« Nous avons envie de renverser la table » : à Troyes, les sénateurs LR font leur rentrée en promettant de s’engager sur des « mesures fortes »

« Nous avons envie de renverser la table » : à Troyes, les sénateurs LR font leur rentrée en promettant de s’engager sur des « mesures fortes »

Réunis dans le fief de François Baroin pour leur séminaire post-sénatoriales, les sénateurs LR avaient un seul mot d’ordre : ils seront « dans la rupture », avec des propositions plus marquées et affirmées au cours des prochains mois. Bruno Retailleau a également cherché à faire taire les doutes sur sa campagne. « Les prévisions de sondages à sept mois pour les présidentielles, c'est comme les prévisions météorologiques à Troyes à un mois », a-t-il raillé.
Guillaume Jacquot

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Il y a des rentrées parlementaires plus politiques que d’autres. A six mois du premier tour de la présidentielle, le séminaire de rentrée du groupe LR du Sénat n’a pas pu éluder ce contexte très particulier. La droite sénatoriale a choisi Troyes, le bastion de l’éternel recours de LR François Baroin, pour préparer sa session parlementaire et la stratégie politique des prochains mois. Une séquence à la fois de cohésion, pour accueillir la petite trentaine de nouveaux élus sortis des urnes aux sénatoriales, et surtout préparer la session parlementaire, et les échéances électorales majeures à venir.

Réunis dans l’Hôtel de ville, qui jouxte les célèbres maisons en pan de bois de la cité champenoise, les parlementaires ont exploré les enseignements de la campagne sénatoriale, passé en revue les retours de terrain, avec l’appui d’un spécialiste de l’opinion. Constatant l’exaspération des élus locaux face aux interdits, aux contraintes réglementaires, le groupe a souhaité placer ces journées « sous le signe de la liberté ». L’un des chapitres du séminaire a consisté en particulier à évoquer la notion de radicalité et de radicalisation de l’électorat. Tout un symbole alors que les élections sénatoriales ont été rattrapées à leur tour par la percée du Rassemblement national.

Si une écrasante majorité de sénateurs LR relativise le gain du parti de Marine Le Pen et de ses alliés – limité à 15 sénateurs sur 348 – beaucoup soulignent qu’il y a urgence à faire évoluer la façon de travailler. L’état très dégradé des comptes publics, avec le risque d’une crise de la dette, a aussi servi d’électrochoc. La colère, diffuse dans le pays, avec la montée des prix des carburants et la révolte lycéenne, contribue aussi à poser ce diagnostic.

« On est à bout d’un système qu’on ne peut pas rafistoler avec quelques rustines »

« Nous prendrons et nous proposerons des mesures fortes. Nous ne serons pas dans l’attente, nous ne serons pas dans les accommodements. Nous avons envie de renverser la table », a insisté le président du groupe Mathieu Darnaud, aux côtés de Bruno Retailleau, de Gérard Larcher, et de François Baroin, lequel a insisté sur la nécessité de maintenir une candidature LR à la présidentielle. « Nous sommes dans un temps où la conjonction des crises, le caractère très anxiogène de la période nous y oblige. »

Ce qui se dessine en filigrane également derrière l’action des parlementaires, c’est aussi la campagne de leur ancien président de groupe, Bruno Retailleau. L’ancien ministre de l’Intérieur a récemment théorisé le concept de « radicalité raisonnable », un oxymore à travers lequel il tente de se démarquer de ses concurrents issus de la majorité présidentielle mais aussi du Rassemblement national, sur son flanc droit. « On est à bout d’un système qu’on ne peut pas rafistoler avec des bouts de ficelles ou avec quelques rustines. Et donc il faut de la radicalité. Je porte un projet qui est un projet radical. Radicalité d’un côté, mais crédibilité, de l’autre », a revendiqué l’ancien ministre, qui a claqué la porte de Beauvau il y a quasiment un an jour pour jour.

Radicalité, mesures fortes, étaient les mots-clés qui revenaient sans cesse ce jeudi dans la bouche des parlementaires réunis dans la capitale de l’Aube. « Le discours de Troyes aujourd’hui, c’est que les Républicains, que l’on imagine conservateurs, seront dans la rupture […] Notre pays a besoin de radicalité, pas obligatoirement de radicalité brutale comme celles que peuvent imposer des extrêmes, mais de radicalité responsable. On ne peut pas continuer sur les logiciels actuels, ils sont à bout de souffle », plaide Max Brisson, le porte-parole du groupe.

« On sort tous d’une campagne avec des discours que l’on a entendus de partout »

Les retours du terrain ne sont pas étrangers avec le mot d’ordre de ce séminaire de rentrée, pour tous les sénateurs qui ont parcouru en long et en large leur département au cours de l’été. « On sort tous d’une campagne avec des discours que l’on a entendus de partout. On n’en est plus à écoper. Quand on essaye de modifier les choses par petites touches, le changement n’arrive plus assez vite. Il faut remettre un peu d’ordre, aller à un rythme différent de celui du rythme habituel du législateur », souligne l’un des sénateurs rattachés au groupe, réélu le mois dernier. « Ce n’est pas parce que nos idées sont modérées que les changements ne doivent pas l’être ! »

« Gérard Larcher me disait il y a quelques jours : c’est la première fois où je vois que les maires sont sur la même longueur d’onde que l’opinion », confie un autre sénateur. Non concerné par le renouvellement, il partage néanmoins le souci de ses collègues d’être plus combatifs. « Vaquer aux affaires courantes, ça ne suffit pas. Il y a une attente de mesures fortes, visibles, qui redressent le pays », poursuit-il.

« On va essayer de prendre des positions fortes, pour renverser la table, proposer des nouvelles façons de gérer notre pays. C’est une période de transition très difficile », reconnaît toutefois Sophie Primas, qui a comme beaucoup de ses collègues en ligne de mire les textes budgétaires.

Quelques appels à faire campagne sur le pouvoir d’achat

Reste les étapes suivantes, celles d’une campagne présidentielle qui s’accélérera à la fin de l’année. A l’image de François Baroin, les sénateurs LR sont nombreux à soutenir mordicus l’intérêt pour LR de se maintenir dans la course. Le groupe, véritable « camp de base » du Vendéen, font encore bloc derrière leur candidat, malgré l’absence d’inflexion dans les études d’opinion. « Ma conviction, c’est que Bruno Retailleau, c’est le centre de gravité de l’opinion publique », soutient le nouveau président de la commission des affaires européennes, Ronan Le Gleut.

Soutien ne veut pas toutefois pas dire absence d’autocritique. Et en aparté, certains sénateurs émettent quelques regrets, voire des critiques, sur la façon dont la campagne est menée. « Je pense qu’il est temps d’associer les parlementaires à la campagne », pousse par exemple une sénatrice de premier plan du groupe. « On n’a pas assez bossé, on est trop dispersé sur trop de choses, il faut deux trois idées fortes. Il faut mettre le pouvoir d’achat en tête de gondole », encourage un sénateur expérimenté du groupe, qui rappelle que Nicolas Sarkozy l’a en partie emporté en 2007 sur le célèbre « travailler plus pour gagner plus ».

« Si on regarde les choses en face, pour le moment ça n’imprime pas »

Si Bruno Retailleau a égrené plusieurs thématiques de son programme, sur le travail, l’énergie, les retraites, c’est sur le volet de l’autorité que se concentre la perception de sa campagne. « Il a une image très marquée chez les Français. Son implication sur l’ordre public, l’immigration, tout ce qui est régalien et ses positions conservatrices, sociétales. Mais il est beaucoup plus que ça », relève une sénatrice. A ses côtés, François Baroin décline les thématiques sur lesquelles réorienter idéalement la campagne. « Les deux sujets pour lesquels il va falloir apporter des réponses précises, par la voix de notre candidat, c’est comment améliorer le pouvoir d’achat, comment garantir l’accès à un logement. On rajoute la santé, on rajoute la sécurité, et vous avez là les quatre piliers qui doivent nourrir un projet d’alternance », a-t-il conseillé.

Pour l’heure, le groupe LR ne s’inquiète pas outre mesure des sondages qui le créditent pour l’heure entre 7 et 10 % d’intentions de vote. « Si on regarde les choses en face, pour le moment ça n’imprime pas. Pourquoi ? Parce que les petites phrases animent le débat. Mais je dis à tous ceux qui manifestent beaucoup d’impatience que les favoris du mois de novembre ne sont jamais élus au mois d’avril, et que les choses ne sont jamais figées », veut rassurer Max Brisson. Bruno Retailleau lui-même a tenté de se convaincre que les jeux ne sont pas encore faits. « Les prévisions de sondages à sept mois pour les présidentielles, c’est comme les prévisions météorologiques à Troyes à un mois, ça n’a pas beaucoup plus de fiabilité. »

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