Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

6 min

Publié le

La réforme des rythmes scolaires de 2013 porte-t-elle, indirectement, une part de responsabilité dans les difficultés que traverse aujourd’hui le périscolaire ? C’est à cette question qu’à dû répondre Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale sous François Hollande, auditionné par la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences commises contre des enfants dans les accueils périscolaires.

La rapporteure Agnès Evren a rappelé l’enjeu de ces travaux : « Examiner toute la chaine de protection », du recrutement et de la formation des personnels, jusqu’au recueil de la parole de l’enfant et à la coordination entre collectivités, Education nationale, police et justice. Si elle a précisé que la reforme portée par Vincent Peillon qui consistait à revenir à une semaine de 4 jours et demi à l’école primaire n’était évidemment pas responsable des violences commises par certains adultes, elle a précisé qu’elle avait profondément transformé « le temps de l’enfant et du périscolaire ». Une évolution qui impose, selon elle, de s’interroger sur les conditions dans lesquelles les agents ont alors été recrutés et encadrés.

« La parole se libère »

D’emblée, Vincent Peillon a voulu replacer les violences périscolaires dans une perspective plus large. Ces faits rappelle-t-il « existaient déjà » lorsqu’il a commencé à travailler dans l’éducation, dans les années 80. L’ancien ministre refuse toutefois tout relativisme, l’enjeu, estime-t-il, est désormais de mieux repérer les violences et d’apporter des réponses adaptées. « Il faut faire la part de ce qui est très grave, de ce qui l’est un peu moins et faire attention à ce qui relève de qualification pénale ou d’autres formes de rappel à l’ordre », a-t-il déclaré, en évoquant les évolutions de la société dans son rapport à la violence faites aux enfants. Pour lui, la multiplication récente de signalements témoigne aussi d’une évolution positive : « La parole se délivre. » Comme pour les violences faites aux femmes, davantage de victimes ou de témoins osent aujourd’hui parler, ce qui peut donner l’impression d’une hausse soudaine du phénomène. Mais cette évolution ne dispense pas les pouvoirs publics d’agir. « Nous devons faire toute la lumière sur ces questions et donner des réponses les plus adaptées possible », a insisté l’ancien ministre.

« La France n’a que 144 jours d’école publique à donner à ses enfants »

C’est sur la semaine de quatre jours et demi que l’essentiel de l’audition s’est concentré. Pour Vincent Peillon, le retour de rythme en primaire répondait au constat d’une France qui consacrait trop peu de jours à l’école. « La France n’a que 144 jours d’école publique à donner à ses enfants », a-t-il rappelé. Une situation qu’il juge toujours préoccupante, alors que les résultats scolaires restent marqués par de fortes inégalités sociales selon le dernier classement PISA. Son ambition, explique-t-il, était notamment de « reconquérir le mercredi matin ». Il ne s’agissait pas selon lui, de transformer ce temps en simple succession d’activités périscolaires, mais de remettre dans le giron du service public un temps consacré à l’enfant.

L’ancien locataire de la rue de Grenelle récuse ainsi l’idée selon laquelle la réforme aurait simplement consisté à déplacer des heures d’activités vers les collectivités. Son objectif était de mieux répartir les apprentissages et d’alléger les journées de classe, particulièrement longues pour les élèves de primaire. « Il n’y a pas un pays qui a réussi sa mue éducative sans inscrire une action dans la durée », martèle-t-il.

« Il faut une formation qui doit être continue sur les enfants »

« Vous ne pouvez pas précariser et maltraiter » la personne à laquelle la société confie ses enfants, a lancé Vincent Peillon qui défend une véritable professionnalisation des personnels périscolaires. « Moi je préfère dire des éducateurs. C’est un métier qui suppose de connaitre la psychologie de l’enfant, d’être contrôlé », a-t-il expliqué.

Le BAFA, selon lui, ne peut à lui seul constituer la réponse à la question de la qualification des professionnels. L’enjeu est de construire une véritable filière, avec des perspectives professionnelles et une formation adaptée. « Ces gens-là qui s’occupent des enfants en dehors des enseignants doivent être, bien sûr, contrôlés, mais en contrepartie […] il faut être capable de leur donner un statut, une formation », a-t-il insisté. Une exigence qui vaut, selon lui, également pour les enseignants : « Il faut une formation qui doit être continue sur les enfants, il faut des rappels tout le temps, tout le temps, tout le temps », insiste-t-il.

Deux métiers, un même enfant

L’une des difficultés majeures de la réforme, selon Vincent Peillon, a été la coexistence de deux univers professionnels qui se connaissent mal. « Ce n’est pas la même chose d’être professeur et animateur », a-t-il reconnu. Mais cette différence ne doit pas conduire à une hiérarchie entre les métiers. La réforme avait notamment suscité de fortes tensions chez les enseignants, particulièrement à Paris. Certains craignaient de voir intervenir dans leurs écoles des personnels extérieurs à l’Education nationale. « Nous avons déjà un problème de dignité. Vous nous payez mal, vous nous recrutez n’importe comment ces années et en plus maintenant vous nous prenez pour des animateurs », a résumé l’ancien ministre en rapportant les arguments qui lui étaient alors opposés. Pour autant, il juge indispensable de rapprocher les deux professions. « Chacun à sa place », insiste-t-il mais les professionnels doivent apprendre à travailler ensemble autour du même enfant. Selon lui, les formations des enseignants auraient donc dû davantage intégrer cette dimension, afin que les futurs professeurs comprennent le rôle des éducateurs et la distinction entre les différents temps de l’enfant.

« Ne pas jeter l’opprobre » sur les animateurs

Au terme de son audition, Vincent Peillon a surtout mis en garde les sénateurs contre un écueil, vouloir répondre à la crise en désignant des responsables sans s’attaquer aux failles structurelles. « Votre objectif, c’est retisser la confiance », a-t-il rappelé aux membres de commission. Mais cette confiance, selon lui, ne pourra être restaurée qu’à condition de reconnaître les insuffisances du système et d’y apporter des réponses concrètes. L’ancien ministre ne nie pas les défaillances. Il appelle toutefois à ne pas jeter « l’opprobre » sur l’ensemble des animateurs, des centaines de milliers d’entre eux, rappelle-t-il, « font excellemment leur travail ».

Derrière les violences révélées ces derniers mois, Vincent Peillon voit donc moins la faillite d’un métier que celle d’un système qui n’a pas suffisamment investi dans ceux auxquels il confie les enfants. « Tant qu’on n’aura pas fait ça », conclut-il en substance, il sera difficile d’exiger une protection efficace des enfants.

Partager cet article

Dans la même thématique

Comme un compte à rebours qui se rapproche de la fin, la fenêtre de tir se réduit. En renonçant à convoquer une session extraordinaire à l’Assemblée nationale le 21 septembre, le gouvernement a ajourné la suite de l’examen du projet sur les polices municipales. Cette réforme, très attendue par les maires, fait donc les frais d’un nouveau contretemps.  Fruit d’une longue concertation, qui s’est tenue notamment dans le cadre du « Beauvau des polices municipales » en 2024 et 2025, le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres en octobre dernier. Nourri par les travaux d’une mission d’information, le passage au Sénat a été une formalité. Massivement adopté au palais du Luxembourg en février, le texte a ensuite été transmis aux députés. La commission des lois a achevé son examen fin avril. Et depuis, plus rien. Le projet de loi, qui prévoit des missions élargies – en particulier de compétence judiciaire – pour les polices municipales, mais aussi tout un axe sur la formation et la déontologie, est allé depuis de report en report. Un texte qui devait initialement aboutir avant les municipales Au tout début de l’année, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez espérait encore une adoption rapide de ce texte consensuel « peut-être même avant les élections municipales », de mars. L’histoire a eu raison du pronostic de l’ancien préfet. Le gouvernement a ensuite donné rendez-vous en juin pour l’examen. Nouvelle complication. Peu avant la coupure du cœur de l’été, fin juillet, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous confiait au journal Ouest France que le projet de loi sur les polices municipales serait le premier texte pour la session extraordinaire de septembre. Encore raté. À l’approche de la reprise de la session ordinaire, le 1er octobre, l’impatience se fait ressentir chez les élus locaux et les parlementaires. L’inquiétude aussi. La plus grande partie du calendrier parlementaire d’ici la fin de l’année va être occupée les traditionnels débats budgétaires, et campagne présidentielle oblige, les travaux en hémicycle seront interrompus à la fin du mois de février. Ce mercredi 9 septembre, une dizaine d’association d’élus dénonce dans un communiqué commun « l’énième report de l’examen du projet de loi ». Les maires et présidents d’intercommunalités demandent à l’État de « clarifier, dès à présent et concrètement, ses intentions afin de garantir au plus vite l’inscription de ce projet de loi à l’ordre du jour ». « Je suis très en colère contre le gouvernement » « Je suis très en colère contre le gouvernement. On a effectué notre travail, consolidé le texte de manière transpartisane, en acceptant des amendements de tout le monde. Et aujourd’hui, on a un gouvernement qui n’est pas capable de l’inscrire, c’est une honte », réagit la sénatrice (LR) Jacqueline Eustache-Brinio, co-rapporteure du projet de loi. Hors séquence budgétaire qui occupera en séance les députés à partir du 12 octobre, les places dans l’agenda seront chères. Le gouvernement dispose encore de huit semaines à sa main avant le couperet de la fin février. Or beaucoup de textes sont sur la table pour les travaux de cet automne et de cet hiver : la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui sera le premier texte inscrit par le gouvernement à la reprise, mais aussi le projet de loi sur le logement ou encore le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, tous deux adoptés par le Sénat, ou encore un texte sur les ingérences étrangères annoncé par le Premier ministre. Et c’est sans compter le récent projet de loi de modernisation de la sécurité civile, présenté par le gouvernement. La liste n’est pas exhaustive. « J’ai cru comprendre qu’il serait difficile d’inscrire le texte sur les polices municipales avant le budget. Ils espèrent trouver du temps législatif après le budget, mais les promesses n’engagent que ceux qui croient », s’inquiète Christophe Marion, co-rapporteur (Renaissance) du projet de loi à l’Assemblée nationale. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges » Joint par Public Sénat, le ministère des Relations avec le Parlement précise que « les arbitrages sont en cours concernant l’inscription des textes pour la session ». Le député du Loir-et-Cher et son collègue co-rapporteur Éric Pauget (LR) annoncent solliciter un rendez-vous à Matignon pour obtenir des assurances sur l’inscription du texte. « Ce qui vient d’arriver à Carcassonne renforce l’idée que le contrôle des polices municipales est nécessaire », insiste-t-il. Hier, le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d’une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes. Même volonté de se rappeler aux bons souvenirs de Matignon au Sénat. « Je vais voir avec Gérard Larcher pour que l’on mette la pression sur le gouvernement », prévient Jacqueline Eustache Brinio. Outre les contraintes d’agenda, avec l’empilement de projets de loi, le député Christophe Marion a une autre interprétation de ces retards à répétition. « On a passé des textes régaliens en fin de session parlementaire, je pense à RIPOST. Les socialistes ont voté contre. » Or, les socialistes sur le projet de loi sur les polices municipales ont annoncé en commission leur volonté de « rééquilibrer » le texte. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges, qui puissent radicaliser des positions ou rendre difficile d’émergence d’un consensus », poursuit le député.  En cas de reprise de débats, il faudrait également compter sur une commission mixte paritaire si le texte est adopté à l’Assemblée nationale. Seule une issue favorable pourrait permettre au texte de pouvoir aboutir dans les temps. « On peut trouver un terrain d’entente », assurent les rapporteurs. « J’attend du gouvernement qu’il aille au bout de la démarche. On a créé de l’espoir avec ce texte, je trouverai ça effrayant de ne pas être à la hauteur des attentes des élus et des policiers », insiste Jacqueline Eustache Brinio. Sans garantie sur ce texte attendu, le traditionnel congrès des maires début novembre pourrait s’ouvrir dans un concert de protestations.
7min

Parlementaire

Parlementaires et élus locaux craignent que le projet de loi sur les polices municipales passe à la trappe

Déjà reporté, le projet de loi sur les polices municipales fait les frais de l’absence de session extraordinaire, rendant incertain son sort dans une session raccourcie par la campagne présidentielle. Les élus locaux et les parlementaires cherchent à faire pression sur l’exécutif. « C’est une honte », réagit la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio.

Le

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires
8min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : les maires alertent sur les failles du système et réclament davantage de coordination avec la justice

Face à la multiplication des signalements de violences commises sur des enfants dans le cadre périscolaire, la commission d’enquête du Sénat a auditionné, ce mercredi 9 septembre, plusieurs élus confrontés à de telles affaires dans leurs communes. Ils témoignent d’un système à bout de souffle. Face aux soupçons d’agressions sexuelles sur de très jeunes enfants, ils dénoncent l’isolement institutionnel et le manque de coordination avec la justice.

Le

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires
9min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : à la Brigade de protection des mineurs, le défi de recueillir la parole des enfants

Auditionnés par la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences dans le périscolaire, Vincent Kozierow, chef de la Brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris, et Denis Collas, directeur adjoint de la police judiciaire chargé des brigades centrales à la préfecture de police de Paris, ont défendu les méthodes de leurs enquêteurs. Ils ont toutefois reconnu les difficultés auxquelles leurs services sont confrontés, notamment face à l’afflux de dossiers, qui peut ralentir l’ensemble de la chaîne judiciaire.

Le

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires
6min

Parlementaire

Périscolaire : « Huit minutes » pour devenir animatrice, le témoignage d’une journaliste qui alerte le Sénat sur les failles du recrutement

Auditionnée ce jeudi 3 septembre par la commission de la culture du Sénat, la journaliste de RTL Hermine Le Clech est revenue sur une enquête menée en novembre 2025. Pour tester les conditions de recrutement des animateurs périscolaires, elle s’était présentée dans une mairie avec un CV en partie falsifié. En huit minutes, sans diplôme dans l’animation, sans contrat de travail et alors que son casier judiciaire n’avait pas été vérifié, elle avait été envoyée au contact d’enfants dans une école de Créteil.

Le