Transition énergétique : Emmanuel Macron répond aux Gilets jaunes en maintenant sa route
Emmanuel Macron a exposé sa stratégie en matière de transition énergétique. S’il a proposé un « changement de méthode », le chef de l’État maintient néanmoins son « cap ». Peu d’annonces concrètes mais certains objectifs ont été précisés. Il s’est également adressé aux Gilets jaunes, dont il a « entendu la colère, qui a sa part de légitimité ». Il souhaite les associer dans la recherche de nouvelles solutions.

Transition énergétique : Emmanuel Macron répond aux Gilets jaunes en maintenant sa route

Emmanuel Macron a exposé sa stratégie en matière de transition énergétique. S’il a proposé un « changement de méthode », le chef de l’État maintient néanmoins son « cap ». Peu d’annonces concrètes mais certains objectifs ont été précisés. Il s’est également adressé aux Gilets jaunes, dont il a « entendu la colère, qui a sa part de légitimité ». Il souhaite les associer dans la recherche de nouvelles solutions.
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« Fin du monde ou fin du mois ». La formule, calculée, a été remarquée dans le discours d’Emmanuel Macron donné ce mardi matin. Elle résume les tiraillements qui s’expriment autour de la transition énergétique et de la politique environnementale. « Nous allons traiter les deux », a assuré le président de la République. Pendant près d’une heure, le président de la République a précisé les grands arbitrages qui rythmeront la politique énergétique nationale pour les 20 prochaines années, tout en répondant au mouvement des Gilets jaunes, qu’il a désigné nommément comme tel.

Gilets jaunes : Emmanuel Macron « entend la grogne », « sans renoncer » à ses « responsabilités »

Très attendu sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont la présentation avait été repoussée, le discours d’Emmanuel Macron l’était aussi pour sa réponse aux Gilets jaunes. Dès le début de son propos, le président de la République est revenu sur l’actualité du moment. « Depuis plusieurs semaines, un mouvement de contestation de plus large ampleur, parti du prix du carburant, a grandi dans le pays », a-t-il expliqué, assurant faire la différence entre les « casseurs » avec les Français qui ont voulu « faire passer un message ».

.S’il a entendu la « colère, qui a sa part de légitimité » et la « grogne » qui s’est exprimée, Emmanuel Macron est resté droit dans ses bottes. « Ce qui est dit dans une campagne engage. On ne peut pas être le lundi pour l'environnement et le mardi contre l'augmentation des prix du carburant ». Pour lui, il faut « entendre les protestations d’alarme sociale », « sans renoncer à nos responsabilités ». Évoquant un « contrat social » du XXIe siècle ou encore un accompagnement pour la transition, Emmanuel Macron n’a pas donné de précisions concrètes.

Transports, écologie : une concertation nationale « dans les trois mois qui viennent »

« On ne peut pas être dans la dénonciation réciproque », a lancé Emmanuel Macron, se disant ouvert à ce que « les représentants des Gilets jaunes puissent, dans chaque région, également prendre part » à une concertation nationale et « proposer des solutions ». Le président de la République emploie leur nom et évoque un « mouvement ». Ils sont d’ailleurs attendus par le ministre François de Rugy selon l’Élysée, alors que ce matin encore, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, refusait à ce stade de les recevoir.

Devant les membres du gouvernement, des représentants d’élus locaux, des associatifs, des responsables syndicats ou du monde de l’entreprise, Emmanuel Macron a promis une « nouvelle méthode » pour dessiner la feuille de route nationale, inventer de « nouvelles formes de déplacement » ou encore dresser des mesures concrètes, qui ont été absentes du discours. Cette « méthode de construction » sera nationale et durera trois mois. Les « territoires » seront « mieux associés » et les communes « accompagnées », pour appliquer des « solutions accessibles ».

Une modulation de la taxe sur les carburants en cas de flambée des cours du pétrole

Il y a eu peu de réelles annonces pour les automobilistes, Emmanuel Macron ayant avant tout répété les dispositifs annoncés, comme le renforcement de la prime à la conversion, ou encore le soutien à l’innovation pour l’industrie automobile. Répétant que sa méthode n’est « pas de changer le cap » ou de « changer d’avis », Emmanuel Macron a néanmoins fait une annonce sur la TICPE, la taxe sur les carburants. Il a appelé à « construire une méthode pour rendre plus intelligente cette taxe aujourd’hui un peu aveugle ». Pour cela, il a demandé à « adapter la hausse de la taxe au marché du pétrole ». ll a promis un rendez-vous « tous les trimestres » pour atténuer la note à la pompe « s’il devait y avoir une envolée des cours ». Sur le principe, l’annonce fait écho à la taxe flottante qui avait été testée sous le gouvernement Jospin au début des années 2000 et que François Bayrou a relancée aux oreilles de la majorité il y a quelques jours. Au Sénat, l'idée avait été portée lundi soir dans la discussion budgétaire, mais n'avait pourtant pas reçu le soutien du gouvernement (lire notre article).

Nucléaire : 14 réacteurs arrêtés d’ici 2035

Si la « montée en puissance des énergies renouvelables est inéluctable », Emmanuel Macron a aussi précisé qu’il ne s’agissait pas « pas pour autant de renoncer au nucléaire » et que l’atome restait une « piste prometteuse » dans la future orientation électrique que prendra la France, évoquant une énergie « fiable », « décarbonée » et « à bas coûts ». Emmanuel Macron confirme sa promesse de campagne de respecter l’objectif de la loi de Transition énergétique de 2015, à savoir passer à 50% de nucléaire. Mais il en reporte de 10 ans la réalisation, pour viser finalement 2035. Pour le président de la République, le calendrier originel était « inatteignable ».

Le chef de l’État a annoncé sa volonté de fermer 14 réacteurs de 900 mégawatts d’ici 2035, une échéance à cheval sur la prochaine PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) dévoilée ce mardi et qui court de 2018 à 2028. Les deux réacteurs de la doyenne des centrales, Fessenheim, seront « définitivement » arrêtés en 2020. Les douze autres suivront entre 2025 et 2035, dont « 4 à 6 entre 2025 et 2030 ». Les sites en question seront « précisés prochainement », mais Emmanuel Macron a prévu qu’il faudrait avoir une « approche pragmatique et adaptative », sans « préempter » les décisions de l’Autorisé de sûreté nucléaire (le gendarma du secteur) et en tenant compte de la « sécurité » des approvisionnements.

Sur les réacteurs nucléaires de nouvelle génération de type EPR, Emmanuel Macron temporise. Il demandera à EDF de « travailler à l’élaboration d’un nouveau nucléaire » d’ici 2021, en prenant des « engagements fermes sur le prix ». « L’EPR doit faire partie du bouquet pour demain », considère le président de la République, qui ne voit néanmoins pas de « besoins immédiats ». La mise en service, sans cesse repoussée, de l’EPR de Flamanville pour des raisons de sécurité, a sans doute joué. Sur ce dossier, le « recul nécessaire » n’est pas disponible, estime-t-il.

Augmentation des crédits pour le développement des énergies vertes

Sur les énergies renouvelables, l’exécutif entend donner un coup d’accélérateur. À l’horizon 2030, soit la fin de la PPE qui s’ouvre, l’ambition est de tripler la production électrique issue de l’éolienne, multiplier par 5 celle issue du photovoltaïque, et de poursuivre le développement l’éolien en mer. Et d’engager la poursuite des efforts sur la géothermie et la méthanisation. Emmanuel Macron a annoncé que le budget consacré au développement des énergies renouvelables passerait de 5 milliards d’euros (actuellement) à 7 à 8 milliards par an. Une somme fléchée avant tout vers les « énergies les plus compétitives ».

La mise en œuvre concrète et précise de cette trajectoire est renvoyée au gouvernement.

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