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Crédit : François Vignal

A Tourcoing, Gérald Darmanin et Edouard Philippe gomment leurs différences et affichent leur unité

C’est un soutien de poids, mais exigeant. Désormais aux côtés du candidat Horizons pour la présidentielle, Gérald Darmanin a reçu pour sa rentrée politique Edouard Philippe. Les deux hommes assument quelques différences sur l’immigration ou les retraites. Mais l’unité, indispensable à la victoire, prévaut. Et dans cette perspective, Edouard Philippe veut donner une « place centrale » au ministre de la Justice dans la « recomposition » de la droite et du centre qui s’annonce, dans la foulée de la présidentielle.
François Vignal

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La politique, c’est aussi de la mise en scène. Pour sa rentrée politique, qu’il tient pour la quatrième année à Tourcoing, sa ville du Nord, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a accueilli Edouard Philippe comme il se doit : avec des frites. Celui qui a annoncé à la mi-août soutenir le candidat à la présidentielle pour 2027 s’affiche, en toute logique, avec l’ancien premier ministre ce dimanche 30 août. Devant les photographes, l’image est là : Gérard Darmanin, qui entend incarner la droite sociale, se tient aux côtés du maire du Havre. Un soutien précieux, alors qu’Edouard Philippe doit réussir la « primaire sauvage » qui l’oppose à Gabriel Attal, dans son camp.

Dans la cour du jardin botanique, où a lieu l’événement, les deux hommes jouent le jeu des caméras. Tabliers enfilés, ils montent dans une baraque à frites. Celui qui aspire à devenir le prochain Président sert les barquettes, tout sourire. « Faire les frites, homme d’Etat, il sait tout faire ! » lance un soutien. En bon chiraquien, Edouard Philippe sait l’importance du sujet. « En France, les choses sérieuses commencent autour d’une table », rappelle le candidat.

« Edouard aime la nourriture canaille »

Un candidat, dont l’image de sérieux n’est plus à démontrer, qui a en revanche besoin de se dérider, dans une époque où l’image n’a jamais autant compté. Un rôle qui n’est pas de composition, assure un fidèle : « Edouard aime la nourriture canaille. Il aime manger gras, les burgers, la charcuterie, le fromage. Il aime la bière ».

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Au menu du jour, on parle de rassemblement de la droite et du centre, de dynamique et de nuances. Celles entre la puissance invitante du jour et l’ancien locataire de Matignon. Car si Gérard Darmanin a écarté toute ambition présidentielle en 2027 et soutient Edouard Philippe, ce n’est pas un chèque en blanc. Le garde des Sceaux demande un moratoire sur l’immigration, mais samedi, à Sens, Edouard Philippe l’a écarté, assumant de pouvoir continuer à accueillir des étudiants ou des médecins étrangers. Et il y a la question des retraites. Repousser l’âge de départ à 67 ans n’est pas du goût de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Mais l’heure n’est pas aux dissensions, au contraire. Il s’agit plutôt d’assumer ces différences, qui sont autant d’additions, imagine un stratège de la campagne Philippe, qui voit les deux figures comme « très complémentaires ».

« Mon soutien à Edouard est la démonstration qu’on peut ne pas être d’accord sur tout et faire famille ensemble », lance Gérald Darmanin

A la tribune, Gérard Darmanin, qui a appelé à « faire des efforts tout en écoutant les émotions populaires », a mis en garde contre la multiplicité de candidatures dans son camp : « Nous ne pouvons pas nous permettre de nous diviser. Nous ne pouvons pas avoir plusieurs candidats au premier tour, nous devons en avoir un seul », lance-t-il, voyant en « Edouard » « le futur chef de famille ». « Mon soutien à Edouard est la démonstration qu’on peut ne pas être d’accord sur tout et faire famille ensemble », soutient Gérald Darmanin.

Edouard Philippe salue lui sur les réussites de l’ancien ministre des Comptes publics, avec le prélèvement à la source, qu’il a mené en « patron ». Et revient sur leurs différences. « Cette diversité est une chance, à condition de savoir rassembler », dit-il, « avoir des amis différents, c’est sain dans une équipe ». Et pas besoin « d’être d’accord sur chaque virgule pour pouvoir se rassembler ».

Sur l’immigration, « il n’y a pas beaucoup d’écart, ils ne le disent pas avec les mêmes mots »

Avant les discours, les entourages des deux hommes forts de la droite se sont déjà évertués à gommer les différences qui sont apparues. « Gerard Darmanin a raison de dire ce à quoi il croit, qui peut être un peu différent parfois de ce que Edouard Philippe dit. C’est un soutien, pas un alignement », remarque l’entourage d’Edouard Philippe, qui soutient qu’au fond, sur l’immigration, « il n’y a pas beaucoup d’écart. Ils ne le disent pas avec les mêmes mots, mais quand vous regardez le sens des mesures, elles ne sont pas très différentes ».

« Le diagnostic est partagé », renchérit-on du côté de l’entourage de Gérald Darmanin. « Le moratoire, ce n’est pas l’immigration zéro », assure ce très proche, qui reconnaît des « mots très forts, très durs peut-être, avec le moratoire ». S’il vise « le regroupement familial », la question n’est pas la même sur les métiers en tension. Et s’il faut « faire un stop sur l’immigration, c’est aussi pour faire une grande politique sociale sur l’intégration ». Bref, « il n’y a pas d’incompatibilité, peut-être une manière différente d’expliciter ».

Gérard Darmanin et Edouard Philippe ont « longuement parlé » des retraites

Quant aux retraites, Gérard Darmanin, qui en a « longuement parlé » avec Edouard Philippe, soutient l’idée de « travailler plus longtemps », comme le candidat Horizons, mais appelle à « distinguer les personnes selon les difficultés de la vie », précise son entourage.

Du côté de l’entourage d’Edouard Philippe, on explique qu’il faudra attendre encore pour avoir les détails de son projet sur les retraites. Mais il entend pour l’heure faire comprendre la nécessité d’un « effort collectif où tout le monde va travailler un peu plus. Pour l’instant, il se concentre sur ce combat-là ». Mais lui aussi entend « prendre en compte » les difficultés de ceux qui travaillent « à la chaîne », font « les 3/8 ». Dans « l’agencement des tuyaux » de sa réforme, « il y aura à la fois le produit de cette volonté politique qu’il faut travailler plus et la prise en compte réelle de ce qu’est le travail et des différences », insiste-t-on dans l’entourage du candidat, tout en remarquant que dans les faits, « beaucoup de gens travaillent déjà jusqu’à 67 ans », ceux « qui ont des carrières hachées ».

Retraites : « Je sais bien qu’il y a la réalité démographique et il y a la réalité des carrières », lance Edouard Philippe

Un autre observateur présent pense cependant que le moment venu, il sera difficile pour Edouard Philippe de promettre du sang et des larmes, même avec adoucissant. « Personne, dans cette élection, ne fera la retraite à 67 ans. Le candidat qui dit ça se plombe », lâche-t-on.

A la tribune, Edouard Philippe résume sa vision : « Je sais bien qu’il y a la réalité démographique et il y a la réalité des carrières. […] On devra tenir compte de ces deux réalités. […] Mon projet pour les retraites sera responsable pour tous, et juste pour chacun ».

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« Contrat de majorité, sous une bannière commune »

Si la victoire est encore hypothétique – Gérard Darmanin alerte même sur la possibilité d’un second tour Le Pen-Mélenchon – Edouard Philippe se projette déjà dans l’après, en cas de réussite. Il prévient : « Personne à lui seul n’est capable de construire une majorité ».

L’avenir se mènera, à nouveau, par « une recomposition », y compris partisane. La poutre n’a pas fini de travailler… Pas une nouvelle UMP, mais bien un rassemblement de la droite et du centre, « une nouvelle confédération de partis, qui permettra à tous ceux qui veulent unir leurs forces pour gouverner ensemble », d’être rassemblés. Il faudra « un contrat de majorité, sous une bannière commune ».

« Après février, ça va être tard » pour se rassembler

Dans cette perspective, Edouard Philippe compte sur Gerald Darmanin. « Ton rôle dans la préparation de cette recomposition sera central », assure l’ex-premier ministre, qui entend « nommer un gouvernement de refondation ».

Et alors qu’un candidat de plus, avec Xavier Bertrand, est apparu à droite, il croit « à la dynamique du rassemblement, qu’il faudra voir le moment venu ». « Sera-ce en novembre ou décembre ? Ou faudra-t-il attendre janvier voire février ? Après février, ça va être tard. Ce moment viendra et l’union sera », croit Edouard Philippe.

Hervé Marseille, président de l’UDI, et le sénateur Renaissance, Xavier Iacovelli, présents

Signe de l’esprit de rassemblement qui prévaut sur place à Tourcoing, le président de l’UDI et sénateur Hervé Marseille est présent, comme chaque année. « Faudra bien que l’unité se réalise », dit-il, « il faudra arriver à avoir une seule candidature », alors que Gabriel Attal dispute la place à Edouard Philippe.

Le vice-président du Sénat, Xavier Iacovelli, un soutien du patron de Renaissance, a aussi fait le déplacement. « Comme chaque année, je suis présent à Tourcoing. Et encore plus cette année pour soutenir le garde des Sceaux qui s’est battu à nos côtés pour ma loi sur l’avocat obligatoire pour les enfants de l’Aide sociale à l’enfance. Mesure qui coûte 350 millions d’euros ! » le remercie le sénateur Renaissance des Hauts-de-Seine, avant d’ajouter : « Et puis nous sommes dans la même famille. Nous avons gouverné ensemble et nous rassemblerons pour l’intérêt du pays. Donc je soutiens Gabriel mais je suis heureux d’être présent aussi aujourd’hui ».

« La campagne ne fait que commencer »

Beaucoup de choses vont encore se passer, d’ici le premier tour. « L’avenir n’est pas écrit », prévient Edouard Philippe, qui joue gros dans les semaines à venir. S’il est devant Gabriel Attal dans les sondages, il est loin de tuer le match. Le candidat conclut : « La campagne ne fait que commencer ».

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