« De plus en plus, Blois va devenir le festival d’Avignon avec le on et le off ». Cette phrase d’un proche d’Olivier Faure résume bien la première journée des universités d’été du PS à Blois. Elles sont rythmées par deux choses : les averses qui s’abattent régulièrement sur les tentes, et les points presse organisés par les candidats à la primaire, qui parasitent les tables rondes prévues pendant la journée. Comme un air de présidentielle.
Des points presse en parallèle de la programmation
La primaire du PS, de Place publique et de la gauche républicaine et socialiste est sur toutes les lèvres, autour de la Halle aux grains de Blois. Organisée les 9-10 et 16 au 17 octobre prochains, elle déterminera le candidat de ce camp à la présidentielle. Ce vendredi, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Raphaël Glucksmann, tous candidats ou potentiels candidats à la primaire se sont présentés à la Halle aux grains de Blois, ameutant journalistes et militants. Il ne manquait que Ségolène Royal, qui s’est elle aussi déclarée candidate.
« Pas de sang sur les murs »
Devant la presse, venue en masse pour assister à son arrivée, Raphaël Glucksmann s’est affiché flanqué de ses soutiens socialistes : le patron des députés PS Boris Vallaud, Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, ou encore Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen. Démonstration de force aux universités d’été d’un parti qui l’a investi par deux fois pour être sa tête de liste aux élections européennes. Démonstration de force qui n’a pas été du goût d’Olivier Faure. Le premier secrétaire socialiste, qui devrait lui aussi se déclarer candidat à la primaire (mais pas ce week-end), est venu saluer celui qui sera bientôt son concurrent, interrompant sa déclaration à la presse. Des embrassades cordiales. « Il n’y aura pas de sang sur les murs » a affirmé le premier secrétaire.
François Hollande, en « embuscade » ?
Non loin de là, quelques minutes auparavant, un autre acteur de cette élection présidentielle à gauche organisait un point presse : François Hollande. Après une rencontre avec le maire de Blois, il est venu défendre devant les journalistes les mesures qu’il propose dans son livre à paraître le 3 septembre : augmentation de la TVA de 20 à 24 %, et diminution de 5,5 à 0 % sur les produits de première nécessité et sur l’énergie. Il a réaffirmé son désintérêt pour la primaire, exercice avec lequel il est en désaccord. Cette fois-ci, pas d’interruption par le premier secrétaire, et pour cause : François Hollande ne s’est pas officiellement rendu à la Halle aux grains. « Je viens à Blois comme j’y viens souvent », affirme-t-il, tout sourire.
« En tant qu’ancien président, il n’a plus rien à prouver »
L’ancien président, pas encore déclaré mais qui se « prépare », se décidera en décembre ou en janvier. Si le vainqueur de la primaire ne distancie pas Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, affirme son entourage. « En tant qu’ancien président, il n’a plus rien à prouver il connaît le pays, la fonction et certains chefs d’Etat étrangers en poste », liste Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat qui ne cache pas sa sympathie envers le Corrézien. « Il a toute sa place dans le débat, il n’est pas en embuscade », défend le sénateur, en référence à la Une du Point de jeudi dernier, qui est mal passée chez les soutiens de l’ancien président. L’ancien ministre ne renie pourtant pas le processus de la primaire et se prépare à en soutenir le vainqueur.
« Si ça se casse la gueule, ça se casse la gueule pour tout le monde »
Au Parti socialiste, certains accueillent François Hollande avec beaucoup de froideur. D’abord, la stratégie de l’ancien locataire de Matignon agace. « On ne bâtit rien sur l’effondrement de son camp », juge Olivier Faure, le premier secrétaire du parti. Il appelle l’ancien président à se présenter à la primaire. Certains doutent de la capacité du potentiel candidat à remonter dans les sondages, si Raphaël Glucksmann, ou toute autre personne qui remporterait la primaire, dévisse. « Si ça se casse la gueule, ça se casse la gueule pour tout le monde », prédit un proche du premier secrétaire. « Un candidat de la primaire qui se crasherait, ça affaiblit toute la famille socialiste », modère Patrick Kanner.
« Je ne suis pas rentré dans ce parti pour avaliser toute la vulgate que la droite nous sert depuis trente ou quarante ans »
Au-delà de la stratégie de François Hollande, ce sont les premières mesures programmatiques qu’il a annoncées qui restent en travers de la gorge des socialistes. Outre l’augmentation de la TVA, il propose d’introduire une part de capitalisation dans le système de retraites. Certains cadres roses ont bondi en lisant cela. « Je ne suis pas rentré dans ce parti pour avaliser toute la vulgate que la droite nous sert depuis trente ou quarante ans », s’indigne un proche d’Olivier Faure. « François Hollande ne promet pas la lune, il sait qu’il y aura des efforts à faire, parce que la situation du pays est cataclysmique », argumente l’un de ses soutiens. Mais même parmi eux, ces annonces ont provoqué la « surprise ». « Un candidat de gauche aura besoin d’aller chercher beaucoup de voix de l’autre côté. Il prend le pari de parler à ceux qu’il aura besoin de convaincre pour gagner le second tour », analyse ce parlementaire qui lui est sympathique. Au risque de repousser les électeurs de sensibilité de gauche ?