Comme lors de son sacre l’année dernière, la victoire du PSG face à Arsenal, samedi soir, en finale de ligue des champions a été quelque peu été gâchée par des scènes de violences et de dégradations dans la capitale et dans d’autres villes, comme Toulouse. Plus de 890 interpellations ont eu lieu ce week-end, en hausse de plus de 45 % par rapport à 2025, 178 policiers et gendarmes ont été blessés, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, ce lundi sur France Inter. « On ne veut plus voir ça », avait tancé la veille Emmanuel Macron. « Ça, c’est pas le foot, ça c’est pas le sport, c’est pas ce qu’on aime. Donc merci à nos policiers, à nos gendarmes. On sera intraitable avec ceux qui ont été attrapés ». « On en a ras-le- bol », a fustigé le chef de l’Etat en accueillant l’équipe victorieuse à l’Elysée, en évoquant des « scènes de violence inacceptables ».
Malgré un déploiement hors norme de policiers et de gendarmes, 22 000 en France dont 8 000 à Paris et son agglomération contre 5 400 dans la capitale en 2025 et l’affirmation du ministre de l’Intérieur selon laquelle, la situation avait été « globalement sous contrôle », l’exécutif n’a pas échappé aux nombreuses critiques de l’opposition.
« La frontière entre la manifestation festive et la volonté d’en découdre avec la police, s’efface »
Le RN, par la voix de Marine Le Pen, s’est insurgé contre les violences, une particularité française à ses yeux. « Il n’y a qu’en France où la victoire d’un club de foot provoque des émeutes », a-t-elle estimé. Jordan Bardella a évoqué lui des « scènes de guerre civile ». La présidente LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a dénoncé sur X « les racailles décérébrées qui se permettent de tout casser, ternissent l’image de Paris et de la France ! ».
De l’autre côté de l’échiquier politique, au Grand Jury RTL/M6/Public Sénat. Raphaël Glucksmann (Place publique), s’est aussi insurgé. « C’est proprement insupportable ». « La France vit sous tension, on le voit partout, on est une cocotte-minute prête à exploser ».
Sur France 3 le porte-parole de LFI Manuel Bompard, a plaidé pour des fan-zones. Il a estimé qu’on « devrait essayer d’organiser cette fête, de l’encadrer, de proposer des lieux pour qu’elle puisse s’exprimer, pour éviter précisément ce type de débordements ».
Pour Fabien Jobard, directeur de recherche au CNRS, politiste, chercheur au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales, auteur, avec le sociologue Olivier Fillieule, de Politiques du désordre. La police des manifestations en France (Seuil, 2020), « il y aurait plutôt une spécificité parisienne, plutôt que française » dans ces débordements. « Le PSG est un club de Paris mais dont l’essentiel des forces supportrices vient de banlieues parisiennes. Des territoires caractérisés par la récurrence des affrontements entre ses habitants et la police. Dans ce type de moment, la frontière entre la manifestation festive et la volonté d’en découdre avec la police, s’efface. Les banlieues françaises ont une histoire très particulière avec la police. Certains groupes minoritaires se saisissent des rassemblements spontanés pour manifester un mécontentement de leurs conditions de vie ou leur hostilité à la police », ajoute-t-il.
Auditionné en 2023 par la commission des lois du Sénat dans le cadre d’une commission d’enquête sur les émeutes survenues en France après la mort du jeune Nahel Merzouk, Fabien Jobard avait insisté sur l’origine de cette défiance entre police et jeunes des quartiers. « La France présente une singularité, avec le Royaume-Uni : la décolonisation, à l’issue d’une guerre longue et violente qui s’est aussi déroulée sur notre sol. Elle a été suivie du rapatriement de populations très diverses en provenance des pays concernés, dont on a confié la gestion aux forces de l’ordre qui avaient exercé en Afrique du Nord. De ce point de vue, la carrière de Maurice Papon est éclairante : chef de la police dans le Constantinois, il est ensuite devenu préfet de police de Paris. Il y a là une continuité postcoloniale qui ne cesse pas en 1962 […] Pour l’institution policière comme pour le reste de la société, il y a là une forme de continuité depuis les années 1960, qui relève d’une trajectoire politique et économique. De ce point de vue, les violences policières ne sont en effet qu’une métonymie de l’histoire de ces quartiers. », avait-il souligné.
Plus prosaïque, Fabien Jobard rappelle « qu’une fête populaire est toujours susceptible d’être émaillé d’incidents. Dans la tradition, le carnaval est un moment de suspension des normes ». Le député macroniste, Karl Olive en sait quelque chose. Après avoir été filmé grimpant sur le capot d’une voiture, le parlementaire a dénoncé « une polémique à deux balles » et évoqué « l’esprit de fête » qui régnait samedi soir dans le centre-ville de Poissy.
Maintien de l’ordre : « Ça aurait été difficile de faire plus »
Les violences de samedi soir ne sont pas non plus intrinsèques au monde du football et au hooliganisme, qui resurgit chaque année en marge de match à enjeux. La semaine dernière, la veille de la finale de la Coupe de France opposant le RC Lens à l’OGC Nice, plusieurs dizaines de supporters niçois avait déambulé le long du Canal Saint-Martin avant qu’une importante rixe n’éclate quai de Valmy. Six personnes avaient été blessées, dont une grièvement.
Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des questions sur le supportérisme, confirme : « Les incidents de samedi sont significativement différents de ceux causés par les groupes de supporters ultras ou hooligans. Ils concernent plutôt les grands rassemblements festifs liés au sport et leur gestion par les forces de l’ordre ».
« La gestion du maintien de l’ordre, c’est de la police administrative. Samedi soir, des périmètres de sécurité ont été mis en place et 8000 forces de l’ordre déployées, ça aurait été difficile de faire plus si ce n’est prendre le risque d’avoir des blessés supplémentaires. Il s’agit plus d’une question de police judiciaire, c’est-à-dire de rétablissement de l’ordre avec la difficulté d’avoir à interpeller des petits groupes très mobiles », note Driss Aït-Youssef, docteur en droit public et spécialiste des questions de sécurité, qui alerte sur la jeunesse des personnes mises en cause. Le parquet de Paris a fait état de 306 gardes à vue sur son ressort, dont 81 mineurs.
L’usage des mortiers
Fabien Jobard n’a pas relevé de « manœuvres provocatrices » de la part des policiers », ou « un usage disproportionné de la force » de la part des forces de l’ordre. « Il y avait un dispositif très lourd pour sécuriser la zone des Champs-Elysées où sont concentrées des ambassades, Matignon et le Palais présidentiel… Mais c’est propre à Paris car c’est une ville qui concentre tous les pouvoirs. Si le Bayern avait remporté la ligue des Champions, un tel dispositif n’aurait pas été nécessaire à Munich puisque vous avez peu de bâtiments institutionnels à protéger impérativement dans cette ville ».
Fabien Jobard note, enfin, une « particularité française » dans l’usage du mortier d’artifice. « C’est un outil qui se situe à la limite entre la fête et la volonté d’en découdre avec les forces de l’ordre. Célébrer un évènement avec les feux d’artifice illégaux, comme lors de la Saint Sylvestre, est une vieille tradition en Alsace, en d’Allemagne, en République, Tchèque, en Slovaquie… En revanche, l’effet d’apprentissage qui consiste à les tourner contre les policiers c’est plutôt une particularité française ».