« Ministre resté le plus longtemps en poste » rue de Grenelle, comme l’a rappelé le vice-président de la commission de la culture Max Brisson en ouverture de son audition, Jean-Michel Blanquer avait pris dès juin 2017, l’une de ses premières décisions ministérielles, celle de permettre aux communes de revenir, par dérogation, à la semaine de quatre jours. Une mesure qui répondait à une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, et qui allait être suivie, dans les faits par 93 % des communes.
Une réforme jugée « pragmatique » face à une « très grande hétérogénéité »
Interrogé par la rapporteure Agnès Evren sur ce retour massif à un rythme de quatre jours, Jean-Michel Blanquer a justifié sa décision par le constat, à son arrivée, d’une mise en œuvre très inégale de la réforme des rythmes scolaires engagée par un de ses prédécesseurs Vincent Peillon, quatre ans plus tôt. « C’était une réforme pragmatique », explique-t-il. Il évoque une grande « hétérogénéité » des situations sur le territoire, une absence d’évaluation nationale et des difficultés particulières en milieu rural, génératrices selon lui, d’inégalités entre communes. Pour l’ancien ministre, l’intérêt de l’enfant, censé guidé la reforme, s’en trouvait in fine « abimé ». Il assure toutefois ne pas avoir voulu remettre en cause les organisations qui fonctionnaient bien, mais donner aux communes en difficulté les moyens d’y remédier. « On doit avoir une vision complète du temps de l’enfant », insiste l’ancien ministre. Une vision qui doit englober la journée, la semaine et l’année, et ne pas se limiter au temps passé à l’école.
Le « plan mercredi »
Loin d’une politique de désengagement, l’ancien ministre revendique la mise en place dès 2018, du « plan mercredi », destiné à renforcer la qualité des activités du périscolaires. Ce plan avait pour objectif de donner aux collectivités les moyens financiers de proposer des activités périscolaires de qualité dans une logique de décloisonnement entre les différents acteurs de l’enfant. « Un des problèmes dont on souffre beaucoup en cette matière, c’est le fait que les choses sont compartimentées », estime-t-il.
Le BAFA, un « grand succès français » à ne pas fragiliser
Interrogé sur la qualification des animateurs et la pertinence du BAFA, Agnès Evren a rappelé qu’on ne pouvait pas « s’improviser » du jour au lendemain face à des enfants. Jean-Michel Blanquer a défendu ce diplôme, qu’il qualifie de « grand succès français » qu’il ne faudrait pas fragiliser en multipliant les exigences. Il plaide plutôt pour un système de qualification « en escalier », permettant de progresser du BAFA vers d’autres responsabilités selon un socle de compétences défini. Il refuse toutefois de faire de ce brevet une garantie absolue contre les violences. « Je ne vais pas croire à une magie du certificat », prévient-il.
Il distingue par ailleurs deux exigences, la vérification de la moralité des adultes encadrant des enfants, qui doit selon lui rester absolue et indépendante du niveau de diplôme, et la question des compétences professionnelles, pour laquelle une logique de parcours est préférable à un simple relèvement des seuils.
Un déficit de remontées des violences périscolaires
Sur le traitement des signalements, Jean-Michel Blanquer a indiqué avoir créé dès 2017, à son arrivée rue de Grenelle, un système national de remontée des violences scolaires, aujourd’hui piloté par une cellule dédiée en lien avec le ministère de l’Intérieur. Il reconnaît toutefois que les violences périscolaires y demeurent « très marginales ».
Agnès Evren souligne alors la difficulté centrale à laquelle est confrontée la commission, il n’existe pas aujourd’hui de vision nationale permettant de mesurer précisément l’ampleur des violences périscolaires.
« Je pense que la situation est tellement grave, nécessite une telle vigilance et une telle politique publique nationale que je pense que ce serait justement une force de notre pays d’être capable d’avoir […] la vision nationale du sujet », estime Jean-Michel Blanquer. Il appelle ainsi à une coopération renforcée entre l’État et les collectivités locales, compétentes en matière périscolaire.
Vers un pilotage territorial unifié ?
Pour donner corps à cette vision, Jean-Michel Blanquer invite les sénateurs à s’intéresser aux « cités éducatives », qu’il présente comme une expérience permettant de réunir les acteurs qui interviennent auprès des enfants et de coordonner leurs actions autour d’objectifs communs. Il imagine aller plus loin en donnant davantage de responsabilités aux directeurs d’école ou aux responsables locaux de l’éducation. L’un des scénarios évoqués consisterait à faire du directeur d’école un véritable responsable d’établissement public, doté d’un statut renforcé et de responsabilités juridiques clairement définies.
« L’enfant, lui, fort heureusement, est un », observe-t-il, soulignant l’absurdité de certaines ruptures institutionnelles. Cette vision, dit-il, permettrait de résorber les « césures » qui, selon lui, caractérisent structurellement le système éducatif français, entre maternelle et élémentaire, scolaire et périscolaire, périscolaire et extrascolaire et dans lesquelles, insiste-t-il, « on perd des enfants ». L’objectif serait de créer un « continuum » entre les différents âges de l’enfant et entre les différents temps de sa vie.