Le sujet est devenu encore plus sensible avec la rentrée scolaire. À Paris, 203 enquêtes pénales sont actuellement ouvertes pour des soupçons de violences dans des établissements scolaires. Dans ce contexte, la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat poursuit ses travaux dans le cadre d’une mission d’information consacrée à la prévention et au traitement des violences dans le périscolaire, dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête.
Le périscolaire constitue pourtant un service quotidien pour une immense majorité des familles. « Neuf sur dix » des enfants fréquenteraient un accueil périscolaire, selon le cinquième baromètre de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), a rappelé en introduction Max Brisson, vice-président de la commission. « C’est un service essentiel pour les enfants et leurs familles », a-t-il souligné. Mais cette confiance est fortement fragilisée depuis l’automne 2025, avec la médiatisation de nombreuses affaires de violences commises sur des enfants par des animateurs.
La mission sénatoriale entend ainsi dresser une cartographie aussi exhaustive que possible des violences périscolaires en France, évaluer les procédures de recrutement et de formation des personnels, vérifier la manière dont leurs antécédents sont contrôlés et identifier les failles dans le recueil de la parole des enfants et la coordination entre les différents acteurs. « Si Paris est un cas exceptionnel par le nombre d’affaires et l’ampleur de l’omerta qui a régné depuis des années, Paris n’est malheureusement pas une exception », a estimé Agnès Evren, rapporteure de la mission et sénatrice Les Républicains. Selon l’association SOS Périscolaire, 70 départements seraient aujourd’hui concernés par des signalements.
« Huit minutes » pour être recrutée
C’est dans ce contexte qu’Hermine Le Clech a été auditionnée. En novembre 2025, la journaliste de RTL avait cherché à tester concrètement les « barrières à l’entrée » du métier d’animateur périscolaire. « Nous avons voulu tester le recrutement des animateurs périscolaires. Savoir comment est-ce qu’on devient animateur périscolaire aujourd’hui, quelles sont les vérifications qui sont faites », a-t-elle expliqué devant les sénateurs.
Pour mener son enquête, elle a candidaté à plusieurs dizaines d’offres d’emploi en ligne. La mairie de Paris a immédiatement identifié sa profession de journaliste. À Créteil, en revanche, elle a pu poursuivre son expérimentation. La journaliste se présente avec un « faux » CV, sous sa véritable identité. Elle y supprime ses expériences de journaliste, tout en mettant en avant certaines expériences réelles, notamment dans la médiation culturelle et l’éducation aux médias, qu’elle dit avoir légèrement amplifiées. « Je n’avais ajouté aucun diplôme », précise-t-elle. Elle affirme ne disposer d’aucune qualification spécifique dans l’éducation ou l’animation périscolaire.
« Entre le moment où je suis entrée dans le bureau et le moment où je suis sortie du bureau, il s’est déroulé huit minutes », raconte-t-elle. Ses papiers d’identité sont demandés. On l’interroge sur son expérience avec les enfants, sur ses éventuels diplômes et sur sa disponibilité. Puis vient la question des antécédents judiciaires. Selon Hermine Le Clech, la personne chargée de son recrutement lui explique qu’elle est normalement tenue de vérifier ses antécédents judiciaires avant de la mettre en contact avec des enfants. Mais ce jour-là, le contrôle n’a pas lieu. « Elle m’a dit : “Je devrais vérifier votre casier judiciaire mais je ne peux pas, j’ai trop de besoins” », rapporte la journaliste. Trente minutes après avoir quitté le bureau de recrutement, Hermine Le Clech se retrouve dans une école élémentaire de Créteil pour assurer la pause méridienne. « Je ne connaissais pas mon salaire et je n’ai pas signé de contrat de travail », explique-t-elle.
« C’était une urgence, un manque de personnel qui a poussé une personne à la faute »
Interrogée par sénateur Les Républicains, Max Brisson sur le caractère potentiellement structurel de ce qu’elle a observé à Créteil, la journaliste se montre prudente. « Je ne peux pas constater, sur la base de cette enquête et d’un seul cas, une généralisation », répond-elle. Son témoignage ne vise donc pas, selon elle, à dresser un constat définitif sur l’ensemble du secteur périscolaire. Il met plutôt en lumière une situation concrète dans laquelle la pénurie de personnel semble avoir pris le dessus sur les procédures de contrôle. « J’ai eu l’impression d’être face à des personnes qui tentent de faire face à un manque, une pénurie », affirme-t-elle, tout en soulignant que cette situation peut conduire « à commettre une faute très grave ».
Pour la journaliste, le problème tient notamment à l’urgence permanente dans laquelle peuvent se retrouver certains services. À Créteil, son recrutement répondait manifestement à un besoin immédiat, sans elle, il aurait manqué un animateur pour encadrer les enfants. « C’était une urgence, un manque de personnel qui a poussé une personne à la faute », estime-t-elle.
Relancée par la sénatrice Agnès Evren sur les leviers pour éliminer ces « zones grises » qui risquent d’exposer les enfants à des individus dangereux, Hermine Le Clech refuse à nouveau de livrer une solution clé en main à partir de son unique expérience. Elle isole néanmoins un impératif : « Le contrôle du casier judiciaire me semble primordial. » Une exigence qui suppose, rappelle-t-elle, que les collectivités « disposent des moyens humains suffisants pour effectuer ces vérifications avant toute prise de fonction ».
« Ce n’est pas l’information qui crée la panique, c’est le silence »
Pour Agnès Evren, l’enjeu dépasse largement les seules conditions de recrutement. « La confiance dans l’institution périscolaire, mais aussi scolaire, et la confiance placée dans la parole des élus est aujourd’hui ébranlée », a-t-elle déclaré. La rapporteure insiste également sur l’impact de cette crise sur les familles. À Paris, les inscriptions au périscolaire auraient diminué de 16 % en juillet et août, soit environ 2 000 enfants de moins, selon les chiffres avancés lors de l’audition. « Ce n’est pas l’information qui crée la panique, c’est le silence qui crée la panique », a résumé Agnès Evren.
La mission sénatoriale doit désormais poursuivre ses auditions. Plusieurs collectifs de parents, d’enfants et de victimes doivent notamment être entendus ainsi que des élus locaux et notamment le maire de Créteil. Les auditions d’Anne Hidalgo sont prévues le 15 septembre, puis celle d’Emmanuel Grégoire le 16 septembre.