larcher sera président du Sénat le 2 octobre ». Dans ces conditions, le match est-il « plié » ?

Sénatoriales : « Gérard Larcher sera président du Sénat le 2 octobre » affirme Didier Guillaume
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« Ce qu’on voit se dessiner, c’est la recherche d’une majorité alternative »

Le vice-président du groupe LR, Philippe Dallier, n’écarte pourtant pas l’hypothèse d’un changement de majorité. « Ce qu’on voit se dessiner, c’est la recherche d’une majorité alternative. Que fera le groupe centriste au Sénat ? » a demandé jeudi le sénateur de Seine-Saint-Denis sur Public Sénat (voir la vidéo ci-dessus), alors que le groupe UDI, composé de 42 sénateurs, a clairement affiché son soutien à Emmanuel Macron début juillet.

Philippe Dallier : « Ce qu’on voit se dessiner, c’est la recherche d’une majorité alternative »
00:57

Philippe Dallier ajoute :

« On voit bien que d’autres essaient de rechercher d’autres solutions. Il est là l’enjeu principal. Après, on verra bien les politiques que nous soutiendrons. (…) Chez En Marche, chez certains centristes et au RDSE, on voit bien qu’il y a une volonté de trouver une autre solution ».

La droite joue-t-elle à se faire peur ? « Ce serait hallucinant qu’on perde le Sénat », reconnaît Roger Karoutchi, « mais bon, parfois, on peut être la droite la plus bête du monde… » Le sénateur n’écarte pas non plus un scénario noir pour la droite : « Si la vague de droite reste forte, sur la base de 2014, Gérard Larcher sera réélu. Mais si les dissidences font perdre plus de sièges qu’on imagine, on peut avoir la même surprise qu’en 2011 », quand le Sénat a basculé à gauche. Six ans après, il ne comprend toujours pas comment la droite a fait pour n’avoir aucun sénateur dans le Morbihan, lors du scrutin de 2011 : « On espérait conserver le Sénat avec 3 ou 4 voix de majorité. Mais du fait des divisions, le Morbihan, qui devait nous apporter 3 sièges, nous en a apporté 0… Résultat des courses, on a fini avec 6 sièges de retard ». Et d’évoquer, pour ce scrutin, « un conglomérat LREM, gauche, centristes ». Une majorité composite dont le Sénat aurait le secret. Mais Roger Karoutchi se rassure : « L’avantage pour nous est que face à Gérard Larcher, il n’y a pas de concurrent déclaré en tant que tel. Je ne vois pas qui pourrait fédérer tout le monde ». Un autre remarque que « Jean-Pierre Raffarin est parti ». Et le centriste Michel Mercier, dont le nom était évoqué, se retrouve hors jeu. Il fait l'objet d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet national financier pour des soupçons d'emplois fictifs familiaux.

« L’élection à la présidence du groupe sera l’objet de réelles discussions »

Pour Les Républicains, l’enjeu se situerait plutôt au niveau du groupe. La sénatrice Fabienne Keller cherche, avec des collègues juppéistes, à monter un groupe des Constructifs LR et centristes, comme à l’Assemblée (voir notre article sur le sujet). Elle espère qu’une vingtaine d’élus seraient prêts à suivre. Une scission qui affaiblirait le groupe LR. « Si cette aventure voit le jour, ce sera modeste » croit un bon connaisseur du groupe.

A écouter d’autres sénateurs, le « malaise » au sein du groupe serait même plus profond. La faute à la présidentielle. Bruno Retailleau a été l’un des plus proches de François Fillon pendant la campagne et l’a poussé à se maintenir dans la tempête. L’épisode a laissé des traces, y compris au Sénat. « L’élection à la présidence du groupe sera l’objet de réelles discussions. Le premier acte de Gérard Larcher devra être de trouver une solution pour la cohésion. Sinon, il y a un risque d’éclatement, au-delà des Constructifs » prévient un sénateur LR sous couvert d’anonymat. Pour cet élu, qui ne fait pas partie de la tendance des Constructifs, « il faut un changement. Quand un général vous conduit à la défaite, on change de général. Je sens beaucoup de grogne sur le fonctionnement du groupe ». Mais le même pense malgré tout que Bruno Retailleau pourra se maintenir à la tête des sénateurs LR : « Sa force, c’est qu’on ne distingue pas de solution de remplacement ».

« Clapotis »

Les hostilités sont lancées ? Un autre sénateur du groupe minimise et ne croit pas à ce vent de fronde ou à une implosion : « Bruno Retailleau ne peut pas faire l’unanimité. Mais je ne le vois pas non plus ne pas être réélu. Il y a 3 ans, à son arrivée à la tête du groupe, la page était blanche, c’était le départ de Jean-Claude Gaudin. Là, il est président sortant et il a fait le boulot. Je ne vois pas de révolution. Ce sont des clapotis ». Clapotis ou gros temps, ces questionnements montrent que la droite est encore loin d’être remise de l’échec de la présidentielle. Et se pose encore beaucoup de questions, sur sa ligne ou de leadership.

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