Violences dans les stades : « Le football français n’est pas responsable de la folie des gens », lâche Vincent Labrune
Le président de la Ligue professionnelle de football, Vincent Labrune était auditionné par la commission de la culture du Sénat. Au cœur des questions des sénateurs : la violence dans les stades et le projet création d’une filiale commerciale, afin de permettre au foot français de « rayonner à l’international » sur le court terme.

Violences dans les stades : « Le football français n’est pas responsable de la folie des gens », lâche Vincent Labrune

Le président de la Ligue professionnelle de football, Vincent Labrune était auditionné par la commission de la culture du Sénat. Au cœur des questions des sénateurs : la violence dans les stades et le projet création d’une filiale commerciale, afin de permettre au foot français de « rayonner à l’international » sur le court terme.
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Le football français est malade. En un peu plus d’un an à la tête de la LFP, Vincent Labrune indique avoir fait face « à un triple tsunami » : « La crise sanitaire, l’arrêt des compétitions, et la défaillance de notre principal partenaire, Mediapro […] Au niveau macroéconomique, c’est une perte de 1,8 milliard de pertes pour les clubs depuis 2019 », explique, quelque peu désabusé, l’ancien président de l’OM.

Mais la lumière pourrait apparaître rapidement au bout du tunnel. La proposition de loi LREM visant à démocratiser le sport en France déjà adoptée à l’Assemblée nationale et examinée au Sénat en mars 2022, autorise la LFP à créer une filiale pour commercialiser les droits audiovisuels. La Ligue détiendrait au minimum 80 % du capital de cette société. A noter que cette proposition figurait dans un rapport d’information du Sénat en 2017, intitulé « Muscler le jeu » du football professionnel.

« Dans un monde idéal, on ne se serait pas mis dessus. La réalité, c’est qu’on est dans un marché global du football européen avec une concurrence européenne […] On nous l’aurait reproché si on ne l’avait pas fait » a commencé par justifier Vincent Labrune dans un très court propos liminaire.

Suite à la défaillance du diffuseur Mediapro en 2019, les droits du championnat français ont dégringolé, de l’ordre de 50 % inférieur à ceux des championnats italien, espagnols et l’Espagne.

Michel Savin (LR), président du groupe d’étude sur les pratiques sportives démarre la série de question et fait part de son regret de ne pas avoir « d’étude d’impact » sur la création de cette société commerciale et s’est inquiété du poids de cet actionnaire minoritaire dans la prise de décision.

« C’est un changement culturel que l’on veut mettre en place dans le football français »

Vincent Labrune indique qu’une trentaine de candidats « principalement de sociétés anglo-saxonnes » ont été sélectionnés. « Le texte prévoit 20 %. L’idée ce n’est absolument pas de céder 20 % […] On est plus sur une dizaine de pourcents. Et quand vous vous êtes actionnaire à 10, 15 %, ce n’est pas vous qui contrôlez », a-t-il rassuré. « C’est un changement culturel qu’on veut mettre en place dans le football français. C’est une approche beaucoup plus internationale. On a fait l’erreur de se centrer prioritairement sur nos revenus domestiques […] sans se préoccuper d’aller capter les recettes internationales », a-t-il insisté.

La somme apportée par cet actionnaire minoritaire serait, comme une avance, immédiatement répartie entre les différents clubs selon des modalités qui restent à définir. Co-auteur du rapport sur la démocratisation du sport, Jean-Jacques Lozach (PS) souhaite une réparation solidaire des droits TV entre le, premier et le dernier du championnat, à l’image de la Première league.

« Le coefficient que vous mettez en avant est en aucun cas adaptable à la situation française. Pour une raison simple, les Anglais l’ont mis en place le jour où ils ont eu 3 milliards de revenus […] En période de crise, on a qu’une priorité, c’est de sauver nos locomotives. Sinon, on a plus de championnat », a-t-il répondu.

« Notre idée depuis notre arrivée, c’est de dire qu’il y a trop matchs, trop de joueurs, trop de clubs, trop de compétitions »

Mais pour ça, les clubs français « doivent performer sur la scène européenne », entendez par là les coupes d’Europe et donc limiter les matchs de championnat. « De cette performance sur la scène européenne, on va gagner en notoriété à l’international et mécaniquement on sera en situation d’augmenter nos droits […] Et donc ainsi créer un cercle vertueux : augmentation des recettes sur la scène européenne, des droits internationaux qui nous permettrait de conserver nos meilleurs talents et d’en recruter d’autres ». Plusieurs réformes sont à venir en ce sens. Après la suppression de la coupe de la ligue, en 2023, la ligue 1 passera de 20 à 18 clubs, afin d’abaisser le nombre de matchs du championnat. « Notre idée depuis notre arrivée, c’est de dire qu’il y a trop matchs, trop de joueurs, trop de clubs, trop de compétitions », a souligné Vincent Labrune.

Toujours dans un souci de régulation des finances des clubs, le président de la LFP a rappelé que les projets destinés à faire passer le premier contrat professionnel de 3 à 5 ans et « éviter la fuite des muscles » et la limitation des effectifs à 24 joueurs.

« Le stade de football, c’est le reflet de la société »

L’audition ne pouvait se dérouler sans évoquer les violences dans les stades, récurrente depuis le début de la saison. « Le stade de football, c’est le reflet de la société. La société française postcrise sanitaire, elle est angoissée, elle se divise et elle est un peu folle. Le football français n’est pas responsable de la folie des gens », a estimé Vincent Labrune sans vraiment convaincre les élus.

Il rappelle également que la LFP ne dispose que d’un arsenal de sanctions sportives à l’égard des clubs alors qu’on a des problèmes de violences individuelles ». « La commission de discipline (de la LFP) ne peut pas régler toute seule les problèmes de sécurité dans les stades ».

Présent à ses côtés, Arnaud Rouger, directeur général de la LFP a développé en expliquant aux sénateurs que la communication des personnes interdites de stades se faisait club par club et sans la photo de l’intéressé. « Il y a une problématique de ces informations-là qui est réelle […] L’Etat cherche à trouver des solutions. L’obligation de pointage dans les commissariats ne peut pas s’appliquer aux interdictions commerciales d’accès au stade (c’est-à-dire prononcée par les clubs). Il y en a autour de 300, c’est beaucoup mais on ne peut pas les obliger à pointer aux commissariats car c’est une sanction prononcée par les clubs ».

Hasard du calendrier, c’est ce mercredi que la commission de discipline se prononce sur les sanctions suite aux violences survenues lors du match OL OM, le 21 novembre dernier.

 

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